gruyeresuisse

06/04/2016

Caisse claire : Sawada

 

Sawada.jpgSawada, "Snare Drum Solo" en concert, Mardi 12 Avril 2016, Humus, Lausanne

Morihide Sawada est un musicien japonais: depuis 1980 il joue ses propres œuvres. Prenant la caisse claire pour glaive avec « Snare Drum Solo » il garde une âme de chevalier. Reste toujours en lui la soif de l’Aventure. Il loge l’air sous la peau d’une seule caisse pour nous séparer de notre propre pensée : la nuée se change en particules. Anges et démons ne se suffisent plus : l’artiste n’a pas besoin d’en rouler les cargaisons.

Il a d’abord étudié l’électronique à l’université avant de devenir éditeur d’un magazine de rock progressif. Après avoir travaillé comme ingénieur du son et batteur dans plusieurs groupes de rock psychédélique (dont « Marble Sheep ») il est parti en solo pour un grand tour du monde afin de présenter depuis septembre 2011 sa performance "snare drum solo».

Sawada 2.jpgSeul derrière sa caisse claire il propose en acoustique un voyage étrange. Très charpenté cette dérive laisse néanmoins place à l’improvisation. L’œuvre en perpétuel « in progress » est imbibée des traditions japonaises et africaines mais tout autant du minimalisme (Steve Reich par exemple). Surgissent des rythmes primitifs mais des approches savantes et aussi des couleurs « ambient » et minimal-techno

L’ésotérisme n’est jamais loin. Se franchit le seuil des sons connus par oscillations, révolutions et bulles. L’œuvre devient une mémoire jupitérienne : ce qui est caché en diverses cultures prend une fraîcheur nouvelle et une allégresse. L’artiste sépare et unit. Sépare pour réunir en une musique des formes et des couleurs : elles sont tenues presque comme si elles ne voulaient pas être lâchées tant une histoire veut remonter. A l’inverse dans un nuage d’ictus et de frappes elles deviennent très fortes : leur intensité accapare, déborde.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/10/2015

LiA au clair de la lune

 

 

LIA BON.pngLiA , « Quand l’homme s’endort », label Irascible, 2015.

 

LiA (aka Félicien Donzé) fut d’abord Ska Nerfs. Le projet étant « plié », LiA est - si l’on peut dire - lui-même. Sous ce nom il a déjà des centaines de concerts à son actif. L’artiste ne cesse d’explorer diverses voies à l’orée de la forêt des songes. Entouré de son éternel batteur de toujours, Nicolas Pittet (Lee Scratch Perry) et de Simon Gerber (Sophie Hunger) à la basse,  la guitare et au chant l’artiste fait de « Quand l’homme s’endort » un album tout sauf anecdotique. Enregistré à Bruxelles au Studio Six et réalisé par Daniel Bleikolm, pour ses sets publics il est renforcé par la présence d’Emilie Zoé. Quant aux visuels de l’album ils sont confiés à  Augustin Rebetez. C’est une référence. Le plasticien donne des images probantes à ce projet rock de  la scène suisse francophone qui prouve là sa vitalité.

 

LIA 2.png« Quand l’homme s’endort » permet de contempler la magie sidérale des étoiles lorsqu’elles déclinent vers l’aube. Elle n’a rien toutefois de mélancolique. Chaque morceau reste sensuel. Les plages verrouillent les sons autant qu’ils les font sursauter. Tout cela sent l’asphalte en des prégnances étranges. Elles se ramifient avant de se rassembler dans un creuset, un magma. Dans l’azur laiteux les sons cristallisent des états déstabilisant sans cesse décomposés puis recombinés. Ils semblent peu à peu trop éloignés de leur point de départ pour y retourner. Néanmoins la disparité s’amenuise tout revient à un furtif salut où se marmonnent de (presque) inintelligibles formules au sein une grisaille satinée et douce un rien désespérée là où néanmoins la chaleur persiste.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

29/09/2015

Images et sons : Andrea Bianconi

 

Bianconi.jpgPendant une performance de dix minutes qu’il produira plusieurs fois Andrea Bianconi va  rester avec plusieurs appareils stéréo autour de lui. Ils vont jouer chacun et en même temps différents titres toujours significatifs dans la vie de l’artiste. Michael Jackson, Luciano Pavarotti, Aretha Franklin, Domenico Modugno, Bob Dylan, Gloria Gaynor et Eugenio Finardi seront les héros d’une « fable » par laquelle le créateur cherche une symphonie sonore : l’ordre y règne mais il est renversant. C’est un théâtre chimique et alchimique. Le « spectateur-auditeur » glisse d’un inconnu vers un autre.  Il y a des arrêtes, des plis, des vallons sonores. En surgissent parfois de la pure cacophonie, parfois des épisodes harmoniques dont les pointes dressent leur pal. L’œuvre développe une suite de plages intermédiaires et de changes.  Le trajet de la performance est la base d’un trajet sonore et visuel. La difficulté d'en parler tient à ce réel et ce virtuel. Existe le déplacement de l'un vers l'autre mais un déplacement-instant et dans le présent. La performance le fixe sans pour autant retenir vraiment. Celui dont les ailes ont poussé et qui se veut proche d'Houdini recherche donc toujours l'émission de formes ou de sons intempestifs. Ils  traduisent le réel tout en le détournant de ses assises. Ce déplacement impose un complet dépassement. Il fait émerger de l’autre : le machinique, industrialisé, préenregistré comme le plus sauvage qui en échappe en de telles confrontations.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Andrea Bianconi « Too much », performance sous l’égide de Barbara David Gallery au George R. Brown Convention Center, Texas Contemporary Art Fair, Houston, Octobre 2015. Le CD - produit par Barbara Davis Gallery et Andrea Bianconi - “ My Song” reprend les 7 morceaux de la performance.