gruyeresuisse

24/11/2014

Les Daisy carnées de Lars Elling

 

 

Elling bon.jpgAssoiffées, les jeunes femmes de Lars Elling collent leurs lèvres aux bords de tasses athées. En talons hauts et mini jupes ou dessous légers elles proposent des dérives désirantes qui éloignent les sages de leur sommeil. Il est fort à parier que beaucoup d’entre eux aimeraient tomber dans les beaux draps que le peintre feint de tendre pour les recevoir. D’autant que chacun d’eux pense que de telles égéries s’adressent à lui lorsqu’elles lancent leur  « je suis ta chambre ».  

 

Elling 2.jpgMais il faut se méfier des femmes grimées en Barbie Girl perversement sages. Pour autant elles ne cultivent en rien la provocation factice.  Surgit une poésie de l’intime là où peinture s’enchâsse afin que l’onirisme prenne lieu de réalisme. L’inverse est vrai aussi. Redresseur de courbes  Lars Elling fait que les infidèles ne sont pas seulement les femmes de boulangers. D’autant que son œuvre n’a rien d’enfarinée. Elle renvoie paradoxalement à une forme de diaphanéité au service d’une poésie qui fait de la narrativité du réel une fiction  phosphorescente. Elle appuie sur la région du corps. Celui du lecteur peut brûler les flammes de l'enfer dès que ses pulsions s’accélèrent au surgissement implicite des seins dans l’échancrure salace de bustier de Daisy carnées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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14/11/2014

Simona Fedele : sauvetage de l'eau du feu et du feu de l'eau

 


 

fedele bon 2.jpg

"Simona Fedele : "Paintings and Icons", 155 pages, Udine (Italie), 155 pages, catalogue disponible par www.simonafedele.com

 

 

 

 

 

 

FEDELE 2A.jpgMonica Fedele a inventé un langage que beaucoup ont copié sans atteindre la force que l'artiste lui a donné. Par le portrait l'artiste italo-américaine  transforme non seulement le visage mais le monde. Son œuvre est sidérante à la fois par sa qualité technique que par son esprit empreint autant d'humour que de gravité. De chaque œuvre surgit une mise en scène où couleurs et formes deviennent une transfiguration du réel. Le désenchanté du passé est réenchanté en une forme de devenir dont la peinture et le dessin dans leurs factures sont la preuve.

 

 

 

 

Fedela 4A.jpgTirants d'oripeaux et de pans brûlés son imaginaire elle le porte à une forme de fusion entre passé et avenir : chaque œuvre avale la durée, se transcende elle-même en un point d'intersection entre le temps et l'éternité : des artistes vieillissantes (Adjani par exemple) obtiennent sous des gravats peints le rang d'icônes. La splendeur prend des "accents" particulier : au lieu de scintiller elle verdoie pour explorer jusque dans les tombes du temps certains rêves étouffés. Créant l'atemporel avec le temporel chaque œuvre propose une étrange "musique" des formes et de couleurs en tourbillons ou effacements pour donner vie face au non-sens et au non-lieu qui se charge soudain de tout sens et de tout lieu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10/11/2014

"Black Forest" : nocturnes palissades

 

 Black Forest.jpg« Black Forest », livre et exposition du 4 novembre au 20 décembre, Candela, 2014, Richmond, Virginie, USA, 45 $., 128 pages

 

 

 

Les photographes réunis par Russell Joslin prouvent que voir est difficile. Pour aller au-delà des apparences il faut avoir des épaules suffisamment larges afin que les « featurings » charment au-delà d’une contemplation placide ou par appétit sexuel. Ici certaines silhouettes semblent armées de l’équivalent d’une brique de lait sur chaque épaule  par prothèses de mousse selon des érections féminines. Mais parfois le corps féminin est moins « civil » et  plus gothic. Ce n’est plus celui de déménageuses qui portent une armoire  ni celui des femmes qui feraient le trottoir en se promenaient devant un mur infranchissable. Les photographes internationaux (suisses entre autre) retenus par leur congénère américain coupent la vision idéale par le barrage d’œuvres au noir. L'envers est aussi mal visible que l’endroit dans un certain empêchement perceptif immédiat. Le point de vue classique se dissout.

 

 

Black Forest 2.jpgA la fenêtre de chaque photographie repose une énigme nocturne. Elle devient le rétroviseur pertinent car il offre moins une vue en arrière qu’en avant. Il faut comprendre ce qui se donne et ne pas se contenter d’une passivité perceptive déterminée et déterministe. Il ne faut donc pas être fasciné, obsédé par ce qu’on voit et discerner dans le noir les effondrements pour reconstruire le regard et réintégrer des images sombres.  La duplicité de leurs moyens est toujours subtile là où - c’est à noter - tout racisme ou misogynie est renvoyé aux calendes grecques. Il s’agit donc de réapprendre à voir au lieu de juger.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret