gruyeresuisse

04/09/2017

Jitish Kallat : moutonnements

Kallat.pngSachant créer des connections entre sociologie, biologie et archéologie, Jitish Kallat porte un regard ironique et poétique sur les rapports de la nature et de la culture tout en créant une chronique du cycle de la vie dans l’Inde contemporaine et en mutation. Souvent maître des fresques colorées il est aussi capable de propositions monochromes en des matières surprenantes tel le plâtre dentaire qui fait passer les surfaces d'un état triomphant à un état décadent comme si tout ne perdurait que par une sorte de passivité du regard.

Kallat 2.jpgL’artiste y insinue cellules et alvéoles faites d’yeux d’oiseaux par exemple pour créer une fable. Elle ne renvoie plus seulement au réel mais à l’imaginaire sans pour autant représenter un produit typique des civilisations de l'âme (sinon en les changeant d'échelles) dont le but est de renvoyer à plus tard une rencontre plus qu'improbable avec une spiritualité en acte.

Kallat 3.jpgL’oeuvre déconditionne les façons de voir, de percevoir et représente un nouveau système de "projection" ironique. Ne persiste parfois qu'un vague moutonnement ondulatoire dans l'affaissement du langage plastique comme si ce qui restait de l’image n'était plus que de derniers vestiges visuels susceptibles d'engendrer un vertige sur le réel, sur son vide, comme sur la présence implicite du “covarieur”

Jean-Paul Gavard-Perret

Jitish Kallat, “Covariance”, Templon, Bruxelles, du 7 septembre au 29 octobre 2017.

14:12 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

25/08/2017

Luo Yang : covariances du féminin

Juxtapoz avant 1.jpgLuo Yang est un photographe émergeant de la scène chinoise. Son projet « girls » a pour but de montrer un éventail de femmes chinoises d’aujourd’hui. Dans leur diversité, l’artiste ose montrer ce que l’idéologie dominante peut estimer subversif tant pour les prises de vue que pour leur contenu.

Juxtapoz 2.jpgPrivées ou non ces photographies dressent un tableau souvent transgressif mais dans lesquels la femme demeure fragile même si se perçoit néanmoins une prise en compte de qui elle est (ou ose devenir) au sein de narrations et miction de réalisme et fiction. La beauté recherchée n’a rien d’apprêtée. Il s’agit avant tout de souligner comment les femmes avancent sans contrôle en dépit des règles admises par la société chinoise.

Juxtapoz.jpgPar fragments l’artiste inscrit de nouveaux repérages entre autres de celles qui refusent la loi des adultes et de l’idéologie rampante. Leur nudité reste distante. Indifférentes aux apparences, les jeunes femmes "inflorescentes" montrent comment leur doute sur qui elles sont se transforme peu à peu en certitudes et revendications implicites.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/08/2017

Stéphane Zaech et Alex Katz : Voix de la peinture


Zaeck.jpgStéphane Zaech, "Alex Katz Interviews", coll. ShushLarry, art&fiction, Lausanne, 2017, 188 p.. Parution le 18 septembre.

 

 

 

 

 

Zaeck 3.pngAvec Stéphane Fretz, et Massimo Furlan, Stéphane Zaech a créé entre 1986 et 1992 le groupe "Adesso Nachlass" avant de voler de ses propres ailes tout en continuant de collaborer avec Fretz et son frère Philippe. Adeptes de la figuration intempestive ils se sont orientés vers la reprise de l’histoire de la peinture. Contrairement à Fretz fasciné par le monde en ordre de la Renaissance originelle, Zaech opte pour celle de la fin en ses débordements baroques. A l’Italie il préfère l’Espagne Velazquez, Goya, Dali et Picasso mais aussi et plus proche de nous Alex Katz. Celui-ci est né en 1927 à New York (Brooklyn), il fréquenta la Cooper Union et la Skowhegan School of Painting and Sculpture. Il partage son temps entre New York et le Maine (en été).

Zaeck 4.jpgAu début de sa carrière, ses cinq premières expositions furent de cuisants échecs. Il subvenait à ses besoins grâce à un travail à mi-temps dans un magasin d’encadrement et vivait en totale précarité. Mais vite les temps ont changé. Il devient une figure majeure de la peinture actuelle mais reste célèbre et méconnu. On est loin avec lui des évocations rieuses ou évanescentes. Peintre de paysages et de portraits (souvent de sa femme Ada), il est connu pour ses peintures grands formats à fond monochrome. Sa peinture est toute en planéité et pigments vifs et harmoniques. Simples en apparence, les compositions d'Alex Katz sont pourtant extrêmement travaillées.

Zaeck 2.jpgOn l'associe souvent au mouvement Pop Art pour sa technique graphique proche de l'art publicitaire. Légères en apparence, les toiles de Katz peuvent aussi révéler une certaine étrangeté, voire de la mélancolie. Grâce à une sélection de textes inédits en français de l’artiste américain et d'entretiens, Zaech crée un dialogue transatlantique avec lui au nom d’une admiration réciproque et d'une propension commune : celle de peindre vite, capter l’instant, « parce que c'est l'art qui découvre la pensée, et non la pensée qui découvre l'art ».

Jean-Paul Gavard-Perret