gruyeresuisse

25/11/2014

Les devoirs de cruauté de Roger Ballen

 

 

 

 

Ballen.jpgLoin des contraintes naturalistes Ballen ouvre le ventre du monde pour en faire jaillir des monstres du quotidien. Ils sont néanmoins sublimés par un dispositif continuel d’hybridation de beau et du laid. Le charme opère là l'héroïne et autres substances illicites semblent être d’incontrôlables maîtresses. La figuration est aussi monstrueuse que voluptueuse ou dolente. Les cadrages et la lumière créent des images ambiguës, déconcertantes qui plongent le regardeur vers une série d’interrogation. Roger Ballen ne cherche pas à divertir par le spectacle de l’horreur mais à glisser le voyeur au cœur du monde où les forces du mal plus ou moins inconscientes s'incarnent et plombent leurs victimes.

 

 

 

Ballen 2.jpgRestent une cruauté contre le supplice, une ivresse contre le rêve.  La force de Ballen est de faire passer ces messages comme une lettre à la poste.  L’art n’est plus l’infirmier impeccable d’identités conformiste. Aragne à multiples "pattes" il travaille le regard afin que son imagination tente d'imaginer encore là où surgit un impensable. De tells prises  immolent, plongent dans des impasses. Rien ne semble pouvoir être sauvé. Nous sommes à la porte des enfers : plus besoin d’y frapper. Ils s’ouvrent sous nos yeux. Ballen nourrit en nous quelque chose que l'on ne connaît pas encore et qu’on voudrait ignorer.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perrer

 

 

 

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24/11/2014

Les Daisy carnées de Lars Elling

 

 

Elling bon.jpgAssoiffées, les jeunes femmes de Lars Elling collent leurs lèvres aux bords de tasses athées. En talons hauts et mini jupes ou dessous légers elles proposent des dérives désirantes qui éloignent les sages de leur sommeil. Il est fort à parier que beaucoup d’entre eux aimeraient tomber dans les beaux draps que le peintre feint de tendre pour les recevoir. D’autant que chacun d’eux pense que de telles égéries s’adressent à lui lorsqu’elles lancent leur  « je suis ta chambre ».  

 

Elling 2.jpgMais il faut se méfier des femmes grimées en Barbie Girl perversement sages. Pour autant elles ne cultivent en rien la provocation factice.  Surgit une poésie de l’intime là où peinture s’enchâsse afin que l’onirisme prenne lieu de réalisme. L’inverse est vrai aussi. Redresseur de courbes  Lars Elling fait que les infidèles ne sont pas seulement les femmes de boulangers. D’autant que son œuvre n’a rien d’enfarinée. Elle renvoie paradoxalement à une forme de diaphanéité au service d’une poésie qui fait de la narrativité du réel une fiction  phosphorescente. Elle appuie sur la région du corps. Celui du lecteur peut brûler les flammes de l'enfer dès que ses pulsions s’accélèrent au surgissement implicite des seins dans l’échancrure salace de bustier de Daisy carnées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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14/11/2014

Simona Fedele : sauvetage de l'eau du feu et du feu de l'eau

 


 

fedele bon 2.jpg

"Simona Fedele : "Paintings and Icons", 155 pages, Udine (Italie), 155 pages, catalogue disponible par www.simonafedele.com

 

 

 

 

 

 

FEDELE 2A.jpgMonica Fedele a inventé un langage que beaucoup ont copié sans atteindre la force que l'artiste lui a donné. Par le portrait l'artiste italo-américaine  transforme non seulement le visage mais le monde. Son œuvre est sidérante à la fois par sa qualité technique que par son esprit empreint autant d'humour que de gravité. De chaque œuvre surgit une mise en scène où couleurs et formes deviennent une transfiguration du réel. Le désenchanté du passé est réenchanté en une forme de devenir dont la peinture et le dessin dans leurs factures sont la preuve.

 

 

 

 

Fedela 4A.jpgTirants d'oripeaux et de pans brûlés son imaginaire elle le porte à une forme de fusion entre passé et avenir : chaque œuvre avale la durée, se transcende elle-même en un point d'intersection entre le temps et l'éternité : des artistes vieillissantes (Adjani par exemple) obtiennent sous des gravats peints le rang d'icônes. La splendeur prend des "accents" particulier : au lieu de scintiller elle verdoie pour explorer jusque dans les tombes du temps certains rêves étouffés. Créant l'atemporel avec le temporel chaque œuvre propose une étrange "musique" des formes et de couleurs en tourbillons ou effacements pour donner vie face au non-sens et au non-lieu qui se charge soudain de tout sens et de tout lieu.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret