gruyeresuisse

23/09/2014

Véronique Desclouds : toute la beauté du monde

 

 

 

 

desclouds 2.jpgL’œuvre de Véronique Desclouds s’inscrit dans la parfaite opposition de ce qu’écrivait Madame de Sévigné : « Dans le Morvan, pas de bon vent, pas de bonnes gens ». La Genevoise pêche jusque dans les étangs les plus noirs et sombres la force profonde et la beauté du monde et des gens. Elle remue le portrait et le paysage avec intelligence, délicatesse et attention. Quelque chose sort toujours de l’ombre et rutile.

 

 

 

desclouds.jpgDe longues berges écartées de brune, des montagnes burinées par le murissement trouvent un mouvement inattendu, de vieux visages inventent une douce complicité en soulevant l’incandescence où passe la vie. Chaque photo est un trésor dont Véronique Desclouds nous fait complice. Le regard est submergé de présence poétique. Les chaînes de montagne descendent comme des bijoux, les visages deviennent intenses sans chercher à plaire pour autant. Tout glisse de l’évidence au secret. Le filet noir à fines mailles cueille la « proie » comme l’écumette à la surface des sucres. L’artiste offre par effet de paradoxale évidence l’inconnu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

21/09/2014

Pornostalgie

 

 

pornographie 2.jpg« De la pornographie » - coffret, Livres d'images : Hans Bellmer, Unica Zürn, Pierre Molinier.  Livres de textes : Pierre Loüys, Paul Verlaine, Georges Bataille, André Hardellet,  Editions Derrière la salle de bains.

 

 

 

Pas sûr que tout soit bon dans le cochon. Il faut plutôt se fier à ses charcutières et ses charcutiers. En particulier lorsqu’ils se nomment Hans Bellmer, Unica Zürn, André Hardellet, etc.. De tels créateurs illustrent combien la boîte noire de la pornographie est plus sure que l’avion de la spiritualité. Ils prouvent aussi combien le genre est plus varié que  répétitif. Celui-ci s’oppose aux feux rouges : une fois qu’on en a vu un, les ayant tous vu, on ne s’y arrête plus. Par ailleurs les roués du souffre et du souffle de la chair servent de sauvegardes aux hommes comparables aux mauvais fermiers de Groucho Marx : « ils doivent acheter des œufs à leurs poules afin qu’elles puissent s’asseoir dessus afin qu’elles reçoivent sans honte leurs invités ».

 

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Tel qu’il est décliné dans ce coffret le genre court sans doute le double risque d’être compris à moitié. Toutefois il entérine un fait majeur : l’enfer est le paradis qui a changé de nom. Dans le corps d’hamsters dames bien des maris dansent. En conséquence non seulement le genre rend possible le sexe après le mariage mais des Molinier et Bellmer rappellent que le striptease ne découvre pas uniquement ce que le voyeur attend. Les inventeurs lucides et libres s’en sont emparés pour tordre le coup à la maladie de la spiritualité et de ses illusionnistes. Les iconoclastes pornographiques restent donc les parfaits contrefeux aux portefaix avides de gloire : ils aiment tellement briller qu’ils mangeraient du cirage. A l’inverse s’emparer d’un tel genre entraîne au renoncement d’être pris au sérieux. Tous les ambitieux qui ont tâté du  genre ont emprunté des pseudonymes afin de ne pas craindre pour leurs décorations.

 

 

 

Résumons : un tel coffret prouve que la pornographie est somptueuse. Plus forte que la plus belle fille du monde elle montre tous ses appâts. Même ceux qu’elle ne possède pas. Traitons donc ce coffret à l’inverse des boîtes de pâtes de fruits qui se repassent de mains en mains sans être ouvertes. Le rater reviendrait à renoncer au plaisir de l’art, de la littérature et de la vie. Y entrer c’est faire comme Judas : rencontrer d’irréprochables ami(e)s.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

01/09/2014

Cornelia Wilhelm : New-York delire et quotidien

 

 

 

Wilhelm bon 1.jpgCornelia Wilhelm, exposition personnelle à la Galerie Vitrine , Lucerne et « Shot by Both Sides », Editions Benteli, 100pages, 2014.

 

 

 

Cornelia Wilhelm arrive à New-York à19 ans. Elle travaille en tant qu’assistante photographe et profite de son temps libre pour commencer à photographier la mégalopole et ses habitants. Elle y explore les aspects avant-gardistes comme la banalité du quotidien. Elle tire des quartiers durs d’Harlem, du Bronx comme de la superficialité et du factice de Coney Island l’identité des lieux et de leurs cultures. En cadrages serrés et décalés, par des couleurs vives ou à l’inverse en noir et blanc les photographies offrent un regard différent sur l'espace urbain.

 

Cornelia Wilhelm donne en outre de la sexualité féminine une image différente de ce que les hommes attendent comme de ce que proposent les photographes mâles. Les corps viennent “ s’échouer ” superbement au sein même d’habiles mises en scène. Humilité,  simplicité dans la sophistication permettent de montrer le côté double  à la fois de la ville et de ses habitants. Les  photographies sont à la fois dures et tendres, sans la moindre condescendance ou mollesse. Elles sont près du corps sans forcément le mettre à nu dans des mises en scène qui ne sont plus des artifices mais des artefacts. La transgression passe toujours par cette théâtralité de la théâtralité afin de faire surgir une autre vérité.

 

Wilhelm 2.pngVagabonde magnétique Cornelia Wilhelm montre l’insolite à ras de réel. Avec subtilité elle organise des variations au sein d’une odyssée reviviscente. New-York prend  des aspects hallucinatoires là où pourtant parfois tout est saccage. Les portraits sont crus mais poétiques car l’artiste « rétropulse » tout débordement. Elle reste froide comme l’hiver sur l'Hudson River. Si bien que même le brûlant du fantasme ne peut  faire considérer ces photographies comme de la "visibilité cutanée". Le corps jouxte soudain des abîmes subtilement évoqués. Ces photos du New-York des années 80 possèdent désormais bien plus qu'un aspect nostalgique. Elles  sont devenues des modèles pour toute une génération de jeunes photographes. Ils trouvent dans cette approche une saisie avant-gardiste : la photographie n'est pas une façon de faire autrement, mais un moyen de construire autre chose.

 

Jean-Paul Gavard-Perret