gruyeresuisse

22/06/2016

A la recherche de l’identité : Rita Lino

 

Rita Lino 3.jpgRita Lino crée l'acquiescement insolite à son propre corps. A la fois il se dérobe ou jaillit (mais pas en totalité). L'artiste en apprivoise la profondeur par effet de surfaces. « Entartete » (« dégénérée" en allemand) propose la suite de tels « égarements » expérimentaux d’autoreprésentation au fil du temps. La sexualité est à la fois désinhibée et cachée. L’artiste entretient toujours un écart avec sa propre psyché. Elle y demeure seule et isolée sauf à de rares exceptions.

Rita Lino.jpgL’identité est révélée selon une forme de « cloaque » où elle n’apparaît que par lambeaux. Parfois elle affronte la caméra, parfois elle regarde ailleurs ou cache ses yeux et son visage. La nudité est rarement « nature ». Le corps ressemble à un masque pour ramener à l’idée que même nu et ce qu’il montre n’est qu’une apparence. L’artiste joue avec. Mais sans tricher. Et ose se montrer parfois comme une amoureuse dont la caméra sait plus sur elle, qu’elle-même se connaît.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rita Leno, « Entartete », Editions du LIC, 2015.

19/06/2016

Terrae incognitae : Graciela Iturbide



Iturbide 3.jpgLa mexicaine Graciela Iturbide eut comme professeur et mentor, Manuel Alvarez Bravo dont elle fut son assistante au début des années 1970, pendant ses nombreux voyages photographiques à travers le Mexique. Mais elle est influencée par les photographes surréalistes comme par Josef Koudelka, Henri Cartier-Bresson, et Sebastião Salgado. Elle se concentre sur les cultures de son pays où se mêlent l’extraordinaire dans l’ordinaire, la magie dans le réel et cherche à capter les « perdants » de la société qui entretiennent un rapport particulier avec le mystère et le monde animal.


Iturbide4.jpgL’artiste poursuit une réflexion autour du corps et de ses souffrances. Le tout avec sensibilité, gravité et parfois une once d’humour. Chaque image prouve que le réel est habité. L’artiste en restitue des « fils » souvent cachés. Ceux d’hallucinations programmées que la photographe tente de montrer et parfois de déchiffrer. Surgissent des danses immobiles d'une masse ineffable afin que l'œil soit ému par l'impact de mondes inconnus et premiers.


Jean-Paul Gavard-Perret


Graciela Iturbide, « Naturata » de 3 juin au 22 juillet 2016, Neal Guma Fine Art, Charlottesville, USA.

16/06/2016

Dada : de la Suisse à New-York


Dada1.jpg« Dadaglobe Reconstructed », Moma, New-York, 2016.

 

 

 

 

Dada 3.jpgAprès le Musée national suisse et le Kunsthaus de Zurich, le Moma rasssemble plus de cent œuvres créées pour la grande œuvre projetée (et jamais réalisée) de Tristan Tzara « Dadaglobe ». L’ouvrage aurait dû paraître en 1921. Mais à cause de difficultés financières, de reproduction et d’organisation l’auteur dut y renoncer. Cette superbe anthologie de documents dadaïstes montre comment le mouvement fut un catalyseur des arts. Depuis Zurich Tzara avait invité 50 artistes à lui soumettre des oeuvres selon quatre catégories : autoportraits photographiques, photographies d’art, dessins, photomontages ou collages. Les responsables du Moma ont reconstruit ce précieux volume qui ne fut jamais publié

Dada2.jpgL'artiste qui annonçait à sa manière la fin de l'Histoire prouve qu'il espérait malgré tout quelque chose de l'art même s'il n'attendait rien des autres activités humaines. L'art devait rappeler la vie d'avant le jour en de premiers et nouveaux langages qui trouvèrent là un moyen à la fois de renaître ou de s'élever face aux contrefaçons culturelles. Surgit une syntaxe primitive que le monde voulut ignorer. Elle glisse pourtant sans cesse vers le tronc de l'art aussi primitif que d’avant garde (collage, photographie, entre autres). Elle agite autant le plein de l'être que le vide de l’esthète gonflé de la graisse des poncifs plastiques. Tzara voulait par ce biais rappeler que l'infini n'est rien et que nul Dieu n'en sortira jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret