gruyeresuisse

17/02/2018

Le monde minéral de Benoît Jeannet

Jeannet.jpgBenoît Jeannet, “A Geological Index Of The Landscape”, Mörel Editions, 2018.

Benoît Jeannet explore la montagne en embrassant ses espaces : dans leur totalité ou en réduisant sa vision aux cristaux que leurs plis cachent. L’artiste y explore l’immémorial tout en offrant un cadre quasi conceptuel (mais sans tomber dans l’art du même nom) à sa puissance et ses richesses.

Jeannet 3.jpgLa montagne garde sa force mythique et le photographe en repousse paradoxalement les limites purement « physiques » par la manière de les capter. La photo a bien sûr un caractère informatif et géologique mais par sa vision il dépasse de telles limites descriptives. Sans emphase lyrique mais avec son « œil », Benoît Jeannet recrée la magie des lieux et ce qu’ils cachent selon un « toucher» particulier. Le photographe s’engouffre en une sorte d’absolu du minéral avec rigueur mais sans froideur.

Jeannet 2.jpgTout le mystère et la force de la nature est là. L’image n’est pas « de » la montagne mais naît d’elle afin qu’en surgisse un ensemble et des trésors disséminés dans ses entrailles. Elle reste ici une muraille qui jaillit dans une lumière particulière. Celle-là échappe à une vision purement « scientifique » et retrouve les chemins de la poésie entre l’immense et l’infime. Celui-ci émerge des ombres appesanties.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/11/2017

Emmet Gowin : Bio-tops

Gowin 2.jpgAu milieu de l’espace une femme. Mais pas seulement. Parmi d’autres clichés la lumière de présences fantomales. Car Emmet Gowin cherche aussi ses chemins de la création chez les naturalistes du XIXème siècle. Il a consacré une décennie de travail sur les papillons de nuit (« Mariposas Nocturnas ») afin de rendre compte de la richesse de l’écosystème tropical. Il dresse des tableaux à la Warburg sur fonds d’imagerie artistique historique et en tirages au sel et à l’imprimante jet d’encre. Le papillon est pour lui non seulement une merveille de beauté d’une variété infinie mais le témoignage qu’il ne peut exister sans la forêt en voie de destruction.

Gowin.jpgL’œuvre ne cesse d’évoluer : partant de portraits intimes de la famille de l’artiste en Virginie elle englobe le monde naturel dans sa diversité : vues aériennes de désolation volcanique, sites d’essais nucléaires, visions des écosystèmes tropicaux en leur biodiversité précaire. Existe toujours une célébration des lieux de vie au sein de combustions oniriques. La photographie devient une technique particulière au seuil du réel et de l’irréel afin de les formaliser le risque de destruction et la dimension sublime du monde par traces et sensations. Les photographies incisent de réel afin que des fantasmagories de contes merveilleux ou horribles prennent tout leur sens.

Jean-Paul Gavard-Perret

Emmet Gowin, “Here on Earth Now - Notes from the Field”, Pace/MacGill Gallery, New York, du 28 septembre 2017 au au 6 janvier 2018.

14/09/2017

Reverie du promeneur solitaire : Erwin Polanc

Polanc.jpgErwin Polanc vit et travaille à Graz. Il saisit des scènes quotidiennes de son environnement à « la poursuite du bonheur » (comme s’intitule une de ses dernières séries). La vie à la campagne est saisie à travers des couleurs douces. Portraits, natures mortes, paysages excluent la moindre once de mièvrerie pour suggérer le plaisir d’une vie simple et coutumière. Nul passéisme pour autant. Mais un humour sous-jacent et à peine perceptible.

 

 

Polanc 3.jpgTout est dans l’art de la composition et des contrastes. Une beauté sans fard nait d’apparitions où rien n’est laissé à une flamboyance décorative . L’épaisseur des existences est suggérée par des objets. Ils peuvent sembler dérisoires mais donnent à chaque image une émotion particulière. Le printemps n’est pas forcément vêtu en robe de mousseline, actions et objets sont des approximations lointaines de la perfection : c’est ce qui fait leur charme. Repères figuratifs ou non créent un monde d’émotions joyeuses et légères.

Polanc 2.jpgSans jamais sortir d’un ordinaire champêtre, les prises refusent la médiocrité. Un simple bouquet met la vie en images la vie. Cela soulage, allège. Est-ce parce qu’elle font respirer ? Mais de telles photographies semblent nécessaires. Face aux sentiments barbares, Erwin Polanc propose des exercices de légèreté. Sachons en devenir les complices, les partenaires. Peu importe de savoir si le Paradis existe ou pas. Le photographe en soulève le voile. C’est un culte hédoniste : à nous d’en faire bon usage.

Jean-Paul Gavard-Perret .

Erwin Polanc, « 8630 Mariazell » , Fotohof Edition, Salzburg (Autriche), 120 p., 35 E., 2017.