gruyeresuisse

06/11/2017

Sergey Chilikov : bons baisers de Russie

Soviet 4.jpgSergey Chilikov est considéré comme un artiste non-conformiste capable de mettre à nu et à tous les sens du terme la face cachée de son pays et les images que son leader autocrate veut en donner. L’artiste n’hésite pas à rechercher l’éros où il se cache et parfois s’exhibe quitte à cultiver un certain « mauvais » goût afin de secouer les stéréotypes. Il existe là de la maladresse mais surtout de belles réussites. Chilikov suggère bien des fractures.

Soviet 2.jpgEn ne cherchant jamais le beau pour le beau son projet inclus toutes les couches sociales et tous les âges. Pour les intolérants de telles photographies mènent au vice car s’y déchaînent des torrents de stupre avec la rapidité du choléra de la fornication. Il est vrai que sur ce plan la Russie est timorée ou simplement hypocrite. Certains mariages ont l’air de communions des saints. Mais le photographe montre des faces moins officielles.

Soviet 3.jpgLes amoureux et amoureuses ne ressemblent pas à des enfants qui croient au Père Noël. Il n’existe ni décorations, ni déclarations d’amour. L’équation de l’amour est à deux inconnu(e)s voire bien plus. Quant aux Don Juan ils ne sont pas forcément des toréadors du sexe même si leurs compagnes semblent leur laisser carte blanche. Seules les timides sauvegardent les parades d’une précoce vulgarité.

Soviet 5.jpgMais d’autres passent à travers comme une lettre à la poste. Certaines femmes imbues de leur image jouent les solistes, d’autres préfèrent les groupes qu’elles pimentent de quelques gouttes d’inaccessibles. Néanmoins dans ces histoires il n’existe pas toujours un balcon pareil à celui de Juliette.. En Russie on se contente d’y mettre les lessives à sécher. Néanmoins sur cette corde à linge il est possible de grimper au rideau : pour s’envoyer en l’air plus besoin d’escaliers.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/10/2017

Richard Gere photographe

Gere 4.jpgRichard Gere n’est pas seulement l’acteur sex symbole de « Pretty Woman » ou d’ « American Gigolo ». Ses succès lui ont permis de s’engager pour divers combats : la lutte contre le sida, des droits de l'homme au Tibet des femmes en Egypte par exemple. Collectionneur de photographies - Joel Peter Witkin et František Drtikol - il est devenu lui-même photographe.

Gere 3.jpgAu début Richard Gere considérait ces travaux comme de simples documents pour appuyer ses luttes. Armé d’un Canon ou d’un Contax T2 il cherche toujours à donner à ses travaux énergie et sensualité en jouant sur des prises qui font le jeu du réel et de l’irréel sans chercher à créer des photos « commerciales ».

Gere bon.jpgCertains amateurs critiquent le manque de netteté de ses photos. Mais c’est l’effet recherché afin d’effacer tout aspect « touristique ». Au Népal, en Egypte comme au Pole Sud Gere crée des prises aux angles souvent originaux Mais c’est uniquement pour soutenir ders organisations et projets qu’il a exposé et vendu certaines photographies. Il a réalisé deux portfolios : "Zanskar" et "Tibet".

Gere 2.jpgSes photographies se distinguent surtout par le fait qu’elles ne semblent ressembler qu’à elles-mêmes. Elles possèdent quelque chose de cérébral-sensitif, une distance inouïe, une proximité de compassion qui échappe à toute définition. Distance et proximité où se remarque le regard aussi attentif que bienveillant de celui qui ne se considère pas comme un véritable photographe. Ce qui est loin d’être juste.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/09/2017

Rania Matar : résistances

Rania Matar2.jpgRania Matar photographie des adolescentes sans qu’elle puisse être soupçonnée de la moindre équivoque. Dans un milieu arabe il s’agit néanmoins d’un acte de quasi résistance. Mais par ailleurs la créatrice est fascinée par cet âge de formation. Les filles qu’elle photographie au Liban possèdent l’âge des siennes. Elle a d’ailleurs saisi ces dernières dans ses séries « A Girl and Her Room » et « L'Enfant-Femme ».

 

Rania Matar.jpgEn une approche d’essence autobiographique, l’artiste crée des narrations différentielles pour monter combien la féminité est semblable dans les diverses cultures. Elle suggère la vulnérabilité, la fragilité, les doutes et la beauté de l’adolescence sans frontière et transforme la représentation des femmes du Moyen-Orient loin des « visions orientalistes enracinées dans l'inconscient collectif de l'Ouest » d’autant que « les problèmes dominants entourant les conflits, la guerre ou les femmes couvertes par les hijabs continuent de valider les stéréotypes »

Rania Matar 3.jpgLe Liban lui permet par ailleurs de traverser diverses communautés religieuses et économiques. Libanaise, américaine et palestinienne, la photographe donne une vision panoramique de son pays d’origine sans oublier les réfugiés palestiniens souvent ignorée et qui vivent dans des camps. Leurs filles d’une quatrième génération d’exclus est comparables aux filles plus favorisées. Plus qu’une autre l’artiste est sensible au langage du corps et du vêtement. Néanmoins existe dans ce travail un respect et une ode à l’être loin de tout effet de charme factice et racoleur : c’est pourquoi le seul ordre que l’artiste donne à ses modèles est de ne pas sourire. Par ce biais Rania Matar semble atteindre le cœur des personnages dont la photographie prolonge la pulsation.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’œuvre de l’artiste est actuellement visible entre autre à la « Biennale des photographes du monde arabe contemporain » de Paris du 13 septembre au 12 novembre 2017.