gruyeresuisse

20/10/2014

Pink Floyd : que restera-t-il de nos amours ?

 

 

 

 

Pink Floyd.jpgLe Flamand Rose tire sa révérence. En soit cela n’a rien d’une nouvelle : depuis vingt ans ses ailes de géant l’empêchait d’avancer. Sinon clopin-clopant avec les disques disparates des membres détachés du groupe. En hommage à celui qui est mort en 2008 (Wright) « The endless river » enregistré entre 1993 et 1994 puis retravaillé depuis 2013 par David Gilmour et Nick Mason ne surprendra pas. Il n’a pas été fait pour cela. Et en dépit d’un aspect commercial il restera le chant du cygne du groupe. Chant n’est d’ailleurs pas le mot. Il faut parler plutôt de musique puisqu’à l’exception du titre final et superfétatoire l’album est totalement instrumental. Et c’est bien mieux comme ça.  Il pousse à bout tous ce que les inconditionnels aimaient dans les harmonies et les sons du Floyd. S’y reconnait la patte de Gilmour bidouilleur de génie devant l’éternel. Il donna dès le départ aux intuitions de Syd Barrett une coloration particulière dans ses jeux de répétitions et variations. Dans sa puissance de bruine l’album s’esclaffe en écumes, il verse ses onguents et mord parfois pour ne pas mourir. Les nostalgiques sont ravis (j’en fais partie). Ils sont tirés par l’arrière mais n’en demande pas plus. Lames et nappes sonores secouent ou bercent en esprit et nuées. Le Floyd clôture ainsi ses inventions de naguère voire de jadsis. Parallèlement il offre une ultime leçon de musique, une fenaison volante. Une dernière fois la tempête monte puis s’apaise. Il y a là les instants et les jours en ces ultimes assauts d’un souffle qui perdure. Oui le titre est exact : la rivière  - non sans retour - reste sans fin. Sur un monde délétère glisse encore le vol des flamands roses.

 

 Pink Floyd, "The Endless River", Warner, 2014.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:26 Publié dans Monde, Musique | Lien permanent | Commentaires (1)

30/09/2014

Sonar : du rock à la musique expérimentale

 

Sonar.jpg

 

Sonar, “Static motion”, label Cuneiform rune, 2014

 

 

 

Les guitaristes Stephan Thelen, Bernhard Wagner et le bassiste Christian Kuntner sont des vétérans de la musique helvétique. L’esprit rock est conjugué dans leur groupe Sonar selon un projet post-minimalisme dont le statisme et la linéarité sont en trompe l’œil ou plutôt trompe l’oreille. Le vide caressé habituellement par le genre est endigué. Les sons sulfureux s’engouffrent dans un fleuve profond selon la métrique de la batterie de Pascal Pasquinelli. « Static Motion » s’enflamme juste ce qu’il faut et ouvre des nappes ou des flots. Ils rejoignent un océan sans bord ou une nuit immense. L’ensemble ne reste néanmoins jamais mortifère.

 

Sonar 2.jpgLa configuration trois guitares + batterie pourrait laisser penser à une musique binaire il n’en est rien. Elle se soustrait à cette règle. Elle respire, bouge entre ombres et blancheur. Preuve que le système orchestral rock peut se contredire lui-même en explorant un univers que Robert Fripp avait commencé à explorer. Mais le groupe suisse n’a rien de passif et ne reluque pas sur les côtés « néo ». L’oxymoron « static motion » du titre illustre parfaitement l’objet du projet. Le son s’y fait pierre à moudre le monde harmonique selon un modelage hallucinant. Au lieu de cultiver le bouclage et le riff il avance en flèches et grêle en maturations. Le rock n’est plus la culture basique de l’excès et l’énergie mais ce qui joue de « l’entre ». En jaillit une beauté construite de béances. Elle n’est pas sans rappeler « poétique de l’œuvre ouverte » chère à Eco.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

                 

 

17:50 Publié dans Musique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

17/06/2014

Flo Kaufmann, sévices compris

 

 

Kaufman.jpgNatif de Soleure Flo Kaufmann est un magicien des images, des sons et de leurs flux. Electronicien aussi bidouilleur que génial il reste proche de la musique électronique et crée des installations image et son à partir de ses propres outils et ses propres instruments. Parfait iconoclaste et modulateur d’assonance  avec "le son du métro"  il se demanda ce qu'il y avait sur la piste passante brune du ticket de la RATP de Paris. Il en a collecté des  centaines avant de les soumettre à un  décodage. Utilisant leurs données  afin de créer une base de compositions algorithmiques il édita un disque vinyle avec sur une face les sons bruts de 50 stations et sur l'autre face les compositions faites à partir des pistes magnétiques.

 

Musique, art ou simplement travail : qu’importe estime l’artiste. Les étiquettes sont moins importantes pour lui que ce qu’il utilise pour arriver à ses fins: la technologie, l'altération des choses simples afin de forger  objets et machines complexes. Partant du disque il crée sa première gravure en 1993 en utilisant un tour de coupe artisanal dédié aux films radiographiques, puis il  monte  son unité de production et  travaille dans le mastering du disque professionnelle. Graveur zélé il est aussi  DJ et performeur, créateur de visuels analogiques. Il travaille aussi de multiples médias désuets : cylindres en cire Edison par exemple. Mais cette approche se refuse la simple parodie. Elle porte vers une  fiction décalée selon des pratiques critique qui obligent à repenser le réel et les productions technologiques.

 

 Kaufman 2.png

 

La création devient un paradoxal appel à la lucidité. Transformant tout ce qu’il touche en ce qu’il y a de plus inattendu  Kaufmann crée un monde étrange mais au charme sonore ou scénographique. Le spectateur/auditeur pénètre un univers instable et drôle. La mémorisation digitale y est mise au service d’un imaginaire hors de ses gonds par l’absurdité (apparente) qu’elle génère. Le détour et de détournement réaniment l’action de penser et d’envisager les objets, l’art et le monde. Nous finissions par comprendre qu’il reste à notre mesure grâce une langue sinueusement libre. Sévices compris, la pensée s’envole, elle ne fait plus les poches à l'esprit. La forme est déjà dans le fond et le fond dans la forme.

 

 

 

Jean-Paul Gavard Perret