gruyeresuisse

30/09/2014

Sonar : du rock à la musique expérimentale

 

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Sonar, “Static motion”, label Cuneiform rune, 2014

 

 

 

Les guitaristes Stephan Thelen, Bernhard Wagner et le bassiste Christian Kuntner sont des vétérans de la musique helvétique. L’esprit rock est conjugué dans leur groupe Sonar selon un projet post-minimalisme dont le statisme et la linéarité sont en trompe l’œil ou plutôt trompe l’oreille. Le vide caressé habituellement par le genre est endigué. Les sons sulfureux s’engouffrent dans un fleuve profond selon la métrique de la batterie de Pascal Pasquinelli. « Static Motion » s’enflamme juste ce qu’il faut et ouvre des nappes ou des flots. Ils rejoignent un océan sans bord ou une nuit immense. L’ensemble ne reste néanmoins jamais mortifère.

 

Sonar 2.jpgLa configuration trois guitares + batterie pourrait laisser penser à une musique binaire il n’en est rien. Elle se soustrait à cette règle. Elle respire, bouge entre ombres et blancheur. Preuve que le système orchestral rock peut se contredire lui-même en explorant un univers que Robert Fripp avait commencé à explorer. Mais le groupe suisse n’a rien de passif et ne reluque pas sur les côtés « néo ». L’oxymoron « static motion » du titre illustre parfaitement l’objet du projet. Le son s’y fait pierre à moudre le monde harmonique selon un modelage hallucinant. Au lieu de cultiver le bouclage et le riff il avance en flèches et grêle en maturations. Le rock n’est plus la culture basique de l’excès et l’énergie mais ce qui joue de « l’entre ». En jaillit une beauté construite de béances. Elle n’est pas sans rappeler « poétique de l’œuvre ouverte » chère à Eco.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

                 

 

17:50 Publié dans Musique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

17/06/2014

Flo Kaufmann, sévices compris

 

 

Kaufman.jpgNatif de Soleure Flo Kaufmann est un magicien des images, des sons et de leurs flux. Electronicien aussi bidouilleur que génial il reste proche de la musique électronique et crée des installations image et son à partir de ses propres outils et ses propres instruments. Parfait iconoclaste et modulateur d’assonance  avec "le son du métro"  il se demanda ce qu'il y avait sur la piste passante brune du ticket de la RATP de Paris. Il en a collecté des  centaines avant de les soumettre à un  décodage. Utilisant leurs données  afin de créer une base de compositions algorithmiques il édita un disque vinyle avec sur une face les sons bruts de 50 stations et sur l'autre face les compositions faites à partir des pistes magnétiques.

 

Musique, art ou simplement travail : qu’importe estime l’artiste. Les étiquettes sont moins importantes pour lui que ce qu’il utilise pour arriver à ses fins: la technologie, l'altération des choses simples afin de forger  objets et machines complexes. Partant du disque il crée sa première gravure en 1993 en utilisant un tour de coupe artisanal dédié aux films radiographiques, puis il  monte  son unité de production et  travaille dans le mastering du disque professionnelle. Graveur zélé il est aussi  DJ et performeur, créateur de visuels analogiques. Il travaille aussi de multiples médias désuets : cylindres en cire Edison par exemple. Mais cette approche se refuse la simple parodie. Elle porte vers une  fiction décalée selon des pratiques critique qui obligent à repenser le réel et les productions technologiques.

 

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La création devient un paradoxal appel à la lucidité. Transformant tout ce qu’il touche en ce qu’il y a de plus inattendu  Kaufmann crée un monde étrange mais au charme sonore ou scénographique. Le spectateur/auditeur pénètre un univers instable et drôle. La mémorisation digitale y est mise au service d’un imaginaire hors de ses gonds par l’absurdité (apparente) qu’elle génère. Le détour et de détournement réaniment l’action de penser et d’envisager les objets, l’art et le monde. Nous finissions par comprendre qu’il reste à notre mesure grâce une langue sinueusement libre. Sévices compris, la pensée s’envole, elle ne fait plus les poches à l'esprit. La forme est déjà dans le fond et le fond dans la forme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard Perret

 

18/05/2014

Mehdi Benkler : Stranger than Paradise

 

 

 

Benkler.jpgFils d’une Algérienne et d’un Suisse de Corse Benkler est né à Morges. En accompagnant le groupe « The Kills » en tournée il commença la photographie de rock en vendant sur papier précieux ses épreuves. Désormais reconnu dans le milieu musical vaudois celui qui voulait devenir photographe de Guerre et rêvait de traverser le monde tel un Robert Capa  a donc été happé (provisoirement peut-être) par le monde de la musique dans lequel il cherche à saisir la sauvagerie même - écrit-il - « lorsqu’elle le relève du Grand-Guignol ». Mehdi Bekler photographie toujours en noir et blanc et en argentique. Cet apparent anachronisme du jeune photographe est un hommage à une de ses idoles : Jim Jarmursch. Désormais celui qui a fondé son propre groupe (« Forks ») arpente les festivals de Montreux de d’ailleurs pour saisir comme personne divers types d’icônes - de Leonard Cohen à Cat Power. Le photographe sait rechercher dans l’ombre comme la lumière le corps d’artistes dont les voix parfois brumeuses désordonnent les accords du monde par un chaos sonore. Il capte les silhouettes évanescentes ou énervés de presque fantômes qui rappellent quelque chose du passé ou de jeunes pousses qui anticipent

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sans doute sur le futur. Les éclats de vie captés sur scène ou back-stages s’éloignent de la recherche de photos choc à l’esbroufe : Benkler cultive  toujours le dépouillement. De tout ce qui pourrait paraître fantasque dans ses sujets l’artiste retient une nature diamétralement opposée. Les prises et leurs cadres créent un labyrinthe où le regard en se perdant retrouve un relief caché. Avec empathie l’artiste suggère néanmoins  ce qui se découvre derrière l’apparent bric-à-brac de mises en scène et de jeux d’images. Infiltrant sa frénésie mais aussi - liesse à part - son ordonnancement l’artiste pimente à sa matière les ingrédients que les « musicos » proposent afin de façonner en prises personnelles leur légende - ou parfois juste ce qu’il en reste.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret