gruyeresuisse

02/10/2015

LiA au clair de la lune

 

 

LIA BON.pngLiA , « Quand l’homme s’endort », label Irascible, 2015.

 

LiA (aka Félicien Donzé) fut d’abord Ska Nerfs. Le projet étant « plié », LiA est - si l’on peut dire - lui-même. Sous ce nom il a déjà des centaines de concerts à son actif. L’artiste ne cesse d’explorer diverses voies à l’orée de la forêt des songes. Entouré de son éternel batteur de toujours, Nicolas Pittet (Lee Scratch Perry) et de Simon Gerber (Sophie Hunger) à la basse,  la guitare et au chant l’artiste fait de « Quand l’homme s’endort » un album tout sauf anecdotique. Enregistré à Bruxelles au Studio Six et réalisé par Daniel Bleikolm, pour ses sets publics il est renforcé par la présence d’Emilie Zoé. Quant aux visuels de l’album ils sont confiés à  Augustin Rebetez. C’est une référence. Le plasticien donne des images probantes à ce projet rock de  la scène suisse francophone qui prouve là sa vitalité.

 

LIA 2.png« Quand l’homme s’endort » permet de contempler la magie sidérale des étoiles lorsqu’elles déclinent vers l’aube. Elle n’a rien toutefois de mélancolique. Chaque morceau reste sensuel. Les plages verrouillent les sons autant qu’ils les font sursauter. Tout cela sent l’asphalte en des prégnances étranges. Elles se ramifient avant de se rassembler dans un creuset, un magma. Dans l’azur laiteux les sons cristallisent des états déstabilisant sans cesse décomposés puis recombinés. Ils semblent peu à peu trop éloignés de leur point de départ pour y retourner. Néanmoins la disparité s’amenuise tout revient à un furtif salut où se marmonnent de (presque) inintelligibles formules au sein une grisaille satinée et douce un rien désespérée là où néanmoins la chaleur persiste.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

29/09/2015

Images et sons : Andrea Bianconi

 

Bianconi.jpgPendant une performance de dix minutes qu’il produira plusieurs fois Andrea Bianconi va  rester avec plusieurs appareils stéréo autour de lui. Ils vont jouer chacun et en même temps différents titres toujours significatifs dans la vie de l’artiste. Michael Jackson, Luciano Pavarotti, Aretha Franklin, Domenico Modugno, Bob Dylan, Gloria Gaynor et Eugenio Finardi seront les héros d’une « fable » par laquelle le créateur cherche une symphonie sonore : l’ordre y règne mais il est renversant. C’est un théâtre chimique et alchimique. Le « spectateur-auditeur » glisse d’un inconnu vers un autre.  Il y a des arrêtes, des plis, des vallons sonores. En surgissent parfois de la pure cacophonie, parfois des épisodes harmoniques dont les pointes dressent leur pal. L’œuvre développe une suite de plages intermédiaires et de changes.  Le trajet de la performance est la base d’un trajet sonore et visuel. La difficulté d'en parler tient à ce réel et ce virtuel. Existe le déplacement de l'un vers l'autre mais un déplacement-instant et dans le présent. La performance le fixe sans pour autant retenir vraiment. Celui dont les ailes ont poussé et qui se veut proche d'Houdini recherche donc toujours l'émission de formes ou de sons intempestifs. Ils  traduisent le réel tout en le détournant de ses assises. Ce déplacement impose un complet dépassement. Il fait émerger de l’autre : le machinique, industrialisé, préenregistré comme le plus sauvage qui en échappe en de telles confrontations.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Andrea Bianconi « Too much », performance sous l’égide de Barbara David Gallery au George R. Brown Convention Center, Texas Contemporary Art Fair, Houston, Octobre 2015. Le CD - produit par Barbara Davis Gallery et Andrea Bianconi - “ My Song” reprend les 7 morceaux de la performance.

 

 

 

24/08/2015

Le soleil noir de Sonar

 

 

Sonar.jpgSonar, “Black Light”, Cuneiform Records, 2015.

 

 

Sonar se pose dans le territoire rock comme un des groupes les plus convaincants non seulement helvétiques mais européens. Il fut reconnu dès son premier album par de grands critiques américain. Ce que "Static Motion " annonçait trouve là une ambition et une réussite supplémentaires.  A propos de “Black Light”  (enregistré près de Zurich  et mixé à Toronto) Stephan Thelen - maître de cérémonie du quatuor helvétique - en appelle non sans raison à la pop des 70’s  de King Crimson d’un côté et au minimalisme de Steve Reich de l’autre. Mais Thelen sait que les temps ont changé et les indications évoquées ne sont rien par rapport à ce que le groupe propose dans ce nouvel album. Ni Crimson ni Reich ne savaient par exemple utiliser la basse (ici entre les mains de Christian Kuntner) comme Sonar le propose. Sur ce pont sonore les deux guitares mais aussi la batterie posent leurs laps répétitifs selon des mouvements plus on moins cérémoniaux aigus (parfois - "String Geometry par exemple) et sombres (plus souvent). Ils peuvent par certains côtés rappeler autant un rock gothique qu’un jazz progressiste mais joué ici selon la version classique du groupe rock : deux guitares, une basse, une batterie. Et cela change tout

 

Sonar 2.jpgPour autant les fans du binaire - s’ils sont trop basiques dans leur goût - ne pourront être captés par un album ambitieux au rock expérimental mais en rien dissonant même si les accents se font barbares quand il le faut (dans « Orbit 5.7 » par exemple avant l’apaisement final). Le son est parfois caverneux mais sans jamais tomber dans les clichés « gros sons » du gothisme précité.   Une polyrythmie intelligente et subtile gouverne et ossature en différents temps un album qui s’écoute sans coup férir. Tout reste toujours en suspens : là où beaucoup de créateurs se laisseraient porter par des effets que des montées annoncent, Sonar les coupe pour aller vers une musique sans doute plus cérébrale mais qui évite les facilités d’effets « spasmodiques ». Sonar entraîne plus loin et plus profond là où les riffs complexes créent des effets d’abîmes. Chacun des titres ouvre à de subtiles ascensions en une arithmétique qui marie des cœurs de métronomes aux touffeurs d’un soleil couchant : c’est là que la lumière noire éclate à travers 6 morceaux qui sont bien plus que des fragments.

 

Jean-Paul Gavard-Perret