gruyeresuisse

11/02/2018

Nobuyoshi Araki : cordes et pétales

Araki 3.jpgNobuyoshi Araki transforme les codes et stéréotypes du médium photographique comme celui de l’érotisme et du bondage. Il intervient parfois sur ses propres négatifs ou recouvre parfois ses images de calligraphies ou de peintures, dans un geste audacieux, souvent teinté d’humour. Même en fragments le corps échappe au morcellement.

Araki 2.jpgPoses et prises créent moins le rêve et fantasme qu’elles ne sollicitent l’imaginaire. Fidèle à toute une tradition japonaise Araki cherche le réel du rien et dans le rien le retour du geste qui touche. Le corps et sa prise deviennent la magie du réel. Lèvres entr'ouvertes parfois les corps semblent nous comprendre comme ils comprennent une forme d’amour, de communauté, d’entente tacite.

 

 

Araki 4.jpgIl en va de même lorsque les fleurs trop ouvertes laissent suinter une humidité. Tout cela demeure trouble et fascinant. L’œuvre - dont l’exposition de New York offre une superbe rétrospective - reste le véritable journal intime de celui pour qui « photographier est avant tout une façon d’exister ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Nobuyoshi Araki, Musée du Sexe, 233 Fifth Avenue New York, février-avril 2018.

01/02/2018

David Lynch et les languides

Lynch 2.jpgLa Fondation Cartier publie un superbe livre d’une centaine de photographies en noir et blanc et en couleur des nus de David Lynch. Ces clichés sont parfaitement conforme aux visions que révèlent "Twin Peaks" et "Mulholland Drive" (entre autres). Comme toujours l’auteur joue de l’érotisme et d’une forme d’abstraction entre humour et glamour.

Lynch 3.jpgJamais d’outrage dans de telles prises. Même si la proximité est des plus prégnantes Jamais de mépris, de dégoût, de violence mais la fascination pour le corps féminin là où la vieille dépendance de l’homme à son double ne fait jamais défaut. Chez Lynch les femmes le savent et elles en jouent en créant un lien ravageur à la dépendance tacite et délicieuse.

 

Lynch.jpgContrairement à ce qui se passe dans les films du créateur ; le désir est déconnecté de la peur. D’autant que les égéries l’attisent plus qu’elles ne l’éprouvent elles-mêmes. La femme reste chez Lynch l’Eve de la Bible : d’une certaine manière la première « coupable ». Pas question pour autant de pousser plus loin l’ « analyse ». Le charme ne fait que commencer à dévoiler ce qu’il ensemence. Les corps nus mais relativement cachés restent d’une certaine manière « invisibles » selon cette perspective chère à Lynch : le voyage du désir est toujours un déplacement vers l’étrange ou l’étranger. Hypnos est au cœur d’Eros.

Jean-Paul Gavard-Perret

David Lynch, « Nudes », Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2018, 55€

 

 

14/01/2018

Jean Rault et le Japon

rault 3.jpgJean Rault saisit un Japon méconnu. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de représentation kaléidoscopique. Il entre en collision avec l'esthétique main street ou "adulescente". Le monde est sombre mais en jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque".

rault 2.jpg« Portraits du monde flottant » rassemblent des créatures de la nuit saisies en des lieux luxueux et privés, des Sumos à l'entraînement près de Tokyo, des paraplégiques lors de courses en fauteuils roulants à Kyoto etc.. Perdure néanmoins une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation.

rault.jpgC'est là sans doute la force insubmersible et subversive de l’œuvre de Rault. Son «rire » mord le monde. Il permet au regard de supporter les situations limites. Le dispositif choisi par l'artiste est lui-même « nu » mais les techniques sont sophistiquées : " je tiens à ce qu’elles soient transparentes, qu'elles s'effacent et atteignent le dépouillement, la sobriété" écrit l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret