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01/03/2016

Hans Breder : le multiple et l'un

 

 

 

 

Breder 2.pngL’artiste multimédia (photographe, peintre, sculpteur) Hans Breder joue avec les reflets des miroirs. Le corps féminin lui permet d’obtenir un langage unique en une approche expérimentale. Elle prouve combien l’émerveillement que le corps offre aux artistes ne peut se contenter de ce que l’Académie des Beaux-arts estimait obligatoire au XVIIème siècle : l’imitation de la nature en toute chose. Lorsque Breder s’attache à un objet il répond à ce qu’indiquait Bonnard: « Il faut faire la différence entre les artistes qui savent se défendre contre le motif et ceux qui lui emboîtent le pas ». L’Américain d'adoption appartient évidemment aux premiers

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Breder 3.jpgL’être à travers son œuvre est un et innombrable. Le corps retrouve d’autres masses, la "sur en chair"  devient une quasi-abstraction. L’artiste impose un type d’espace qui n'est pas seulement limité à ses trois dimensions : il s’ouvre à un autre esprit de compréhension. Sculptures, peintures, photographies deviennent une nature particulière de volumes. Ils s’élargissent pour un autre point de vue. Retournement sans retour en quelque sorte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/12/2015

Horst P Horst : déplacement de l’éros

 

Hirst 2.jpgHorst P Horst, « Photographer of style », jusqu’au 10 janvier 2016, Nederlands fotomuseum, Rotterdam.

 

Ravir, être capturé, être pris, dépossédé tels sont les gradients classiques de la photographie érotique. Adepte de De Stijl Horst P Horst les a retournés. L’image est glaciale là - où s’attend la chaleur - et marque le désir et son impossibilité : non parce que - comme le pensait Freud -il angoisse mais parce qu’il est barré ou débordé par la stratégie esthétique. Elle renvoie le voyeur vers une autre visée. Hirst 3.jpgLe sujet le plus sensuel devient une féerie congelée. D’où la force et l’humour implicite de tels clichés. La beauté plus qu’exquise : parfaite voire absolue des prises, crée une mise en abyme L'image bouleverse et plastifie la commune transgression. C’est de l’ordre d’un crime. Celui du voyeur qui doit retourner à ses études là où la photographie devient le récit évidé de son objet.

 

Hirst.pngLe dépouillement n’est pas celui qui généralement est espéré. La photographie dite de « genre » provoque un dévoilement déplacé par un effet de voile habilement placé. Elle crée un vide pour prendre le voyeur à son jeu et le perdre dans le lieu de sa prétendue voyance. Si bien que Horts P Horst pourrait dire comme le faisait Duras au sujet de cinéma. : « L'interdit que je me pose : la photographie érotique» .L’idée de l’éros rêvé s'éteint au profit de son ailleurs, il s’agit de faire jouir de la beauté de l’image et atteindre son « temps pur » (Proust). Le corps n’y demeure qu’en temps de dispositif photographique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

10:31 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

15/12/2015

Les retours aux fondamentaux de Philippe Rahm

 

Rahml.jpgPhilippe Rahm , "Météorologie des sentiments", Collection Les Grands Soirs, Editeur Les Petits Matins, 104 pages, 2015

 

Tout a commencé pour Philippe Rahm (diplômé de l'École polytechnique fédérale de Lausanne et dont l’agence est devenue une des plus avancées dans son domaine) lorsqu’il a représenté la Suisse à la Biennale d’architecture de Venise en 2002 avec "L’Hormonorium". L’artiste travailla sur l’air et la lumière dans un espace au taux d’oxygène raréfié pour reproduire du climat de la haute montagne. Le seuil de lumière y était rendu très violent à l’égal de la réverbération de la clarté sur la neige : « C’était un peu comme la reproduction de la Suisse » précise le créateur. La pratique de l’architecture repose donc pour Rahm sur le climat et l’atmosphère contrairement à l’architecture-sculpture « convexe et solide ». Selon lui la conception des bâtiments est responsable de la moitié du réchauffement climatique. Chauffage, ventilation, isolation thermique, climatisation entrent désormais en résonance avec le développement durable, les économies d’énergie.

Rahm 2.jpgL’architecte ne cesse de travailler ces problématiques. Mais face à une démarche aussi neuve les freins sont nombreux. L’’agence doit « pactiser » sinon avec le diable du moins accepter des concessions : « En règle générale, nous proposons 30% de technologies anciennes, 30% de contemporaines, 30% d’innovations » précise Rahm. A l’aide du logiciel « Comsol » de modélisation climatique, de comportements physiques des mouvements d’air et de température celui qui est aussi professeur à Harvard et à Versailles représente la pointe des recherches et de la pratique de l’architecture. Il réintègre des questions d’énergie et de santé et crée des atmosphères énergétiques, chimiques, biologiques selon des "météorologies d’intérieur". Il s’agit donc moins de travailler sur des questions visuelles que sur les problèmes de qualité d’atmosphère. N’est-ce pas là revenir à l’essentiel et passer de l’architecture muséale à une architecture de vie ?

Jean-Paul Gavard-Perret