gruyeresuisse

04/01/2018

Ren Hang ou le recours de la volupté

Hang 2.jpgSelon Cicéron les choses dont on se souvient le mieux sont les choses dites « honteuses ». Il ajoute qu’on utiliserait toujours avec profit les images libidineuses pour stimuler la mémoire. Preuve peut-être qu’elle n’existe pas sans fantasmes…

 

 

Hang.jpgIconoclaste à souhait, Ren Hang se fait donc orateur grecque tout en transformant les images de nudité. Par l’assemblage, la torsion et la disposition des corps il crée une véritable écriture. Il y a là des calembours visuels, des condensations immobiles. Le pathétique cède toujours la place à un certain comique en de telles fresques photographiques.

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Ren Hang préfère l’épicurisme au stoïcisme. Il reste étranger à toutes violences si ce n’est celle - provocatrice - de ses mises en scène. Il remise l’ego au profit cosmos d’une libido sexuelle qui flotte sans jamais se retourner contre elle-même. La physique tient lieu de métaphysique et devient la thérapie d’un monde cruel auquel le photographe ajoutent des farces primesautières.

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Le plaisir est ici sans risque et ignore presque toujours l’angoisse. Il dérive de lui-même et sa qualité suprême ne se limite pas seulement à l’absence de douleur. Si bien que la volupté reste la seule sensation que Ren Hang divinise. Elle procure au corps une sensation supérieure de soi quels que soient le genre et le nombre des partenaires. D’où ces suites de bouquets qui sont toujours à reconstituer en accords et raccords.

Jean-Paul Gavard-Perret

08/12/2017

La légèreté de l’être : Luciana Pampalone

Pampalone 3.jpgLes photos de mode de Luciana Pampalone dépassent très largement le simple cadre marketing. Mannequins, accessoires, mises en scène, etc. tout ramène à l’univers des années d’entre les deux guerres mondiales. Mais c’est moins rétro qu’il n’y parait. Existe un retour au réel d’aujourd’hui. Le noir et blanc des films muets ne manquent ici et paradoxalement jamais de « couleurs ».

Pampalone.jpgL’artiste reste la maîtresse des prises et reprises au charme débordant. Elles dépassent les bornes temporelles. Existe toujours un rire implicite, une vie par le ravissement proposé : les êtres et la nature dansent entre grands espaces et plans rapprochés en une perpétuelle partie de séduction.

Pampalone 2.jpgLes gammes immuables de reconnaissance prennent soudain une allégresse entre les anfractuosités d’un arbre et les mouvements d’une jupe autour de hanches. Se déploie un vertige là où la photographe biffe les précipices. Rien n’a lieu que la dynamique des corps et l’immuable torsion de la beauté de la nature. Pétrification et passage créent un flux au milieu des discontinuités évènementielles et des poses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Luciana Pampalone, Robin Rice Gallery, New-York, décembre 2017.

29/11/2017

Les toutous snobs de Dougie Wallace

Wallace.jpgNul ne sait si Dougie Wallace (aka Glasweegee) est le meilleur ami du chien mais, pour sûr, il s’intéresse à lui. Quittant Glasgow et ses chiens errants pour des marches dans le quartier londonien chic de Knightsbridge et les rues de Milan, le photographe a découvert que les chiens s’élevaient au rang d’objets de mode ». « Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander s’il y avait une corrélation entre la baisse des naissances et tous ces bébés animaux poussés dans des landaus ». Il est vrai que les bébés à poils durs ne quittent pas une certaine enfance et la responsabilité à leur égard est une fosse d’aisance.

Wallece4.jpgWallace est donc allé de Londres à Milan, de New York à Tokyo pour saisir dans sa série et son livre « Well Heeled » celles et ceux qu’il nomme « humanisateurs extrêmes d’animaux » et qui ne cessent d’accessoiriser et de toiletter leurs progénitures canines d’adoption. Mais il se focalise sur les toutous un rien snob qui deviennent cabots et jouent avec l’objectif. Fasciné par les postures des bipèdes il ne cesse de les faire « sourire » pour mettre en exergue leurs incisives, leur barbe fleurie, leur truffe mouillée. Ils se laissent photographier en oubliant qu’ils sont des chiens. D’autant que leur vie ne l’est en rien.

Wallece3.jpgIl existe ainsi, par le bout de la laisse, la vie mode d’emploi. Et s’inscrit par le détour canin un cours presque insensé de la race humaine. Le tout au sein de jeux optiques où les gains poétiques et drôles sont assurés. S’y mélangent temps, rêve, farce, réalité, folie du temps là où le monde avance à quatre pattes plus que les fers en l’air.

Jean-Paul Gavard-Perret