gruyeresuisse

04/07/2019

Hito Steyerl à la recherche de nouvelles constellations d'images

Steyerl.jpgHito Steyerl se dit documentariste ratée. Formée dans cette mouvance elle s'en est éloignée lorsque le genre a multiplié ses poncifs en devenant une sorte d'industrie commerciale. Elle a dû créer des installations pour se confronter à la réalité de manière différente. Car il s'agit toujours pour elle de savoir comment la représenter en acceptant le fait que cette approche n'est jamais complète puisque l'Histoire elle-même ne l'est pas.

DSteyerl 2.jpgans la filiation de Godard elle tente de plus en plus de saisir des réalités invisibles en s'éloignant de la tradition documentaire basée sur un "modèle" de construction de la vérité. La question que Hito Seyerl pose désormais est "comment voyons-nous ?" Et l'objetif est de mettre à nu les "filtres" qui rendent certaines choses visibles et d'autres pas. Comme par exemple celles des inégalités "enkystées dans les centres urbains" précise l'artiste.

Steyerl 3.jpgIl faut donc essayer de les rendre visibles en prenant en compte les avancées numériques a priori dénuées d'incarnations matérielles et ce au moment où ce ne sont plus les images que nous regardons : ce sont elles qui nous traquent, nous surveillent et dont nous devenons l'objet. L'objectif est de s'engager dans ce qu'elle nomme une "observation participante" en créant un chaos organisé face à l'immense foutoir des images en construisant des interfaces spécifiques. Ils nous projettent à l'intérieur des réseaux organisés afin de créer de nouvelles constellations.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/06/2019

La folie Keiichi Tanaami

Tana 3.jpg

Keiichi Tanaami – Tears of Dreams, Nieves, Zurich 2019.

L’animation, la sérigraphie, les illustrations de bande dessinée, les collages, les films expérimentaux, les peintures ou encore les sculptures, tout est bon à Keiichi Tanaami. Il  œuvre depuis plus de 50 ans dans le Pop Art pour créer une oeuvre polymorphe afin de faire comprendre la chaos du monde dans une puissance visuelle jubilatoire.

 

Tana 2.jpgCes dernières années, l’artiste de 82 ans s’est attelé à retranscrire des passages de sa vie, créant uniquement à partir de ses propres souvenirs, mais le propos est toujours le même : une critique jouissive du monde à travers ses décors que l'artiste déconstruit avec une intelligence rare.

 

 

Tana.pngOn y apprend à faire la soupe de  Blanches-neiges avec des restes de nains entre humour et diversité noire là où le Pop-Art est mâtiné de surréalisme. Il y a là du Wager et du cabaret des félicités. Cela fuse de tous les côtés et par tous les trous. La vie se concentre en face sociale et politique où l'imaginaire est à son zénith.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/05/2019

Sean Scully en 3 D

Scully.jpgComme avec ses peintures, le Dublinois d'origine Sean Scully reste à travers ses sculptures un créateur spécifique capable de suggérer la suppression et l'anéantissement du monde tout en accordant présence et résistance à l’essence de disparition. Pour lui l'image du réel, dans l’imagination, n'est qu'une ombre passagère. Il s’agit en conséquence de la réduire. L’Irlandais dans son minimalisme abstractif signifie une approche autant du monde que de la métaphysique à travers l'acier, le bronze, la pierre ou l'aluminium coloré.

Scully 2.jpgCe livre présente un grand nombre de ses sculptures et parfois leurs travaux préparatoires. Il est complété de plusieurs essais de Clare Lilley, Peter Murray, Kirsten Claudia Voigt et Jon Wood. Ces approches prouvent que Scully retient avant tout un effacement. Il donne à voir un univers paradoxal qui doit de demeurer, hors lieu, hors temps. Et comme hors d'usage - mais pour mieux suggérer une présence fondamentale.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sean Scully, "Sculpture", Hatje Kantz, Berlin, 2019. 338 pp., 65 E..