gruyeresuisse

06/08/2018

Déplacements : Valerio Geraci

Geraci.jpgValerio Geraci s’amuse à divers exercices sur les portraits, les lieux fermés et les paysages avec un don évident pour les couleurs. Il offre diverses « partitas » tirées de ses voyages ou de ses commandes avec ça et là des allusions à des peintres. L’auteur s’y fait érudit - mais jamais trop. Certes ces photos peuvent friser une certaine complaisance ou autosatisfaction même si tout est monté avec des disjonctions avec effet du type : « la roue défaite aux vitres des paysages avec son sceau d’étoiles ».

Geraci 2.jpgS’il existe parfois quelque chose de trop apprêté dans ses évocations, Valerio Geraci est plus pertinent lorsqu’il retrouve plus de naturel et de simplicité et que la vie revient plus franchement. Tout se passe alors comme si l’invitation au voyage était le seul moyen d’accéder à soi. Maître parfois de « voyages autour de sa chambre » le photographe voyageur sait retenir des morceaux de corps ou de paysage là où un certain statisme devient un habile recours.

Geraci 3.jpgRefusant le simple exotisme et évitant le trop d’arabesques et de labyrinthes, le photographe reste capable d’évoquer en Italie comme aux USA un livre d’heures dont les passerelles sont innombrables. Elles offrent à la mémoire le pouvoir de remonter le temps, creusant des images qui s’entortillent ou se redressent pour remonter à une source vitale.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/07/2018

Le Barbie World de Kate Ballis

Infra realism.jpgL’Australienne Kate Ballis avec “Infra Realism” transforme Palm Spring (Ace Hotel & Swim Club, the Palm Springs Tennis Club, etc.) et les déserts du sud de la Californie à travers les spectres et les filtres de son appareil photographique. Tout est bleu Magenta, rouge sang et rose bonbon afin de transformer le paysage en une fantaisie drôle et mystérieuse. La substance imaginaire des couleurs remplace le réel.

infra realism2.jpgLa photographe - par effet de frontalité - introduit néanmoins le regardeur de l’autre côté du miroir. Et la topologie prend consistance et sens (ou non sens) avant tout par la couleur. Elle fait tourner le réel sur lui-même dans une suavité bubble-gum. La couleur « fait » l’espace en le déplaçant du côté d’un conte étrange. L’espace y est plus ou moins accueillant comme le sac du Moi de Freud où le ventre maternel : les choses y macèrent jusqu’à interroger implicitement la substance du monde et des choses.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/07/2018

Ionut Caragea : pluie d’hiver, pluie d'été

Caragea.jpgIonut Caragea une nouvelle fois espère contre la solitude inhérente à l’homme l’espérance d’un miracle aussi provisoire que perpétuel. Déferlent le réel et l’irréel comme dans chacune des œuvres du poète, fruits des terreurs passées mais tout autant d’un incessant avenir plus prometteur

Face au dur désir d’être la femme, donc en rien la revenante, elle est toujours restée ici. Elle a toujours existé comme la porte ouverte dans les murs de l’existence. Elle dort aux côtés du poète et lui permet d’exister. D’autant que celui-ci ne se l’annexe pas, mais en devient l’hôte.

Caragea 3.pngContre l’appel du vide, elle ne sert pas seulement à le combler. Preuve que contrairement à ce que pensait Duras, l'amour n'est pas une maladie. C'est la seule addiction nécessaire et le bon alcoolisme. Il permet à l'auteur ce que l'on pourrait résumer d'une formule: « je traverse, j’ai été traversé ». Dès lors, sur le sable de l'amertume, l'amour est la pluie d’été.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ionut Caragea, « Mon amour abyssal », Éditions Stellamaris, 86 p., 2018