gruyeresuisse

18/04/2015

Stefanie Moshammer : "Last" Vegas

 

 

Moshammer BON.jpgStefanie Moshammer, « Vegas and She »,  2015, 112 pages, Fotohof edition 2015.

 

 

 

Moshammer 1.jpgA sa manière Stefanie Moshammer est un sémiologue géniale des paysages et des portraits (souvent décalés). Elle en déploie les potentiels fictifs et qu’importe si ses femmes ne laissent voir que des talons hauts.  Tout cercle vicieux est vicié. C’est le moyen de faire clignoter dans les cases du cerveau des lumières intempestives au milieu des flores intestines et des fleurs artificielles de Las Vegas. La confusion devient un phénomène récurrent et calculé pour échafauder des mises en scène au sein de maisons du sens où il n’est plus besoin d’escalier pour s’envoyer à l’air.

 

 

 

Moshammer Bon 2.jpgStefanie Moshammer joue  avec délice les retordes qui empoignent systématiquement les images à l’envers.  Il arrive que des vieux rombiers aux rondeurs hypertrophiées y découvrent une certaine  idée de la lubricité  et veuillent  s'y consacrer.  Mais la photographe ne les caresse pas dans le sens du poil (blanc). Néanmoins chacune de ses photographies se dévore sans fin pour qui a de l’appétit. A sa manière elle fait moins les Madeleine que du Proust : du moins celui qui, avec le simple nom de Coutances, voyait une cathédrale normande que sa diphtongue finale, grasse et jaunissante couronnait d'une tour de beurre. Ici Las Vegas est singé en de nouveaux signes. Exit les brushings gonflés et laqués comme on en faisait dans les années 60. L’artiste a glissé depuis longtemps en concubinage notoire avec une avant-garde postmoderne pour empoigner systématiquement par revers les choses vues.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/04/2015

Louise Bourgeois : surfaces de réparation.

 

 

 

Bourgeois.jpgLouise Bourgeois, "The spider and the tapestries", Hatje Cantz, Ostfirden, 102 pages, 28 E.

 

 

 

Avec le recours au textile, ses reprises (à tous les sens du terme) et l'image récurrente de l'araignée, Louise Bourgeois ne cessa de tarauder son enfance et l'image de la mère humiliées par les tromperies maritales. A côté d'un univers de vengeance, tout un pan de l'œuvre devient une surface de réparation. C’était là une manière de rejouer l'histoire de la mère par fragments et vestiges rapiécés jusqu'à former des visages tragiquement en appel mais voué au silence. L’œuvre textile fidèle à l'ensemble général - et c'est là son paradoxe - rejoue ce qui reste l’inaccessible par excellence mais elle ne le fait pas par le biais d’une représentation au sens courant du terme. Pour “ rejouer ” l’œuvre reclot les indices visuels qui – métaphoriquement et visuellement – viennent du plus poche pour les lancer vers le lointain. 

 

 

 

Bourgeois 2.jpgAvec "The spider and the papestries" Louise Bourgeois met ainsi en scène des indices en jeux de bandes. Ils permettent une accessibilité au secret. La créatrice reprend la descente de l’Igitur enfant de Mallarmé. Comme lui elle émet un coup de dés, entre dans un “ tombeau ”. S’il y a eu drame (et pour elle il a bien eu lieu), celui-ci garde son retrait, son  secret inabordable dont le spectateur n'a pas l’idée, sinon à l’état de lambeaux et à travers dans ce livre quelques textes "psychanalytiques" inédits

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

 

 

 

 

09:09 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (1)

19/02/2015

La poésie chinoise est soluble en Occident

 

 

 

Chine.jpgCollectif, « Anthologie de la poésie chinoise », sous la direction de Paul Mathieu, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015

 

 

 

 

Contrairement à ce qu’on pense trop souvent la poésie chinoise est  assimilable sur la scène littéraire mondiale. Contrecarrant la doxa idéologique des pouvoirs, des mouvements tels que « Bawu Yudong » ont marqué l’essor de pratiques expérimentales. Elles  ont dépassé Shangai ou Pékin pour se répandre dans toutes les provinces et peuvent intéresser bien des cultures. Dès la dynastie Zhou lres poètes chinois n’ont cessé d’innover comme le prouve cette anthologie. Ils conjuguent abstraction, figuration, panthéisme et critique. De mystérieux paysages entraînent dans un voyage vers les profondeurs de l'âme :

"dans la complainte de la pluie

le vague  à l'âme est pareil à celui du lilas"

écrit Dai Wanghu. Se dessinent les contours d'une nature saisie dans un clair-obscur. Il n'est  pas sans évoquer la contemplation romantique. Mais à travers ces paysages les poètes montrent les relations entre les êtres  humains, c'est-à-dire, concrètement, les corps et le monde. Ils peuvent jouer avec les lieux de manière libre. Ils deviennent  eux-mêmes parfois leurs propres personnages et influencent l'action, les sentiments, les relations des êtres.  Faite d’expériences la poésie a pu flatter parfois les pouvoirs mais elles met aussi à nu les pires bourreaux de l'idéologie : ceux qui s'ignorent. Les 400 poètes de cette anthologie prouvent donc que l'individu doit être considéré comme tel par la communauté et non comme un moyen d'assurer l'existence de celle-ci. 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:52 Publié dans Lettres, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)