gruyeresuisse

03/06/2019

La folie Keiichi Tanaami

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Keiichi Tanaami – Tears of Dreams, Nieves, Zurich 2019.

L’animation, la sérigraphie, les illustrations de bande dessinée, les collages, les films expérimentaux, les peintures ou encore les sculptures, tout est bon à Keiichi Tanaami. Il  œuvre depuis plus de 50 ans dans le Pop Art pour créer une oeuvre polymorphe afin de faire comprendre la chaos du monde dans une puissance visuelle jubilatoire.

 

Tana 2.jpgCes dernières années, l’artiste de 82 ans s’est attelé à retranscrire des passages de sa vie, créant uniquement à partir de ses propres souvenirs, mais le propos est toujours le même : une critique jouissive du monde à travers ses décors que l'artiste déconstruit avec une intelligence rare.

 

 

Tana.pngOn y apprend à faire la soupe de  Blanches-neiges avec des restes de nains entre humour et diversité noire là où le Pop-Art est mâtiné de surréalisme. Il y a là du Wager et du cabaret des félicités. Cela fuse de tous les côtés et par tous les trous. La vie se concentre en face sociale et politique où l'imaginaire est à son zénith.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/05/2019

Sean Scully en 3 D

Scully.jpgComme avec ses peintures, le Dublinois d'origine Sean Scully reste à travers ses sculptures un créateur spécifique capable de suggérer la suppression et l'anéantissement du monde tout en accordant présence et résistance à l’essence de disparition. Pour lui l'image du réel, dans l’imagination, n'est qu'une ombre passagère. Il s’agit en conséquence de la réduire. L’Irlandais dans son minimalisme abstractif signifie une approche autant du monde que de la métaphysique à travers l'acier, le bronze, la pierre ou l'aluminium coloré.

Scully 2.jpgCe livre présente un grand nombre de ses sculptures et parfois leurs travaux préparatoires. Il est complété de plusieurs essais de Clare Lilley, Peter Murray, Kirsten Claudia Voigt et Jon Wood. Ces approches prouvent que Scully retient avant tout un effacement. Il donne à voir un univers paradoxal qui doit de demeurer, hors lieu, hors temps. Et comme hors d'usage - mais pour mieux suggérer une présence fondamentale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sean Scully, "Sculpture", Hatje Kantz, Berlin, 2019. 338 pp., 65 E..

28/03/2019

Janet Biggs et Yapci Ramos : désastre, cadastre.

Uruguay.pngLa Suissesse Barbara Polla (avec Paul Ardenne) propose à Montevidéo un exemple parfait d'un art écologique au sens plein du terme. Les deux artistes - l'Americaine Janet Biggs et Yapci Ramos (née à Tenerife et vivant entre Barcelone et New York) font plus que l'illuster. Elles montrent comment à force de dilapider les richesses naturelles, la "faiblesse" humaine devient la cause de pertes irrécusables. Preuve que le diable n'a pas besoin d'église : il peut se cacher partout. Et les deux artistes en font un tour significatif.

 

uruguay 2.pngLa première avec entre autre "Fade to White" s'intéresse à la disparition de l'articque. L'océan s'y complète mais pas seulement par gouttes. La seconde s'intéresse aux mouvements de la nature et l'interaction que cela entraîne avec les êtres à travers divers portraits. Les deux proposent une vision aussi poétique que politique. Elles sont des éclaireuses et des « éclaircisseuses ». L'art reste pour elles le vecteur inverse de ce qu'il représente pour beaucoup d'artistes. Il ne s'agit plus de se contenter de faire pousser les fantasmes comme un chiendent mais de laisser soudre une beauté plus profonde et en péril.

 

Uruguay 3.jpgA partir de cette double expérience s'engage une réflexion - mais le mot est trop étroit - sur la question du regard, du réel, du devenir non seulement du paysage mais des êtres et du monde. Ce dernier est  saisi en un substrat d'une épaisseur insondable. Existe là un .constat de "ce qui arrive" (pour reprendre les termes de Paul Virilio) : à savoir la catastrophe dont les deux artistes offrent des preuves de ce que les profiteurs - à divers niveaux dont nous ne sommes pas exempts - concoctent sans se soucier de ce qui adviendra après eux, après nous.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Janet Biggs et Yapci Ramos, "Connection", Espacio de Arte Contemporaneo, Montevideo, Uruguay, printemps 2019..