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23/02/2015

« Sound-lavis » et partitions graphiques d’Oscar Wiggli

 

 

 

 

Wiggli.jpgOscar Wiggli, « Figures du son », Musée Jurassions des Arts, Moutier, 8 mars – 24 mai 2015.

 

 

 

 

 

Oscar Wiggli est une des rares plasticiens à s’intéresser à ce qui était pour Schopenhauer « le plus abstrait des arts » : la musique. A partir des années 80 et à côté de ses sculptures monumentales il entame des séries de dessins, partitions, idéogrammes et montages digitaux capables de proposer divers types d’interactions entre espace, son, rythme afin de visualiser la musicalité. L’imaginaire sonore n’a rien  ici d’une partition : traits multidirectionnels, effets de reliefs,  symboles rattachés à la culture orientale ont comme objectif constant « de visualiser les timbres musicaux ». Cela demande sans doute un effort de reconstruction chez le regardeur. Ils avancent entre formes et traces qui perlent, s’épluchent et virevoltent en divers types de progressions.

 

Wiggli 2.jpgFaux baroque,  vrai postmoderniste, Oscar Wiggli oblige à un regard affûté. Loin de tout maniérisme il fait du lieu de l’image celui d’une « espèce d’espace » envahie de signes afin de produire cette sonorité  abstractive où de fait la représentation et la figuration « classiques » s’émancipent. La force des images tient  à sa qualité de surface. L’éloge du son passe par la nécessaire « platitude » où le génie du lieu crée la hantise du non-lieu de la musicalité par effet de transfert et de construction.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

03/12/2014

Julien Sirjacq héritier du futur

 

Vinogradov.png“Sudden Archives - a spectral recollection”, Julien Sirjacq feat. The Bells Angels, du 15 novembre au 13 décembre 2014, au Circuit, centre d’art contemporain, quai Jurigoz, Lausanne

 

 

 

 

 

Julien Sirjacq est un passionné de musique. Mais il s'intéresse aussi à lʹespace urbain, à lʹhistoire des bâtiments, à la manière dont ils peuvent être habités et « interprétés » par des individualités. Ses œuvres agissent in situ en proposant un récit en temps réel qui retrace le devenir alternatif et fantastique du sujet choisi : ici de Vinogradov. Ce sujet fait d’ailleurs le joint entre les centres d’intérêt de l’artiste. Ayant découvert dans des cartons abandonnés - et par un hasard qui fait bien les choses - des documents du chef d'orchestre Boris  de Vinogradov (membre fondateur de l’ensemble « l’Itinéraire », chef de l’Orchestre de chambre de l’ORTF), Julien Sirjacq les a triés,  analysés jusqu’à les transformer en source d'inspiration pour ses expérimentation.  A partir d’un trésor exhumé et sauvé (lettres, photos, partitions, bandes magnétiques) l’artiste a reconstitué une sorte de « fiction » dans laquelle il recompose à sa main l’histoire d’un créateur dont le travail fut au fondement  de la musique spectrale dans les années 70 du siècle dernier. Sirjacq a intégré immédiatement à son travail de reconstitution plastique une dimension sonore. Il a par ailleurs partagé ses découvertes avec des musiciens capables de  questionner l’héritage musical de Vinogradov.

 

 

 

ImageProxy.jpg« Sudden Archives »  devient le second volet de cette recherche. Elle débuta  avec « L’oreille interne »  (Bruxelles, festival Citysonic, 2012).  Le dispositif conçut pour Lausanne se  déploie selon 3 modules : partition / transposition, interprétation / enregistrement et diffusion / production. Les archives sont présentées au moyen de différentes techniques d’impression : du mur d’image  sur l’ensemble de l’espace de Circuit à une fabrique de disques vinyles et une imprimerie où seront produites pendant l’exposition des propositions « multipartitas » mixant images et sons (d’Antoine Kogut à Wanda Obertova, de Laurent Estoppey à Anne Gillot et Kiko Esseiva entre autres). Genres, familles s’écroulent afin de faire jaillir des structures sous jacentes mais sans que le créateur ne cherche à les théoriser. Le dessin improvise du provisoire par sauts et gambades contre tous préjugés. Surgit aussi une spéléologie des sons « décimentées » et décimées dans l’espace temporel. L’extravagance suit son cours sans souci de justification, de critère causal. L’œuvre multiforme devient un essentialisme du réel non par substance mais structure. Au statisme fait place la fluidité. Elle pervertit subtilement les habitudes de voir et d’entendre.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

20/10/2014

Pink Floyd : que restera-t-il de nos amours ?

 

 

 

 

Pink Floyd.jpgLe Flamand Rose tire sa révérence. En soit cela n’a rien d’une nouvelle : depuis vingt ans ses ailes de géant l’empêchait d’avancer. Sinon clopin-clopant avec les disques disparates des membres détachés du groupe. En hommage à celui qui est mort en 2008 (Wright) « The endless river » enregistré entre 1993 et 1994 puis retravaillé depuis 2013 par David Gilmour et Nick Mason ne surprendra pas. Il n’a pas été fait pour cela. Et en dépit d’un aspect commercial il restera le chant du cygne du groupe. Chant n’est d’ailleurs pas le mot. Il faut parler plutôt de musique puisqu’à l’exception du titre final et superfétatoire l’album est totalement instrumental. Et c’est bien mieux comme ça.  Il pousse à bout tous ce que les inconditionnels aimaient dans les harmonies et les sons du Floyd. S’y reconnait la patte de Gilmour bidouilleur de génie devant l’éternel. Il donna dès le départ aux intuitions de Syd Barrett une coloration particulière dans ses jeux de répétitions et variations. Dans sa puissance de bruine l’album s’esclaffe en écumes, il verse ses onguents et mord parfois pour ne pas mourir. Les nostalgiques sont ravis (j’en fais partie). Ils sont tirés par l’arrière mais n’en demande pas plus. Lames et nappes sonores secouent ou bercent en esprit et nuées. Le Floyd clôture ainsi ses inventions de naguère voire de jadsis. Parallèlement il offre une ultime leçon de musique, une fenaison volante. Une dernière fois la tempête monte puis s’apaise. Il y a là les instants et les jours en ces ultimes assauts d’un souffle qui perdure. Oui le titre est exact : la rivière  - non sans retour - reste sans fin. Sur un monde délétère glisse encore le vol des flamands roses.

 

 Pink Floyd, "The Endless River", Warner, 2014.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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