gruyeresuisse

23/05/2017

Ben Hopper : des photos aux poils

Hopper.pngRefusant de considérer comme belle une femme uniquement si elle est épilée, Ben Hopper présente ses modèles les bras levés afin de voir ce que les photos de mode désormais ignorent. Cette vision qui satisfera les Femen et plus largement les féministes. A la prise de force d’un érotisme aseptisé le photographe propose une première fêlure tout en créant une acuité sensorielle accrue, une montée de température.

 

 

Hopper bon.jpgPar l’assouplissement programmé des articulations de leurs bras, actrices et modèles sont totalement conquises et délivrées par leur nouveau rôle et la série d’indices que les mises en scènes et leur faisceau énergétique produisent. Ben Hopper prend sur lui de considérer principes, repères, acquis comme des quasi-hérésies. On lui en sait gré pour le plaisir que cela crée au moment où se et réanime des logiques visuelles oubliées.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.therealbenhopper.com/Projects/Natural-Beauty, 2017.

Les « comédies » optiques de Milton Greene

Milton Green 4.jpegLes photographies de Milton Green intriguent, déroutent, amusent, émeuvent par la manière dont le photographe américain approche son modèle face à la lentille de son Rolleiflex en jouant avec la lumière et l’espace. Ses oeuvres déclenchent une réaction presque instinctive de plaisir mais tout autant de recul. Elles rappellent d’autres images qui nourrissent notre imaginaire. Le photographe s’en nourrit : il les métamorphose pour leur donner un nouveau sens.

Milton Green 2.jpgMilton Greene a fait ses classes auprès d’un pionnier de la photographie : Elliot Elisofen maître de la composition, puis est devenue l’assistant de la photographe de mode Louise Dahl-Wolf. Très vite ses photos paraissent dans Life, Look, Harper’s Bazaar, Town & Country et Vogue. Chaque narration ou portrait sexy du photographe convoque, presque malgré nous, une foule de « clichés », au double sens de « photographies » et de « stéréotypes ».Mais l’artiste reprend ces images flottantes pour constituent d’autres « clichés » plus intelligents, perfides, sidérants.

Milton Green 3.jpgSous l’aspect globalement lisse et séduisant de ses photographies aux poses un peu surjouées jaillissent souvent des détails transforment complètement notre perception de la photographie. Un regard plus attentif nous apprend que l’ « objet » que nous croyons voir suggère un autre. Si bien que l’appareil photo devient une arme - apparemment inoffensive - mais qui entretient des connivences avec l’arme à feu. Certes elle ne tue pas : elle fait l’inverse : elle cicatrise par divers types d’opérations - entendons ouvertures. De tels portraits n’ont rien de sinistres. Bien au contraire. Ce sont des farces mais pas du bluff : Marilyn en fut souvent la victime consentante et l’égérie absolue de Greene.

Jean-Paul Gavard-Perret

Milton H. Greene, « Women », Museum of Art, Arlington, Texas, Du 13 mai au 6 août 2017

16/04/2017

Betty Tompkins : small is beautiful

Tompkins.jpgBetty Tompkins apprend depuis toujours à ne pas chercher plus loin l’objet de nos fantasmes que dans ses propositions où sous effet de radicalité l’éros jouxte la « vanité ». Elle révèle parfois le comique de l’épouvante de la sexualité et la clownerie des tabous. Mais l’impudeur - qui provoqua censure et ostracisme envers l’artiste - devient désormais plus évanescente. L’Américaine poursuit des coupes dans le mal vu ou mal montré mais le militantisme devient plus poétique. La femme retrouve désormais une paix. Elle n’est plus prise par n’importe qui et pour n’importe quoi. Betty Tompkins se permet une coquetterie plastique tout à fait efficiente afin de laisser apparaître ce qui est encore tenu comme « inconnu », clandestin, absorbé, épongé.

Jean-Paul Gavard-Perret

Betty Tompkins, « Small », Marlborough Contemporary, New-York, 19 avril 20 mai 2017.