gruyeresuisse

23/10/2014

La disparition de René Burri

 

 

 

Burri.jpgRené Burri qui fut toujours à l'avant-garde de l'extension du domaine de la photographie vient de mourir à Zurich. Afin de lui rendre hommage un déplacement au Musée de l’Elysée s’impose pour découvrir ou retrouver une œuvre d’exception.  Alternant scène intime ou grandiose, érotique ou drôle (l’un n’empêchant pas l’autre), vision critique ou ludique, le photographe effectue une lecture systématique du monde. Le parcourant incessamment jusqu’à un âge avancé René Burri décida de ne pas me limiter aux êtres et objets relevant typiquement de la signification commune du quotidien et de sa mythologie mais de recenser aussi des situations plus insolites.

 

Burri 2.jpgNous voici soudain sous hypnose, complices d’une chimie moléculaire en expansion. Chaque œuvre de Burri crée le plus souvent une sensation multiple en divers types de décadrages où le corps est traité tactilement. Nous gardons un pied sur terre mais l’imaginaire reste la folle du logis de la tête. Sans souci de psychologisation les photographies  de Burri ne traquent pas le prétendu marbre de l’identité. Avec des angles de prises inattendus tout aspect sordide s’efface La revanche de la chair s’inscrit  dans un univers épuré.  En cet espace bunkérisé le corps est une bouture de lumière sur le béton nu des nuits. Le corps n’est plus seulement un mot. Le temps est ce trou qui passe par chaque photographie qui le rend plus ardent. Pas de confort, de château fort. Rien que la texture scénique  qu’une lumière ouate au moment où l’artiste devient le technicien de surface qui ramasse les débris de l’histoire. Surgit la  tension entre l’étouffant et la poussée. Elle jette une lumière crue sur « l’ob-scène » si l’on entend par ce terme tout ce que cachent les sociétés.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

René Burri, œuvres visibles au Musée de l'Elysée, Lausanne.

 

20/10/2014

Pink Floyd : que restera-t-il de nos amours ?

 

 

 

 

Pink Floyd.jpgLe Flamand Rose tire sa révérence. En soit cela n’a rien d’une nouvelle : depuis vingt ans ses ailes de géant l’empêchait d’avancer. Sinon clopin-clopant avec les disques disparates des membres détachés du groupe. En hommage à celui qui est mort en 2008 (Wright) « The endless river » enregistré entre 1993 et 1994 puis retravaillé depuis 2013 par David Gilmour et Nick Mason ne surprendra pas. Il n’a pas été fait pour cela. Et en dépit d’un aspect commercial il restera le chant du cygne du groupe. Chant n’est d’ailleurs pas le mot. Il faut parler plutôt de musique puisqu’à l’exception du titre final et superfétatoire l’album est totalement instrumental. Et c’est bien mieux comme ça.  Il pousse à bout tous ce que les inconditionnels aimaient dans les harmonies et les sons du Floyd. S’y reconnait la patte de Gilmour bidouilleur de génie devant l’éternel. Il donna dès le départ aux intuitions de Syd Barrett une coloration particulière dans ses jeux de répétitions et variations. Dans sa puissance de bruine l’album s’esclaffe en écumes, il verse ses onguents et mord parfois pour ne pas mourir. Les nostalgiques sont ravis (j’en fais partie). Ils sont tirés par l’arrière mais n’en demande pas plus. Lames et nappes sonores secouent ou bercent en esprit et nuées. Le Floyd clôture ainsi ses inventions de naguère voire de jadsis. Parallèlement il offre une ultime leçon de musique, une fenaison volante. Une dernière fois la tempête monte puis s’apaise. Il y a là les instants et les jours en ces ultimes assauts d’un souffle qui perdure. Oui le titre est exact : la rivière  - non sans retour - reste sans fin. Sur un monde délétère glisse encore le vol des flamands roses.

 

 Pink Floyd, "The Endless River", Warner, 2014.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:26 Publié dans Monde, Musique | Lien permanent | Commentaires (1)

18/10/2014

Gilles Berquet & Mirka Lugosi : La pensée-corps. Le corps de la pensée ?

 

 

 

 

 

Lugosi.jpgGilles Berquet & Mirka Lugosi, Hide and seek

Vasta editions.
Signature aux éditions Loco le 30 octobre.
Disponible sur le site des éditions de la Salle de Bains, exposition « Mauvais Genre » galerie Addict.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Entre l’égérie (Mirka Lugosi) et son amant (Gilles Berquet) se joue un jeu amoureux et plastiqur. Le corps féminin devient lame nue. Il découpe les cohérences trop sages. Sur fond sombre surgissent des pans d’éclats. Le point lumineux est la femme élue. Pour le photographe il s’agit du soleil et ses éclaboussures. Le corps jaillit de la densité d’une force qui illumine et condense.  « Hide and Seek » érotise la plénière épaisseur du féminin.

 


 

Berquet.jpgL’effet d’apparence allume un feu sacré scellé à la chair brûlante mais très douce et connue. Elle est soudain comme en protection rapprochée grâce à l’intention que Berquet lui porte. Une jonction se crée. Le regardeur plonge en l’arène d’un anatomie inatteignable qui assaille subtilement. L’égérie devient l’autre et la même du créateur. Elle se trouve chuchotée optiquement. Son souffle semble accomplir le désir du photographe en une communauté ouverte qui libère de tout manque.  L’hier revient dans le maintenant et maintient le temps d’avant pour le porter vers le futur. Des oiseaux par milliers peuvent encore nicher dans le corps puis s’envoler en une vague majuscule. Belle comme le graal la femme ignore le crépuscule. Dans l’aboi fauve d’un opéra libre et cérémoniel elle poursuit son voyage. Elle invente la naïveté qu’on accorde - à tord - aux temps passés. Elle enseigne encore l’alcool des lendemains, le vin de voluptés non mécaniques La femme rêve de la vitesse des flèches sans curare. Sa pensée claque en son corps qui reste drapeau au vent que Berquet ne cesse d’agiter.

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 


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