gruyeresuisse

23/09/2017

Allison Rufrano : Fantômes que fantômes

Allison Rufrano.jpgAllison Rufrano fait appel à une méthode d'exploration originale en concentrant tout son effort sur l'image de l’invisible auquel elle donne sinon un corps du moins une forme « sans formes ». L’artiste rode dans la périphérie de l’existence ou ce qu’il en reste. Demeure, des êtres potentiels, les suaires et leurs plis en une chute hors du temps là où l’absence grandit et ronge tout.

 

 

 

Allison Rufrano 2.jpgNéanmoins, dans un fondu dans la lumière du noir, une extase fantomatique suit son cours là où l'Imaginaire semble se retourner contre lui-même. L’image perd progressivement le contact avec les êtres (en se concentrant sur eux par l’absence de toute diégèse) pour signifier leur absence. Les fantômes eux-mêmes disparaissent progressivement pour ne laisser place - dans la scénographie de leur effondrement - qu’à leur suaire cérémonial exposé à une lumière intense.

 

Allison Rufrano 3.jpgTout s'enlise dans la stagnation d’une chute finale. Mais l’épiphanie visuelle prend toutefois une vibration paradoxale. Elle révèle, à l’être et de lui, l'illusion de la puissance. La captation identitaire est effacée : ne demeure qu’un drap immaculé. Il appartient à ceux qui le portent avant d’en être retiré. La seule présence reste les stigmates physiques du plus grand des sommeils. Il signe la disparition non seulement de l’être mais de son fantôme au sein de prises aussi lumineuses que sourdes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Allison Rufrano, « Visibility Invisible », Soho Gallery, New-York, 2017.

04/09/2017

Jitish Kallat : moutonnements

Kallat.pngSachant créer des connections entre sociologie, biologie et archéologie, Jitish Kallat porte un regard ironique et poétique sur les rapports de la nature et de la culture tout en créant une chronique du cycle de la vie dans l’Inde contemporaine et en mutation. Souvent maître des fresques colorées il est aussi capable de propositions monochromes en des matières surprenantes tel le plâtre dentaire qui fait passer les surfaces d'un état triomphant à un état décadent comme si tout ne perdurait que par une sorte de passivité du regard.

Kallat 2.jpgL’artiste y insinue cellules et alvéoles faites d’yeux d’oiseaux par exemple pour créer une fable. Elle ne renvoie plus seulement au réel mais à l’imaginaire sans pour autant représenter un produit typique des civilisations de l'âme (sinon en les changeant d'échelles) dont le but est de renvoyer à plus tard une rencontre plus qu'improbable avec une spiritualité en acte.

Kallat 3.jpgL’oeuvre déconditionne les façons de voir, de percevoir et représente un nouveau système de "projection" ironique. Ne persiste parfois qu'un vague moutonnement ondulatoire dans l'affaissement du langage plastique comme si ce qui restait de l’image n'était plus que de derniers vestiges visuels susceptibles d'engendrer un vertige sur le réel, sur son vide, comme sur la présence implicite du “covarieur”

Jean-Paul Gavard-Perret

Jitish Kallat, “Covariance”, Templon, Bruxelles, du 7 septembre au 29 octobre 2017.

14:12 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

25/08/2017

Luo Yang : covariances du féminin

Juxtapoz avant 1.jpgLuo Yang est un photographe émergeant de la scène chinoise. Son projet « girls » a pour but de montrer un éventail de femmes chinoises d’aujourd’hui. Dans leur diversité, l’artiste ose montrer ce que l’idéologie dominante peut estimer subversif tant pour les prises de vue que pour leur contenu.

Juxtapoz 2.jpgPrivées ou non ces photographies dressent un tableau souvent transgressif mais dans lesquels la femme demeure fragile même si se perçoit néanmoins une prise en compte de qui elle est (ou ose devenir) au sein de narrations et miction de réalisme et fiction. La beauté recherchée n’a rien d’apprêtée. Il s’agit avant tout de souligner comment les femmes avancent sans contrôle en dépit des règles admises par la société chinoise.

Juxtapoz.jpgPar fragments l’artiste inscrit de nouveaux repérages entre autres de celles qui refusent la loi des adultes et de l’idéologie rampante. Leur nudité reste distante. Indifférentes aux apparences, les jeunes femmes "inflorescentes" montrent comment leur doute sur qui elles sont se transforme peu à peu en certitudes et revendications implicites.

Jean-Paul Gavard-Perret