gruyeresuisse

29/11/2019

Jacques Sojcher : légende des femmes et du livre

Sojcher.jpgUne nouvelle fois Jacques Sojcher projette vers le "trou" de son être : celui  d'un "survivant ordinaire". L'infatigable rêveur tente de trouver sa voie dans "la confusion des images" première par les femmes et le livre.

Des femmes, il n'en manque pas : elles se succèdent. Et l'âge venant ne fait rien à l'affaire. Le séducteur est fasciné. Ici par la dernière d'entre elles. Sans doute est-elle de passage même si elle semble la "bonne". Elle réveille son désir, "dans une chambre d'hôtel" comme dans la "camera oscura de son cerveau". Belle, elle lui réchauffe les pieds et le coeur. Mais le brouillage persiste au milieu du  bouillonnement des corps au nom de l'enfer du passé qui mène moins vers la foi en l'amour qu'à une certaine peur de soi-même.

Sojcher 2.jpgBref les femmes tentent de sauver "l'amant perpétuel", celui qui est "toujours entrain de naître / Puéril jusqu'à la mort". Elles soulèvent "une joie sans raison". Mais la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu'elle a à l'incurable. La dernière tente toujours de dissiper les visages perdus. Elle permet à la vie de suivre son cours : mais l'effondrement demeure. Inventant à sa mesure les aimée, chacune "devient réelle" pour preuve "sa place est dans le livre". Et c'est bien là le problème.

Jacques Sojcher, "Joie sans raison", Illustrations d'Arié Mandelbaum, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2019, 54 p.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/11/2019

Tania Franco Klein : les solitaires absolues

Klein 2.pngTania Franco Klein mêle les éléments de sa psyché personnelle au quotidien d'une société (américaine) qu'elle revisite loin d'un brouet dispendieux qui ramènerait l'image à de l'autofiction. Se pénètre un monde de solitude absolue dans un monde où en théorie tout est fait pour le plaisir.

 

Klein.pngEn conséquence l’érotisme se transforme en un ésotérisme fractal. Il donne à l’intimité une face nouvelle. A travers elle la photographe ouvre des interrogations là où elle feint d’offrir que des états de constatation. L'artiste scénarise des instants qui ramène à un présent collectif et comme privé d'avenir dans lequel la question de l’identité reste une énigme.

Klein 3.pngNe sortant jamais du contexte de la quotidienneté le livre dans sa propension onirique devient une spéculation. Il permet de retrouver l’être profond voué à une attente perpétuelle. Se saisit ce qui se dérobe, se suspend voire se détruit là où n'existe même plus d’appel à l’autre comme complément de l'identité.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Tania Franco Klein, "Positive Disintegration", (Limited Edition 500 copies), 2019, 240 E., voir site de l'artiste

03/10/2019

Robert Franck de la Suisse aux USA

Franck 3.jpgRobert Franck - récemment décédé - est né en Suisse avant de devenir citoyen méricain en ayant parfois des mots durs ou plutôt ironiques sur sa terre première. Intéressé par les êtres humains il les a saisis  en tant que "documentariste du moi" mais un moi qui n'a rien d'égotique. Arrivé à New-York il fut d'abord photographe de mode mais s'en dédouana très vite. Connu grâce au Moma dès le début des années 60 ses photos vont faire le tour du monde par ce qu'elles montrent l'éternité de l'éphémère.

Franck.pngParrainé par Walker Evans, admirateur d'Edward Hopper, il va influencer l'histoire de la photographie à travers sa vision des U.S.A.. "Les Américains" (préfacé par Kerouac) devient un des premiers best-sellers de la photographie d'abord refusé par les éditeurs du pays. Ses prises existentielles saisies au cours de son périple à travers 48 états et publiées par Delpire à Paris, ne cherchent pas la performance, la virtuosité mais l'atmopshère et la sensation un peu tristes. Elles restent d'une totale modernité poétique dans une expressivité assumée mais au service d'une vérité par rapport au réel.

Franck 2.jpgRigoureux le photographe se disait capteur de "juste une image" mais elle est toujours juste et précise. Après "Les Américains" l'artiste n'a pas voulu se répéter. Le Suisse qui portait un regard si triste sur son pays d'adoption (on le lui reprocha) quitta pratiquement son art pour le cinéma avant d'y revenir dans un travail plus expérimental et graphique afin de rester fidèle à son désir premier : toujours "sortir du cadre" et saisir la vie même dans des détails que d'autres ne percevaient pas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret