gruyeresuisse

19/07/2015

Andrew Miksys : combien coûte le fer ?

 

 

 

Myskys 2.pngLe photographe américain Andrew Miksys partage son temps entre Seattle et Vilnius en Lituanie. Dans sa série "Disko" il explore des "boîtes de nuit"  -  si on peut les appeler ainsi tant elles semblent vétustes. Pris au début des années 90 ces lieux indiquent une nouvelle culture entrain de faire ses premiers pas dans la dégradation de l'empire récemment déchu. Tout semble encore fragile, dérisoire. La jeunesse paraît maladroite.

 

Myskys.pngMiksys par ses prises  ne se contente pas de faire œuvre de mémoire : il ouvre le passé et ses lieux délabrés en un état présent et renaissant. On semble, comme ceux qui fréquentent ces lieux, entendre une musique nasillarde, presque improbable. Mais de telles photographies créent une structure plastique qui n’a rien d’une châsse. La vie bouge et l’artiste montre l’injure faite à chaque  humain par l’idéologie. Miksys fait sauter les verrous sur l'obscur passé encore rampant à coup d’épures. Il ouvre des interstices afin de développer un mouvement dans lequel les voies et les voix jouent  dans l’intervention réciproque de la photographie et du son aporique. Les deux éléments sensoriels sont traités comme actes et non comme états : de leur masse une présence inédite apparaît.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Andrew Miksys, « Disko », livre disponible sur le site de l’artiste.

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12/06/2015

Brian Bowen Smith : Le festin nu

 

 

 

 Bowen Smith Brian.jpg

 

Brian Bowen Smith, « BLUE NUDES » ,  28 mai – 27 juin, De Re Gallery, Los Angeles.

 


 

Brian Bowen Smith par ses photographies rend le corps plus vivant. Plus vaste et mouvant d’instants en instants. L’éclair de l’orgasme est ébauché à travers  la marée de la présence d’étoiles de mer et de ciel. Nul ne sait alors la couleur que prendra la lumière.  Le corps s’étire, s’agite mollement en une suite de strip-teases qui sont autant de poèmes de moments délicieux. L’horloge féminine se fait sidérante et lunaire. Voire quelque peu et paradoxalement christique. Il devient donc un autel.  Une longue silhouette monte et descend entre les coupes claires ou sombres des photographies. Le ciel s’ouvre, la Terre se fend. Des secousses arrivent sur les lèvres. A travers le ventre, elles semblent parvenir du fond des temps ou des profondeurs d’abîme. Néanmoins le voyeur est à nouveau devant une vénus de Botticelli afin d’ajouter à sa fable celle des transgressions du photographe.  Sortie du désert du réel chacune de ses égeries est sur un piédestal. Elle accorde ses grâces selon les Assomptions que Brian Bowen Smith organise pour elle. Chacune est plus vénéneuse que naïve et sa nudité devient l’élégance  platonique suprême.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

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04/06/2015

Daido Moriyama : Femmes sous influences

 

 

 

Moriyama 3.jpgLes femmes de Daido Moriyama savent cultiver l’attente. Quand elles s’endorment, lorsqu’elles marchent ou se lovent comme des serpents, le photographe leur parle d’amour : il veut solliciter leur propre désir et leur dit son attente esthétique. Il leur fait l’amour à l’oreille avant de les saisir par sa caméra. Il leur parle  quand elles ne sont pas là,  lorsqu’il est absent : il leur parle toujours : « tiens écoute »  leur dit-il. « Tiens à la vie et à ton existence ». Plus tard il les saisit.  Il lui faut parfois beaucoup de jours. Beaucoup de nuits. Mais chaque prise est celle d’un premier jour. Afin que de l’image surgisse un murmure intime. Dans une chambre douteuse, dans une rue. Après beaucoup de mois pour atteindre ce jour. L’artiste les laisse vivre seules, traque leur absence, les abandonne au milieu des gâchis et  des ronces urbaines où fleurissent ces roses.

 

 

 

moriyama 2.jpgElles n’appartiennent pas au pays des essences pures et des gestes parfaits. Elles ont souvent la tête contre les murs, perdues au fond de l'air brûlant et dans la blancheur du temps. Soudain leurs seins deviennent  offrandes. Comme si c'était un film. Pas n'importe quel film. Un désir de film. Un désir de figurer dans leur film. Leur histoire de solitude, de nudité, de peau, de chair à cœur ouvert. Un film sans film. A fleur de peau. Peau sans pellicule. Pour le désir d'être. Par la féminité. Lumière  que lumière. Et le noir dedans. Femme seule. Femme nue. Pour jouer  dans le film du photographe nippon. Réalisé à quatre mains. Après avoir gravi bien des marches d’hôtels de passe dans des rues sordides. Pour une séance sinon de film X du moins de cinéma de quartier. Seule à seul. Seule à seul. Dans le noir. Ou presque. Touchant enfin - loin des salles obscures  - l’intérieur d’elles-mêmes par la force des prises de Moriyama.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 "vintage and modern prints Daido Moriyama", Galerie Bob van Oursow, Zurich