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18/06/2016

Le Corbusier au Bassin d’Arcachon

 

Corbusier 3.png« Le Corbusier - mes années sauvages sur le Bassin 1926-1936 », Site Cap Moderne, Villa Eileen Gray & Jean Badovici, Lege Cap Ferret, 28 juin - 31 août 2016.

 

 


Corbusier 2.jpgCette exposition est consacrée aux séjours sur le Bassin d’Arcachon de Le Corbusier où il retrouve une nature sauvage. Il y passe ses vacances de 1918 à 1936. Se découvre le visage d’un créateur rêveur qui voit le bassin comme un refuge naturel. En hommage au lieu, il devient l’architecte d’un lotissement à Lège (en collaboration avec son cousin Pierre Jeanneret) pour le compte de l’industriel sucrier Henry Frugès afin d’y loger les ouvriers employés à la scierie locale.


Corbusier 4.pngLe lotissement a subi de nombreuses transformations (adjonction de toitures, modifications des ouvertures etc.). Elles témoignent du rejet par les habitants de la modernité « corbuséenne ». Mais cet ensemble, grâce aux Monuments Historiques de France, a été rénové par une société d’HLM, afin de retrouver le modèle original.

Corbusier.pngMais ni les enduits, ni les coloris d’origine n’ont été respectés. Ce qui dénature le projet et consume les apparences auxquelles néanmoins l’exposition redonne un lustre tout en soulignant la paix idéale que Le Corbusier découvrit dans une nature défaite des entraves les plus évidentes de la civilisation. Reste un champ flambant de mirage et de vie. Il répond à sa part la plus secrète et la plus rebelle d’un architecte et artiste partagé entre désarroi et espoir.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/03/2014

La construction du paysage de montagne : Michael Reisch

 

 

Reich.jpgMichael Reisch, Scheublein + Bak, Zurich, janvier-avril 2014.

 

 

La montagne comme tout paysage a besoin d’intermédiaires. Elle attendait Michael Reisch pour qu’il la complète.  Sans  lui elle cessait (presque)  d’exister. Le photographe révèle son anonymat, anime son théâtre, en révèlent divers aspects mais surtout les formes générales essentielles. Chaque prise est l’engouffrement où l’espace dessine à ses forces, ses mouvements. Une géométrie cachée est mise à nue dans chaque transposition. Elle devient écho, perte, érection, froissement dans l’obliquité des angles et leur jonction là où le rectangle n’enferme jamais complètement l’inclinaison des  pentes. Ne s’y retrouve pas forcément ce qu’on attendait : s’y découvrent des murailles d'indices et d'indicibles. A savoir les filons, les veines  qui veillent sur nous  ou nous font errants dans le silence strié du magma, ses souffles immenses, ses cris empierrés, ses ogives aux creux d’attente.

 

 Reisch.jpg

 

Parfois émergent une  volupté inquiétante, une offrande. Venue d'où ? Allant où ? Entre terres et ciel plein et plomb du monde à la charnière des vents. Michael Reisch nous fait  alpiniste, voyageur mais avant tout rêveur. Nous grimpons après nos paumes tandis que la lumière tombe sur les Alpes. Elles se corsètent  d’argent, retiennent le regard, inventent un silence qui n’existe pas. La photographie dit aussi ce que les mots ne font pas. Reste la victoire du geste et de la prise : à la force du paysage répond celle de l’image qui n’en est pas un simple miroir puisqu’elle  met du paysage dans du paysage, du ciel dans du ciel. Elle devient un point de vue  subjectif entre le minéral et la neige, entre la vie de l’homme et ses vieux matins transmués en souvenirs.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/06/2013

Jura chic parc

 

 

Paysages 1.jpg« Paysage(s) » - Giles Aubry, Damien Comment, Philippe Queloz en dialogue avec les œuvres de Coghuf, Albert Schnyder, Charles Robert, Laurent Boillat, Auguste Quiquerez, Musée Jurassien des Arts, Moutier,  du15 juin au 1er septembre 2013.

 

 

 

L’exposition du Musée de Moutier propose une interrogation sur le sens du paysage dans le contexte du Jura Suisse. Elle fait entrer en confrontation mais aussi en symbiose trois artistes contemporains avec les œuvres historiques que possède le musée. Cette mise en espace permet de comprendre combien l’œuvre paysagère est toujours une interprétation et en rien une  simple représentation. Au XIX siècle une tendance idéalisante prédomine sous le joug du romantisme de l’époque. La vision est devenue plus critique avec le temps. Débarassé de tout souci de documentation par la photographie l’art  en propose des « visages » de plus en plus diversifiés.

 

Gilles Aubry, Damien Comment et  Philippe Queloz tous  trois natifs de  Delémont possèdent une expérience intime de la géographie du Jura. Les trois la mettent néanmoins en question de manière différente et selon divers médium.  On est loin des deux paysagistes les plus connus qui ont peint le Jura : Albert Schnyder et Coghuf. Le Délémontain et le Bâlois ont créé l’image de marque de la région mais l’ont éloigné de ses réalités. Laurent Boillat et Charles Robert s’en sont un peu plus rapprochés. Néanmoins dans toutes ces œuvres la montagne est traitée de manière « exotique », qui n’a pas disparu. Les vues des reliefs accidentés font encore les délices d’une peinture disqualifiées. Elles gardent encore ses fidèles amateurs de gorges profondes et d’érections escarpées propres à une certaine idée du sublime .

 

paysages 2.jpgFace à ces visions les trois contemporains font figure d’iconoclastes.  Gilles Aubry intègre à son installation  le plus ancien témoignage photographique du paysage jurassien : les  calotypes d’Edouard Quiquerez. Ils sont considérés  comme les premières images « réalistes et objectives » du monde jurassique. Damien Comment joue subtilement à travers le portrait sur une l’ambivalence : le Jura oscille entre Eden et Enfer. Des figures adolescentes en surgissent entre timidité et impudeur. Philippe Queloz a choisi une installation multi médias afin d’intégrer une vision axée sur le déplacement. Désormais le paysage ne se contemple plus de manière statique mais en voiture, avion, train voire de manière virtuelle. Il se réduit à une traversée ou un road movie. Forcément ses lignes directrices se transforment (exit  la perspective traditionnelle). L’artiste en donne les raisons.

 

Paysages 3.jpgLes trois contemporains à l’inverse de leurs aînés entrent dans le paysage tout en s’en dissociant. Il ne s’agit plus de faire du Jura un parc d’attraction ou naturel. Prenant conscience  des imbrications sociales et politiques de l’élément spatial ils ne font plus entrer dans des sous-bois mais en état de seconde nature. Le paysage devient un lieu incarné et un espace critique. Par effet de buée et d’hybridation les œuvres ne cherchent pas la séduction mais une précipitation. Au spectateur  de cette exposition intelligente et par la confrontation de leurs œuvres et celles de leurs aînés - de découvrir  - ou non - une cohérence. Avec « Paysage(s) » non seulement la nature mais l’art sont rendu à leur doute. Preuve que l’art ne se limite jamais au simple « développement photographique’. Il  invente des narrations différentielles. Mais faut  afin d’y parvenir non seulement de nouveaux médiums et des techniques inédites sont nécessaires : un regard est essentiel. Il fait le génie d’une œuvre. Ou sa banalité. Les trois artistes penchent ici du premier côté.

 

Jean-Paul Gavard-Perret