gruyeresuisse

26/02/2020

René Groebli et le mouvement

Groebli 3.jpgRené Groebli, "The Magic Eye",textes de Stefan Zweifel, Daniele Muscionico, Guido Magnaguagno, Hans-Michael Koetzle et Daniel Blochwitz, Edition Bildhalle, Zurich, 148 CHF, 200 p. 2020

 

Groebli.jpgSous un aspect faussement dormant et dans leur masse impressionnante, les photographies de René Groebli font des vagues. Des vagues de vagues. Comme si tout se transformait en un film asymptotique qui mélange temps et époque. Ce livre en résume divers courants. Mirjam Cavegn en a sélectionné les images pour illustrer le parcours de l"artiste.

Depuis ses premiers travaux - "Rail Magic" (1949) et "The Eye of Love" (1952) - et à travers six décennies Groebli poursuit une recherche expérimentale soit en studio soit dans le monde. Cette centaine de clichés suffit pour exprimer le désir de l'image à n'être ni enfermé ou retenu.

Groebli 2.jpgLe château intérieur s'y lézarde et les connexions aux "paysages" se multiplient dans une (ré)génèration comme spontanée et subtile faite d'éloignements et de rapprochements. La charge érotique du récit est implicite mais juste ce et quand il le faut. De telles images-mouvements créent une prolifération poétique où ce qui bouge est non seulement épié mais montré dans une lague plastique richissime mais dépouillée d'éléments superfétatoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/02/2020

Bill Ray : synchronicité et dissonance

Bill Ray.pngBill Ray, l’un des derniers photographes du magazine "Life"", né en 1936, il vient de décéder. Il reste un des témoins majeurs de la vie américaine autant autour de ses icones, ses failles (Hell Angels) que la vie quotidienne.

Bill Ray 3.pngCes photos les plus emblématiques restent celle Marilyn Monroe chantant pour le président John F. Kennedy pour son 45e anniversaire au Madison Square Garden et les divers portraits d'Elvis Presley - en particulier lorsqu'il intègre l'armée américaine. Il aima non pas tant voyager qu’être dans les lieux, observer ce qui s'y passe là où il est question du corps des femmes et des hommes, d'une violence sourde mais aussi et surtout d'une forme de joie

Bill Ray 2.jpgBill Ray a l'instint pour saisir les images d'instants entre synchronicité ou dissonance, plusieurs niveaux s’enchevêtrent là où il capte des gestes ou situations qui le frappent et l’étonnement. Ce mot est celui qui vient le plus souvent pour tenter de dire son expérience et son art.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/01/2020

Jacques Monory : écran bleu pour nuit blanche

Monory.jpgEvocatrices de la folie quotidienne ou meurtrière les œuvres bleues (mais parfois roses) de Jacques Monory ont conjugué depuis les années 60  la reproduction fidèle du réel - notamment à travers des images traditionnelles et stéréotypées de la vie américaine - et toute une fantasmagorie onirique. Cette percussion opère une indéniable impression de malaise, un sentiment de fin du monde, comme si les choses, et surtout la lumière et le soleil, étaient soudain devenus fous.

Monory 2.jpgOn se souvient par exemple d’un paysage pour une fois non "made in USA" mais un paysage égyptien avec sphinx et pyramides et comportant un texte comme "dactylographié" dans la toile. Il s'intitule "L’observateur et l’observé". C’est à un renversement ironique des rôles, exploité dans son ambiguïté, que nous convie toutes les œuvres de l'artiste. Elles retracent la position d’un homme qui peint dans le bonheur de sa solitude et qui se figure en peinture pour ne pas mourir de la folie du monde.

Monory 4.jpgSes tableaux miroitent d'une réflexion incisive sur la planète et ses figures à prendre et à jeter, comme l'amour qui dans ses oeuvres se prend et se jette comme un kleenex. C’est pourquoi il faut aimer le bleu de banquise des travaux de l’artiste. Mais il ne faut pas se contenter de glisser dessus. Il convient de regarder ce qui se passe à l’intérieur et de comprendre comment les choses émergent des toiles. Elles donnent au jour une apparences nocturne. Si bien qu'elles demeurent des écrans bleu (ou mauve) de nos nuits blanches.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Monory, Fondation Maeght, du 28 mars au 14 juin 2020.