gruyeresuisse

09/05/2015

Dafy Hagai : Paradis en milieu présumé hostile

 

 

 

 

 

Dafy Hagai 3.pngAssise sur un muret, buvant un milk-shake  dans la lumière  du crépuscule, prête pour une promenade les jeunes femmes de Dafy Hagai surprennent par leur naturel. Habituée au formatage de la publicité l’artiste s’en dégage. Quittant les lois du marketing elle affirme dans ses œuvres personnelles  que les idées n’existent pas : seules les images « pures » surgissent ». Sous la canicule d’Israël, au  son du tambour de l’été qui cogne la photographe saisit comme par inadvertance ses ondines. Elle en scrute les galbes mais sans les déranger. Les jeunes femmes gardent leur intégrité. Elles ne sont plus au service des fantasmes.  

Dafy Hagai.jpgCe qu’elles dévoilent est plus subtil.  De leur pays qui n’ignore pas le tonnerre elles brisent les ombres dures. Chaque femme est donc  sujet et non objet. Le regardeur doit prendre tout le temps d’imaginer la contextualité de son histoire. Il n'est plus induit ou  prisonnier des artifices érotiques. Le propos s’en échappe. Les rites du désir sont chantournés. Dafy Hagai 2.pngChaque portrait est énigme et permet de repenser l’histoire du pays tel qu’il est donné à « lire ». Le très peu donne ici beaucoup. La photographe crée un univers de cristal. Il sépare du monde le plus intime comme il le fait quasiment pénétrer.  Dafy Hagai crée une poésie fractale, laïque d’un genre particulier : chaque femme devient  une île. Face à elle l’ombre s’efface.  La lumière coule. Elle ne se quitte pas.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Dafy Hagai: Israeli Girls, Art Paper Editions

 

18/04/2015

Stefanie Moshammer : "Last" Vegas

 

 

Moshammer BON.jpgStefanie Moshammer, « Vegas and She »,  2015, 112 pages, Fotohof edition 2015.

 

 

 

Moshammer 1.jpgA sa manière Stefanie Moshammer est un sémiologue géniale des paysages et des portraits (souvent décalés). Elle en déploie les potentiels fictifs et qu’importe si ses femmes ne laissent voir que des talons hauts.  Tout cercle vicieux est vicié. C’est le moyen de faire clignoter dans les cases du cerveau des lumières intempestives au milieu des flores intestines et des fleurs artificielles de Las Vegas. La confusion devient un phénomène récurrent et calculé pour échafauder des mises en scène au sein de maisons du sens où il n’est plus besoin d’escalier pour s’envoyer à l’air.

 

 

 

Moshammer Bon 2.jpgStefanie Moshammer joue  avec délice les retordes qui empoignent systématiquement les images à l’envers.  Il arrive que des vieux rombiers aux rondeurs hypertrophiées y découvrent une certaine  idée de la lubricité  et veuillent  s'y consacrer.  Mais la photographe ne les caresse pas dans le sens du poil (blanc). Néanmoins chacune de ses photographies se dévore sans fin pour qui a de l’appétit. A sa manière elle fait moins les Madeleine que du Proust : du moins celui qui, avec le simple nom de Coutances, voyait une cathédrale normande que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante couronnait d'une tour de beurre. Ici Las Vegas est singé en de nouveaux signes. Exit les brushings gonflés et laqués comme on en faisait dans les années 60. L’artiste a glissé depuis longtemps en concubinage notoire avec une avant-garde postmoderne pour empoigner systématiquement par revers les choses vues.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/04/2015

Louise Bourgeois : surfaces de réparation.

 

 

 

Bourgeois.jpgLouise Bourgeois, "The spider and the tapestries", Hatje Cantz, Ostfirden, 102 pages, 28 E.

 

 

 

Avec le recours au textile, ses reprises (à tous les sens du terme) et l'image récurrente de l'araignée, Louise Bourgeois ne cessa de tarauder son enfance et l'image de la mère humiliées par les tromperies maritales. A côté d'un univers de vengeance, tout un pan de l'œuvre devient une surface de réparation. C’était là une manière de rejouer l'histoire de la mère par fragments et vestiges rapiécés jusqu'à former des visages tragiquement en appel mais voué au silence. L’œuvre textile fidèle à l'ensemble général - et c'est là son paradoxe - rejoue ce qui reste l’inaccessible par excellence mais elle ne le fait pas par le biais d’une représentation au sens courant du terme. Pour “ rejouer ” l’œuvre reclot les indices visuels qui – métaphoriquement et visuellement – viennent du plus poche pour les lancer vers le lointain. 

 

 

 

Bourgeois 2.jpgAvec "The spider and the papestries" Louise Bourgeois met ainsi en scène des indices en jeux de bandes. Ils permettent une accessibilité au secret. La créatrice reprend la descente de l’Igitur enfant de Mallarmé. Comme lui elle émet un coup de dés, entre dans un “ tombeau ”. S’il y a eu drame (et pour elle il a bien eu lieu), celui-ci garde son retrait, son  secret inabordable dont le spectateur n'a pas l’idée, sinon à l’état de lambeaux et à travers dans ce livre quelques textes "psychanalytiques" inédits

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

09:09 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (1)