gruyeresuisse

20/06/2019

Et l'Europe découvrit Ray Charles

Charles.pngCet album est plus qu'un témoignage précieux. Il marque une date dans l'histoire non seulement du jazz mais de la Pop que l'artiste annonce à sa façon dans ces quatre concerts donnés à la fin  de quatre soirées  du festival. Chacun à sa couleur, son âme : le deuxième est approximatif et le troisième parfait.

Charles 3.jpgLe maître de ce qu'on appela la "Great Black Music" est au sommet de sa forme. Le jazz "pur" glisse avec lui vers le blues, la soul, le funk. Le "Genius" est déjà une star aux USA mais son arrivée dans son tour européen lui donne une nouvelle dimension. Et les 4 CD montrent toute l'énergie, la voix puissante et les accompagnements qui donnent à ces sessions un caractère d'exception même si la voix de Charles est encore en formation et ne connaît pas les déchirements plus tardifs.

Charles 2.jpgTout amateur de musique Jazz et/ou Pop sera captivé par ses 4 versions qui s'enrichissent de morceaux inédits et de guest stars. Ray Charles captive et séduit. Les albums sont chauds. Ils sont indispensables aujourd'hui comme hier. A savoir au moment où l'Europe s'emballe pour "What'd I Say" et où l'artiste quitte le label Atlantic et le jazz hot pour ABC-Paramount en s'orientant vers un public plus large. Ici, et dans la pinède d'Antibes, un piano, un orchestre à la Count Basie (dont un standard est systématiquement repris en début de concert)  et les fidèles Raelettes accompagnent une voix incomparable que la Suisse allait découvrir quelques semaines plus tard à Genève et Zurich. Elle ne cesse de troubler et d'émouvoir soixante ans plus tard.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ray Charles in Antibes 1961, Frémeaux et Associés, Vincennes, 2019, 4 C.D.

04/12/2018

Arie Dzierlatka : scènes et conciliabules

Favre 4.jpg"Aline Favre et Arie Dzierlatka - Dessins croisés", Galerie Ligne Treize et Galerie Marianne Brand, Carouge du 8 au 23 décembre 2018

Marié pendant 15 ans à la céramiste Aline Favre Arié Dzierlatka fut musicien et plus occasionnellement dessinateur et illustrateur. Ses musiques de films l'ont fait connaître des cinéphiles. Il travailla avec Rohmer ("L’Amour l’après-midi"), et surtout avec le trio majeur du cinéma suisse romand : Goretta, Soutter, Tanner. Il fut aussi animateur pour les enfants en de célèbres concerts commentés dans les institutions musicales genevoises et des émissions télévisées d’initiation musicale. S’intéressant aux expérimentations électroacoustiques il sut les lier à l'héritage classique.

Favre.jpgLes expositions de Carouge permettent de découvrir ses dessins de cet artiste libre. Ils sont aussi provocateurs que sa musique. L'auteur fait preuve d'une fantaisie, d'une drôlerie qu'il ne pouvait pas forcément exprimer dans son oeuvre musicale. Le dessin reste ici ouvert. La perception prend une profondeur au sein des formes et des couleurs de cette expérience-limite. S’éprouve une contradiction entre ce que nous connaissons et ce qui soudain nous est donné de connaître par celui qui ne se prenait pas forcément pour un plasticien.

Arie Dzyierltka ne se souciait pas de "faire oeuvre". Mais, de telles marges, surgissent des parenthèses graphiques, des scènes et conciliabules imprévus. Ils éclatent à la surface sans souci de savoir et de technique. Le jeu des couleurs et des lignes est démultiplié en divers avatars.Favre 5.jpg Emergent de la sorte des vertiges bien  plus que des vestiges. L’inconscient y connaît la traversée des frontières à laquelle l'artiste offrit un passage, un transfert. Aux rituels de certitude fait place l’égarement et la transgression. C'est toujours une fête.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/11/2018

Marianne Faithfull : superfétatoire

Faithfull 2.jpgVoici un disque qui s’écoutera pour la seule présence de Nick Cave. Hors sa présence, pas de salut. Marianne Faithfull poursuit certains avachissements vocaux. Ils font sa marque de fabrique depuis trois ou quatre albums. Les plus méchants diront que cela dure depuis toujours.

Faithfiull.jpgDans ce dernier album tout s'effiloche – comme les prestations scéniques d’une artiste qui apparemment méprise le public dans ce qui tient d'un foutage de gueule organisé. La créatrice exploite sa légende et une aura douteuse même si il y a une dizaine d’années elle put un poli,surprendre un poil avec "Esay Come, Easy Go" et "Before the Poison".

faithfull 3.jpgWarren Ellis qui produit l’album fait ce qu’il peut : un ou deux morceaux sont écoutables mais pas question de remettre ça et de subir la purge plus longtemps. C'est pour un tel album que s'émet l'idée de la fameuse "résurrection" de l’artiste. Mais avait-elle vraiment surgi ? En tout état de cause « Broken English » est bien loin : l’artiste vit d’avoir survécu au Rolling Stones. C’est du sous, sous, sous Leonard Cohen ou Dylan. Est-elle touchante ? Oui si l’on fait référence à son âge. Pour le reste tout reste d’un ennui crasse et souffreteux. Les preux chevalier de Marianne n’en peuvent mais - ou rendent les armes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marianne Faithfull, « Negative Capability », label BRG, 2018

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