gruyeresuisse

01/07/2017

Chen Chin Pao : subculture taïwanaise

Chen 4.jpgLa série "Betel Nut Girls" de Chen Chin Pao propose un élément très controversé de la subculture de son pays (Taïwan). Des adolescentes très légèrement vêtues sont transformée en vendeuses affriolantes de « Betel Buts », petites noix vertes qui se mâchent comme une gomme et qui sont très prisées au sein des classes populaires.

Chen.jpgLes Betel But Girls sont là pour attirer le chaland avec leurs tenues qui les font ressembler - de loin ou souvent de près - à de jeunes prostituées. Elles sont devenues un phénomène de société et une sorte de rébus visuel très apprécié depuis le boum économique du pays. La plupart d’entre elles préfèrent ce job temporaire et quelque peu festif à toute autre ambition. Elles sont partiellement interdites par le gouvernement pour deux raisons. D’abord parce que la culture de la noix nuit à l’environnement et au sol qu’elle appauvrit. Ensuite la présence de telles adolescentes a entrainé une série de crimes sexuels et d’embauches illégales.

Chen 3.jpgIl n’en demeure pas moins que travailleurs et jeunes gens du pays les poursuivent. De plus en plus d’ailleurs elles essaiment et deviennent serveuses dans des bars ou restaurants. Ces adolescentes montrent comment dans une société en évolution la jeunesse est attirée par l’argent facile, le matérialisme et un certain hédonisme plutôt que de rechercher d’autres valeurs. Chen Chin-Pao en dresse un tableau implicite, gai (d’une certaine manière) mais sans concession.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/06/2017

Gregory Bojorquez : du soleil dans l’eau froide

Borjorquez.jpgLes photos argentiques de Gregory Bojorquez offre un panorama d’un Los Angeles - sa ville natale - populaire. Le tableau de la cité est éloigné des fragrances hollywoodiennes. Se substitue une vision plus profonde, lucide mais poétique. Elle ouvre d’étranges fenêtres où rouillent les épices d’une émotion médiatisée selon un envers de la société du spectacle.

Borjorquez 2.jpgL’image devient la pieuvre douce des corps et le poulpe de lueurs solaires. Des lions et des lionnes dorment ou se reposent. Au sol ou en suspens. Ils ne font rien. Juste parfois une ascension fainéante. D’autres ressemblent à des éléphants humains dont une souris tente la trompe, la grignote (joie de la flibuste).

Borjorquez 3.jpgL’ouverture d’esprit est toujours là comme lorsque le créateur s’amuse à caviarder les situations par d’habiles décadrages. Chaque image est un terrier : comme un renard Bojorquez en sort les lapins pour une nouvelle découverte, un agrandissement particulier en un jeu de déphasages.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gregory Bojorquez, « Frame Life », Galerie Bene Taschen, Cologne, du 7 juin au 29 septembre 2017.

30/05/2017

Le labyrinthe optique d’Anne Collier

collier 4.jpgAnne Collier est passée experte dans la décontextualision et la transformation des clichés et conventions photographiques. Tout son travail est fait pour poser la question : qu’est-ce que regarder? Entre Cindy Sherman, Richard Prince et J-L Godard, elle reprend les photos de magazines, de pochettes d’albums, de films ( avec Marilyn par exemple) : elle les re-photographie pour en neutraliser les artefacts et en posant au passage la question du genre. Chaque cliché devient un hublot ou un trou dévasté qui ne cherche jamais à flatter le regard mais à l’interroger par ce qui est montré.

Collier 3.jpgExiste là une des réflexions les plus profondes sur la question de la reproduction et du dépliement du medium au moment où le digital impose sa loi. A travers de telles images la photographe revisite l’histoire de l’art par effet de glissement, vidange et installation « décadrée ». D’où des créations apparemment sans âge mais qui restent à l’acmé d’une postmodernité efficiente. Sous l’aspect quelque peu « romantique » émerge des visions nues, presque abstraites. Elles modifient la notion de portrait et de paysage.

Jean-Paul Gavard-Perret