gruyeresuisse

19/04/2014

Les courses éperdues de l’Orchestre tout puissant Marcel Duchamp

 

 

 

Orcchestre 2.pngOrchestre tout puissant Marcel Duchamp, « Rotorotor », Autoproduit. Genève.

 

Tout dans les musiques hybrides de « L'Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp » est inspiré par le plaisir et la liberté. Hommage à Dada bien sûr mais aussi aux groupes traditionnels africains ( « Orchestre Tout Puissant Konono n°1 », « Orchestre Tout Puissant Polyrytmo » et autres) le nom même du groupe traduit cette traversées hors des genres musicaux : le rock comme les expériences contemporaine - du punk basique à la musique dite savante - sont transformés et traversée par des traditions populaires de diverses racines. Cela ne ressemble à rien de connu. La surprise est donc au rendez-vous de chaque titre comme le prouve « Rotorotor » troisième opus des Genevois.

 

Orchestre tout puissant.jpgProduit par John Parish (P.J Harvey, Eels), enregistré au Toybox Studio à Bristol cet album est le plus abouti (tout en restant échevelé) du groupe. Le producteur a bien compris les ambitions dadaïste de l’orchestre mais il a su brider une musique qui par son esprit tend à partir en tous sens. Des lignes plus précises se dessinent même si dans chaque titre l’imagination voyage d’un univers vers un autre en une pop souvent drôle, jouant au besoin les gros bras sans se prendre au sérieux. Primitive du futur une telle musique mélange les odes amoureuses aux incantations belliqueuses. La fête est là. Ceux qui estiment que l’esprit suisse est très sérieux seront pris en revers. La musique crie son plaisir car ses officiants ne cessent de se pousser mutuellement à des actes impies à son égard. Ils la déplument de ses hardes pour la remodeler d’accents imprévus. Tout cela gémit, frémit de rythmes féroces mais légers et de sensations crues. « Rotorotor » porte donc en lui un soleil noir qui n’a rien de mélancolique. Il réchauffe les animaux des déserts comme les night-clubbers d’une Europe qui se désespère. Celle-ci  retrouve enfin des cigales allumées pour seuls guides.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/04/2014

Viviane Rombaldi Seppey baladine du monde occidental

 

 

 

Rombaldi-Seppey.gifViviane Rombaldi Seppey, « Ici et Là », Galerie Dubner Moderne, Lausanne, du 9 mai au 2 juillet 2014.

 

Viviane Rombaldi Seppey originaire de Sion est une perpétuelle vagabonde plus qu’une exilée. Elle vit actuellement  à New York après des séjours à Melbourne et Singapour. La galerie Dubner Moderne lui consacre sa première exposition en son pays d’origine. « Dans ce monde digital, où nous sommes ni ici ni là, Viviane Rombaldi Seppey récupère l'annuaire téléphonique de son destin inévitable comme artéfact de l'âge analogique, pour représenter “ici et là” en image » est-il précisé fort justement dans la présentation de la galerie hôte. Collages, peintures, dessins et sculptures de l’artiste explorent en effet de manière originale les notions de temps, espace et appartenance.

 

Rombaldi.jpgEntrant dans un champ de rayonnement largement ouvert par les « abstracteurs » suisses (entre autre de l’école de Zurich) l’œuvre de Viviane Rombaldi-Seppey est imprégnée d'une dynamique de la sensibilité et de l'intelligence. L’artiste extrait de la multitude d'informations du fouillis visuel (où l’artiste va parfois chercher des objets) une suite de formes géométriques et de rhizomes. En émane un calme étrange. Il permet de comprendre que l’abstraction devient le lieu nécessaire à la vie de l'être. Certes la lumière que l’œuvre diffuse détient un secret peu propice à l'admiration "classique" et anthropomorphique. Mais la contemplation induite est plus intense là où la peinture réinscrit le poids du temps là où elle semble flotter vers une réalité sidérale.  Le réel ne reste plus au fond de sa grotte. Il est là mais son énergie se diffuse selon une autre clarté. L’artiste ne traite plus le monde comme un symptôme. Elle provoque des échos insoupçonnés loin de pseudo exhibitions. N’appelant ni au  sacrilège ou au blasphème, elle offre un espace d’interrogation inépuisable mais aussi de respiration rarissime dans l’art de notre époque.

 

 

 

Jean-Paul  Gavard-Perret

 

14/04/2014

Blow-up, le visible et le visuel

 

 

 

 

 

Blow up bon.jpg« Blow-up », Antonioni’s classic film and photography », Edition de Walter Moser et Klaus Albrecht Schröder, Hatje Cantz, 224 pages, 39,80 E.., 2014

 

 

 

« Blow-up » d’Antonioni est l’un des films majeurs de l’histoire du cinéma mondial. Celui de l’autrement et de l’outrement voir. Il se dresse contre le mensonge de l’image non en la dénonçant mais - paradoxe suprême - en montrant du dedans ce qu’elle cache et la myopie de celui qui la regarde. Antonioni prouve que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle. Quant à celui qui lui fait face (qu’il soit  acteur, mime, peintre, photographe, mannequin ou spectateur)  il y mêle ses fantasmes, ses grilles de lecture, ses attentes.

 

 

 

Blow up bon 3.jpgPrimé en 1966 sous les sifflets d’une critique interloquée tant il dérogeait aux canons de l’époque le film met en cause les pièges du visuel comme ceux du visible. Leur interaction à la fois nie et renforce la force de l’imaginaire en prouvant qu’il n’a pas une simple fonction d’irréel.  « Blow-up » déchire l’image-voile d’où fusent les éclats invisibles du monde. L’image y affirme sa présence mais comme « n’étant pas toute ». Dans l’enquête filée (sujet aussi central que partiel du film) elle est surface de méconnaissance atteinte par une frénésie de lumière dans le mesure où le héros (photographe professionnel) la transforme en « épreuve » de vérité mais dont l’épiphanie sera neutralisée. « Blow-up » n’offre ni miracle, ni répit. Tout restera « en l’état », un état absurde dans l’interminable approche d’évènement mais non de leur certitude. Images « archives », images apparences cohabitent dans la quête à la fois d’images-fêtes et d’images-faits. Le film reste donc bien le monument cinématographique ouvrant la beauté à une attention particulière.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14:54 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)