gruyeresuisse

09/03/2019

Ten Broek : repons

Ten Broek.jpgTen Broek crée un univers mélancolique particulier où nudité des femmes et nature (feuilles) crée un mariage particulier. Pas de lignes de démarcation entre elles mais pas d'assimilation : juste une juxtaposition avec mystère: au regardeur de reconstituer à travers les émulsions, des harmonies au milieu d’une intimité plus suggérée que dévoilée dans une synthèses aux frontières douteuses entre rêve et réalité comme autant de promesses et de résistances implicites au gabarit du royaume de l’apparence dite vériste.

 

Ten Boroek 2.jpgLe corps de la femme et les feuillages créent d’autres filets de sens mais toujours selon la même perspective : une solitude esquissée et dont l'émotion reste cachée. Chaque prise devient une trame de regard qui remonte à l’élémentaire de la nature. La peau devient un herbier là où une naturalité des photos ne bloque pas le vivant. Bien au contraire. Mais il est hors mouvement au sein de lumières pâles.

 

 

 

 

Ten Broek 3.jpgL'évanescence et l'euphémisme provoquent un prolongement à la thématique du nu comme à celle de la nature pour évoquer une double beauté sans effet de redondance. Il s’agit de se replonger dans un bain de jouvence par les déplacements à peine perceptibles et dans une physique ou une «science» du mystère au sein d'une phénoménologie particulière.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

www.tenbroek-fotografie.nl

16/01/2019

Résurrections : Jean Baptiste Née

Née.jpgJean-Baptiste Née, "Derrière la brume", Galerie Ligne Treize, Carouge-Genève, du 12 janvier au 15 février 2019.

 

Le temps passe mais - sur les montagnes - l'ombre reste le berceau de la vie. Ou plutôt son écrin. C'est pourquoi si J-B Née ne dissipe pas les brumes il montre ou suggère ce qui s'y fomente et se cache derrière. Chaque gouache sur papier  propose un souffle indéfinissable. Il diffère le réel afin d'inscrire une légende. Elle emporte.

Née 2.jpgEn absence de jour le paysage n'est pas pour autant orphelin. Il neige de noir dans la crevasse des souvenirs. L'oeuvre devient une suite de flocons sombres. Ils  demeurent inconsistants car une lumière sourde y rayonne. Quand la nuit tombe, J-B Née la troue : elle est repoussée par vagues. D'un côté l'artiste contemple le ciel, de l'autre il scrute la terre. Nous sommes soumis  à des glissements progressifs. Il n'existe pas d'arrêt. Juste l'attente. L'interminable attente : bordures et nudité.

Née 3.jpgChaque image compose un éparpillement des brumes. Peu peu le paysage entre dans le regard. Preuve que l'absolue lumière cache l'essentiel. S'infuse la séparation entre les paysages tels qu'ils sont et tels qu'ils deviennent dans cette proposition de voyance. Le mensonge des apparences fond avant que la lumière diffuse une image trop nette qui ferait oublier des mystères et des secrets d'abîmes et de cimes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/11/2018

Georges Ambrosino et Georges Bataille à la recherche de la vérité

Bataille.jpgComplétées d’un essai inédit de Bataille sur Jean- Paul Sartre (1946) et de notes et manuscrits d’Ambrosino, ces lettres poursuivent le dialogue entamé avant guerre par les deux correspondants. Le philosophe et le scientifique manifestent un grand respect l’un envers l’autre. Ils cherchent à découvrir le monde et les hommes qui l’habitent, l’univers physique - celui des particules jusqu’au monde des étoiles. « Un monde formidable, si nouveau pour moi » écrit Ambrosino.

Bataille 3.jpgDans cette correspondance se retrouve le côté passionné des deux correspondants. Ils sont fort de leurs savoirs mais vulnérables affectivement. Ils abordent des thématiques essentielles. Pour eux les valeurs soumises à l’éclairage du temps flambent comme des allumettes depuis les origines de l’homme, du monde, des civilisations. Les deux correspondants à la fois s’opposent et se réconfortent. Tout ne va pas sans heurts. Ils font des efforts pour toucher au mystère de l’homme dont l’essence est ce qu’il nomme « poésie . Ils continuent de la chercher comme ils le firent avant guerre au sein des premières revues qu’ils fondèrent (dont « Acéphale ») et celles qu’ils créèrent ensuite (« Critique »entre autres).

 

Bataille 2.jpgLes deux épistoliers font preuve d’écoute même s’ils s’accusent de ne pas s’entendre. Les deux auteurs font preuve d’attention, de lucidité, d’évidente responsabilité de ce qu’ils font tout en préservant la primordiale nécessité d’être soi-même. Claudine Frank offre de ce dialogue une édition scientifique, pertinente. Entre le philosophe et le scientifique, se retrouvent - pour peu qu’on les décontextualise- des réflexions qui n’ont rien perdu de leur actualité. Entre autre sur la notion d’énergie. La réflexion prend dans un tel échange une dimension telle qu’elle pourrait aujourd’hui encore « nourrir » le débat intellectuel jusque dans ses nouvelles données spécistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Georges Ambrosino, Georges Bataille, « L’Expérience à l’épreuve, correspondance et inédits ( 1943-1960 ) », coll. « Hors Cahiers », Editions Les Cahiers, 2018