gruyeresuisse

30/12/2013

Drumatik du Gao Trip à la musique expérimentale

 

Drumatik.jpgDrumatik, « Out Now », label Sound Cloud, “Illegal Space Activities”, label Temple Wisters.

 

 

 

 

 

Drumatik (Benjamin Klingemann) ne doit pas être considéré comme un simple  DJ électro techno. Certes ayant découvert la musique électronique il s’est d’abord tourné vers le djyng. Mais ses capacités d’artiste « live » et surtout sa prodigieuse inventivité situe le Vaudois du côté de la musique de recherche. Moins toutefois par les structures conceptuelles de ses titres que  par la recherche  de sonorités inédites. Capable d’explorer la pop, le blues, le hip-hop, la funk mais tout autant l’electro et la musique électro-acoustique des grands maîtres du genre il a assimilé une série impressionnante de codes afin de les métamorphoser.

 

 

 

Les assauts telluriques de sons aux forces sourdes comme des éléments acérés aussi psychés que minimalistes sont transposés en formes quasi aquatiques. Dans des pluies sonores aucune vacuité : chaque temps succède à  un autre vers un déploiement musical d'une réalité secrète. La création cherche  plus la matière que la forme même si Drumatik n’est pas indifférent à toutes les variations qui peuvent s'y présenter.

 

 

Au fil de temps Drumatik gagne en liberté créatrice mais parfois aussi en solitude. C’est le prix à payer lorsque la musique au lieu de se répéter  et donc de se pétrifier cherche en chaque opus à tout changer. Qu’importe ce que disent les critiques. Le créateur atteint des gargouilles, ils les fait glapir pour atteindre l’essentiel. Le son n’est ni un mot ni une idée, c’est quelque chose qui remue.  De chaque segment sonore l’artiste en  extrait des racines, carrées ou non, pour en extraire la sève et la distiller.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

10/12/2013

Dieter Meier dandy et électron libre

 

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Dieter Meier, « Oskar tieger », Kein und Aber records, 2013.

 

 

 

Epicurien à la cuillère dorée Dieter Meier a su faire fructifier ce que ses origines lui ont accordé.  Il entame une carrière polymorphe : grand joueur de poker il réalise plusieurs  films expérimentaux. . Il est célèbre aussi pour ses performances : il paya 1 dollar à tous les piétons dans les rues de New-York qui lui disait "Yes" ou "No". Il installa également une plaque dans la station ferroviaires de Kessel, en Allemagne, le 27 juin 1972 qui stipulait : « le 23 mars 1994, entre 3 et 4 heures de l'après-midi, Dieter Meier se tiendra debout sur cette plaque ». L’artiste tint sa promesse. En 1979, il rejoint le groupe de musique électronique suisse de Boris Blank et de Carlos Perón Yello. Il deviendra la voix principale des albums du groupe et signera la plupart des textes des chansons, laissant la composition et le travail musical à Blank. Les deux artistes sont  considérés par beaucoup comme les précurseurs de Jeff Mills et sont devenus les « Godfathers of Techno ».

 

L’univers insolite de ses clips vidéo a valu à Dieter Meier une moisson de récompenses. L’artiste signe aussi des chroniques littéraires dans les pages culturelles de divers quotidiens et revues. En 2006, il a publié un livre « Hermes Baby – Geschichten und Essays » puis un autre pour enfant et une monographie lors de sa rétrospective de Hambourg (Deichtorhallen, rétrospective 1969-2011).Il a aussi publié un superbe album photos autobiographique « Out of Chaos ».  En 1997, Dieter Meier s’est lancé en Argentine dans l’agriculture, l’élevage de bovins et d’ovins, ainsi que dans la viticulture. Il commercialise ses différents produits, d'origine biologique, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Suisse, ainsi que dans son magasin d’alimentation argentine à Zurich.Depuis très longtemps  ses œuvres sont présentes dans les grands  festivals de cinéma et ses photos se retrouvent par exemple  dans les collections du Museum of Modern Art de New York et du Kunsthaus de Zürich.

 

Meier vit, selon ses propres dires, « dans une forme de chaos et d’anarchie, un peu à la manière d’un jongleur chinois d’assiettes tournantes qui secoue en permanence ses baguettes pour maintenir un grand nombre de choses simultanément en orbite. » Le plus impressinnant reste son ecclectisme et sa perpétuelle jeunesse. Il ne s’arrête jamais et ne cultive que deux seuls regrets : "avoir investi aux USA et bu onze gin tonic au Lower Manhattan Ocean Club le 12 octobre 1981". L’artiste aurait aimé pouvoir collaborer ave le Dalai Lama, Jurgen Habermas et Noam Chomsky afin de trouver des solutions qui ne se limitent pas à la critique du capitalisme mais ouvrent à une meilleure utilisation de l’intelligence humaine.  Celui qui n’a jamais pu grimper sur les hauts sommets de l’Himalaya, surfer à Hawaï et jouer parfaitement du piano  a tout compte fait proposé mieux. Il demeure un cas particulier dans l’univers musical et artistique. Aujourd’hui encore il étonne et détonne tant par son parcours que sa nouvelle règle de vie  : « je jouis actuellement du printemps de ma sénilité ». Et quand certains jours deviennent plus difficiles à vivre il s’emploie à les oublier.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/11/2013

Feldermelder : Circus Major

 

feldermelder.jpgFeldermelder aime à jouer le coolie musical capable de coller des azalées bicolores dans les oreilles de ceux qui se contentent d’écouter la musique de manière discrète. Il crée des localisations musicales décalées dans divers processus de saisies et de recompositions. Il en présente des états aussi exaltés que simples qui propulsent le monde sous forme de pigments sonores cendrés qu’on nommera  « terra d’ombra ». L’artiste perche sa musique sur des corniches vertigineuse. Manière pour les aventureux de regarder sous les jupes des sons pour en découvrir des mystères. Parfois les sons semblent énigmatiques dans leurs équations algébriques aux parenthèses érudites, parfois l’artiste les crochète afin qu’elles fulgurent de manière incisive et planante.

 

 

Le Zurichois présente ses opérations autant dans les clubs helvétiques que dans le monde entier à travers raves et festivals.  Son univers ne cesse d’évoluer entre rythmes simples et complexes. Ses albums « Henriks Fishing Catapult », « The Echo Circus »  sont les exemples parfaits d’une musique aussi atmosphérique et déconstruite. Une telle richesse de spectre ne peut que séduire ceux qui aiment l’électro pour sa force innovante et suggestive. C’est là en effet que se passe la musique du temps. Feldermelder n’en est pas simplement un de ses trop nombreux  bidouilleurs mais un de ses rares créateurs.

 

 

 

ferdelmelder.pngLes spécialistes de la musique électronique savent déjà la place qu’occupe le Suisse avec son goût prononcé pour les racines carrées. Il en extrait une lave  aquatique et un suc vibratoire en des latitudes extrêmes. Afin d’y parvenir le « bad boy » (bien sous tous rapports) peut placer du mercure sur le rond des balanciers d’horloges pour les retarder lorsque c’est nécessaire. Mais il sait tout autant rétamer des bacs à rythmes, sculpter des cœurs de pierre pour proposer des sonorités comparables à des algues élastiques.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

De l’artiste : « The Echo Circus » (Spezialmaterial Records), « 2nd July » (Luana Records).

 

 

 

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