gruyeresuisse

18/10/2014

Gilles Berquet & Mirka Lugosi : La pensée-corps. Le corps de la pensée ?

 

 

 

 

 

Lugosi.jpgGilles Berquet & Mirka Lugosi, Hide and seek

Vasta editions.
Signature aux éditions Loco le 30 octobre.
Disponible sur le site des éditions de la Salle de Bains, exposition « Mauvais Genre » galerie Addict.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Entre l’égérie (Mirka Lugosi) et son amant (Gilles Berquet) se joue un jeu amoureux et plastiqur. Le corps féminin devient lame nue. Il découpe les cohérences trop sages. Sur fond sombre surgissent des pans d’éclats. Le point lumineux est la femme élue. Pour le photographe il s’agit du soleil et ses éclaboussures. Le corps jaillit de la densité d’une force qui illumine et condense.  « Hide and Seek » érotise la plénière épaisseur du féminin.

 


 

Berquet.jpgL’effet d’apparence allume un feu sacré scellé à la chair brûlante mais très douce et connue. Elle est soudain comme en protection rapprochée grâce à l’intention que Berquet lui porte. Une jonction se crée. Le regardeur plonge en l’arène d’un anatomie inatteignable qui assaille subtilement. L’égérie devient l’autre et la même du créateur. Elle se trouve chuchotée optiquement. Son souffle semble accomplir le désir du photographe en une communauté ouverte qui libère de tout manque.  L’hier revient dans le maintenant et maintient le temps d’avant pour le porter vers le futur. Des oiseaux par milliers peuvent encore nicher dans le corps puis s’envoler en une vague majuscule. Belle comme le graal la femme ignore le crépuscule. Dans l’aboi fauve d’un opéra libre et cérémoniel elle poursuit son voyage. Elle invente la naïveté qu’on accorde - à tord - aux temps passés. Elle enseigne encore l’alcool des lendemains, le vin de voluptés non mécaniques La femme rêve de la vitesse des flèches sans curare. Sa pensée claque en son corps qui reste drapeau au vent que Berquet ne cesse d’agiter.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


10:07 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (1)

10/10/2014

Caroline Mesquita : Chapeau !

 

mesquita.jpgCaroline Mesquita, « Casquettes », éditions de la Galerie 1m3, Lausanne

 

 

 

Résolument postmoderne Caroline Mesquita tourne le dos aux utopies à travers des œuvres conceptuelles propices à des narrations très particulières. S’y repensent le statut de l’image comme celui de l'œuvre d'art et son contexte de production. L’œuvre en ce sens contraste avec le minimalisme formel souvent rattaché au concept. A travers carcasses bruts de fer soudées, dessin ou photographies faussement ludiques l’artiste rend siens les mots de Sol Lewitt “l’idée est la machine qui fait l’art” mais ici  une sublimation dérisoire et critique. Oblitérant la subjectivité Caroline Mesquita se moque de voir son travail taxé d’impersonnel.

Mesquita 2.jpg Sous des caractéristiques formelles apparemment privées de sens humaniste le primat du concept n’est pas tout : le résultat reste prépondérant et drôle comme le prouve sa série de « casquettes ». Décontextualisées de leur statut de couvre-chef elles sont la preuve d’une créativité libre qui se moque de la propension "décoratives" de l’œuvre d’art. Il n'a plus rien d'étriqué, de normatif ou encore de purement féministe. Par des techniques et des médiums variés demeure avant tout la question des formes et des couleurs. Des moiteurs mates sont mises à nu entre des lames d'abîme tapi dans la cage d’une simple casquette, d’une sorte de cercueil, d’un barbecue grossier, des barres d’acier en  torsion ou du dessin rapide d’un radiateur. La disjonction de l’objet et de son rôle n'est là que pour une unité à venir, voire à réinventer loin des habitudes domestiques.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/09/2014

LUFF 2014 (suite) : Martha Colburn Morgane la meurtrière

 

 colburn 2 bon.jpgMartha Colburn au LUFF, Lausanne, octobre 2014

 

Dans les œuvres pluriformes (animations, mannequins, peintures, vitraux, collages, etc.) de l’Américaine Marthe Colburn la femme peut la bête. Mais la bête ailée. Il suffit qu'elle sorte de sa coquille tout en conservant son armure. Dans son repli comme dans sa nudité s'ouvrent bien des champs. Ange ou démone, les animaux la suivent. Le chat barrit, le loup montre les dents. Ainsi armée la femme est à elle seule l'art. Celui qui ne nourrit plus seulement les fantasmes. Ils deviennent des larves anecdotiques dans l’esprit de l’artiste néo-punk.

 

 

 

colburn 4 bon.jpgDémoniaque, gothique ou immaculée la féminité décrypte l’infirmité des mâles à travers des métamorphoses propres  à illustrer combien ils sont grignotés et passent de la feinte de l’idéal à la puissance de l’abîme. L’oeuvre est signe d'une paradoxale énergie et d'un mouvement « rédempteur ».  Ses germinations plastiques deviennent des hantises. Elles appâtent l'inconscient, en perce la peau et rappelle qu'on n'est rien, à personne. Personne n'est rien sinon à la femme. L'exposer en la scénarisant ne revient pas à s'en défaire. Au contraire. Cela permet de montrer ce qui fait la débauche paisible voire l’absence de vertu. Colburn fait parler ce qui se tait. Et prouve enfin que ce que nous pensons reste une erreur conforme et vaguement mystique. Car ce  qui habite l'être n'a rien à voir avec dieu sauf à penser que  dieu lui-même est une femme ou qu'il est un Narcisse mélancolique. Quant à l’Américaine underground elle n’espère rien des hommes. Elle accouche leur chimère. Ses grincesses plus que princesses tirent les voyeurs par les pieds. Ogres ou non elle leur ouvre les yeux. Ce parlement de femmes célèbre leur massacre mental. Le meurtre est nécessaire. Martha Colburn ne s’en prive pas. Le LUFF est là pour le prouver. Grand bien nous fasse.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret