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01/07/2014

L’esthétique d’Olivier Mosset

 

 

 

MOSSET BON.jpgOlivier Mosset,  « KLM », Le Station, Nice,  du 5 juillet au 6 septembre 2014, « That was Ken, This is Now », 13 juillet - 30 août 2014. Evergreene Studio, Los Angeles

 

Radicalité et émotion (particulière) font de l’œuvre de Mosset une connaissance et un plaisir (selon un lien qu’Aristote avait souligné). Les images du Bâlois transforment le vécu et le perçu en une forme de concept analytique au sein d’une exigence de clarté et d’action. L’artiste s’intéresse toujours à ce que l’image produit à la fois par son approche théorique et pratique. Dès lors la « phénoménologie » de l’œuvre ne s’enferme pas dans une simple subjectivité mais ne replie pas plus sur un discours esthétique. Mosset concilie une expression « irrationnelle », intuitive tout en refusant que l’image échappe à l’analyse. Son « actionnisme » est un moyen de faire réagir le regardeur face au réel comme aux propriétés et aux possibilités de l’image, ses dimensions spatiales et son rapport à la réalité.

 

Mosset door.jpgMettant en exergue la prégnance de la matérialité, l’œuvre rappelle que l’art est avant tout une histoire de regard. Et Mosset de citer la phrase de Franck Stella, « what you see is what you see ». La boucle semble bouclée mais dans cette feinte de redondance rien n’est simple. L’art joue entre raison et passion, abandon et réflexion. D’où l’importance d’une recherche exigeante et de plus en plus complexe dans la quête d’une simplicité qui est le contraire de la simplification. Cela implique une technique, une compréhension mais aussi une capacité poétique qui les transcendent. Résumons : loin de tout empâtement de l’égo l’expression plastique incarne plus des états que des notions. Le monde y est réinterprété et non décrit dans des « gestes » d’engagement. Leur valeur ne se limite pas simplement à leur intention mais à ce qu’ils produisent en un travail de laboratoire et d’action.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

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26/06/2014

Le Président est un garnement

vertut 4.jpgPrésident Vertut, "Poor papers", Must Gallery, Lugano, TMfair 14 , The International , Young Art Fair , TMproject, Genève, "GVA-BOG", Espacio Odeón,  Bogota Colombia

 

 

 

Vertut 3.jpgPrésident Vertut n’est pas un modèle du concept dont son nom est le quasi synonyme. Il ne cherche pas à fabriquer des chefs-d’œuvres et il y a belle lurette que – comme une de ses séries l’indique – il en a fini « avec le cul ». Ne rêvant pour ses travaux  ni de bronze ni d’éditions de luxe il sait entre autre que l’art ne saurait arrondir les têtes que l’accoucheuse a laissées carrées. Sachant que depuis  Hamlet, tous les fossoyeurs se prennent pour des philosophes il évite les cimetières de l’art. Né libre il a trouvé en Suisse une terre idéale dégagée des maîtres à penser de l’esthétique officielle. Depuis, il marche donc au bord du Léman comme sur l’auvent du Cosmos.

 

vertut 2.jpgSon travail ne prétend pas résoudre les  problèmes du temps mais fait mieux en découvrant ce qui est soustrait à notre vue. Afin de réussir le Président  utilise autant par une iconographie B.D. que des approches conceptuelles et minimalistes. Ne figeant rien et avec humour il se met parfois en scène. Autoproclamé Président à vie, Vertut ne se revendique pas empereur (d’autant que le bicorne lui sied mal). Ses œuvres restent habilement anodines ou déceptives. Ne se prétendant pas des oracles elles ne se veulent pas pour autant des gravats. Grâce à elles le président démocrate ouvre  des frontières sans s’attendre à la moindre plébiscite. Et si la reconnaissance peut stimuler son talent, la paranoïa n’est pas de son fait. A l’Homère classique il préfère celui des Simpson : c’est là le plus clair de ses convictions politiques. Sans prendre rendez-vous avec l’Absolu, l’impertinence du président de cire  et de circonstance met à mal la dictature de la raison et rend non comestibles les pâtes idéologiques dont est confit le monde

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

23/06/2014

Mark Handforth : vu du fleuve ou la pensée incarnée

 

 

 

 

 

HANDForth black bird.jpgMark Handforth, galerie Eva Presenhuber, Zurich.

 

 

 

Plus qu’un autre Mark Handforth répond  à la définition de G. Pennone dans son livre « La structure du temps »  « pour sculpter, il faut être fleuve ». A travers les matériaux du monde physique  l’artiste puise et crée une poésie de l’espace qui n’est pas une simple effusion vitaliste. Elle pose sans relâche les questions du déploiement des formes comme de leur éclosion.  Par répercussion le regardeur bascule sur une autre  question: comment l’œuvre nous touche-t-elle ? Certes nous n’en savons rien car Handforth ne résout pas de cette question. Mais il fait mieux : il déplace nos points de vue en inventant de nouveaux rapports, de nouveaux contacts. Et surtout en incarnant des spéculations essentielles.

 

Handforth 2.jpgEntre porte-manteaux géants et tubes de néons l’artiste - qui doit une grande part de sa renommée à Eva Presenhuber - met à nu l’objet de la pensée. Cela s’appelle crâne, vanité, humanité réduite parfois à sa coquille ou un contour. La sculpture devient signe, objet mais surtout un espace qui inquiète et dérange. Aire ouverte au sein même de sa matière  dont le minimalisme s’ose au lyrisme.  Le sculpteur produit en conséquence des « états naissants » même lorsqu’ils semblent à bout de vie. Physiquement ses œuvres affirment l’ « inséparation » avec le lieu où elles se dressent, qu’elles enveloppent ou s’en nourrissent.  Une dynamique intrinsèque à la création est toujours visible : celle de l’organique et du géométrique subtilement renoués. La sculpture sous ses multiples formes devient donc un fleuve en pleine activité. Il charrie ses propres mouvements incessants, ses propres déplacements, ses chocs, ses violences. Chacune des œuvres de Handforth revient à extraire de ce fleuve une pièce dont l’existence est fluide.

 

Jean-Paul Gavard-Perret