gruyeresuisse

01/02/2018

David Lynch et les languides

Lynch 2.jpgLa Fondation Cartier publie un superbe livre d’une centaine de photographies en noir et blanc et en couleur des nus de David Lynch. Ces clichés sont parfaitement conforme aux visions que révèlent "Twin Peaks" et "Mulholland Drive" (entre autres). Comme toujours l’auteur joue de l’érotisme et d’une forme d’abstraction entre humour et glamour.

Lynch 3.jpgJamais d’outrage dans de telles prises. Même si la proximité est des plus prégnantes Jamais de mépris, de dégoût, de violence mais la fascination pour le corps féminin là où la vieille dépendance de l’homme à son double ne fait jamais défaut. Chez Lynch les femmes le savent et elles en jouent en créant un lien ravageur à la dépendance tacite et délicieuse.

 

Lynch.jpgContrairement à ce qui se passe dans les films du créateur ; le désir est déconnecté de la peur. D’autant que les égéries l’attisent plus qu’elles ne l’éprouvent elles-mêmes. La femme reste chez Lynch l’Eve de la Bible : d’une certaine manière la première « coupable ». Pas question pour autant de pousser plus loin l’ « analyse ». Le charme ne fait que commencer à dévoiler ce qu’il ensemence. Les corps nus mais relativement cachés restent d’une certaine manière « invisibles » selon cette perspective chère à Lynch : le voyage du désir est toujours un déplacement vers l’étrange ou l’étranger. Hypnos est au cœur d’Eros.

Jean-Paul Gavard-Perret

David Lynch, « Nudes », Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2018, 55€

 

 

14/01/2018

Jean Rault et le Japon

rault 3.jpgJean Rault saisit un Japon méconnu. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de représentation kaléidoscopique. Il entre en collision avec l'esthétique main street ou "adulescente". Le monde est sombre mais en jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque".

rault 2.jpg« Portraits du monde flottant » rassemblent des créatures de la nuit saisies en des lieux luxueux et privés, des Sumos à l'entraînement près de Tokyo, des paraplégiques lors de courses en fauteuils roulants à Kyoto etc.. Perdure néanmoins une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation.

rault.jpgC'est là sans doute la force insubmersible et subversive de l’œuvre de Rault. Son «rire » mord le monde. Il permet au regard de supporter les situations limites. Le dispositif choisi par l'artiste est lui-même « nu » mais les techniques sont sophistiquées : " je tiens à ce qu’elles soient transparentes, qu'elles s'effacent et atteignent le dépouillement, la sobriété" écrit l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/01/2018

Ren Hang ou le recours de la volupté

Hang 2.jpgSelon Cicéron les choses dont on se souvient le mieux sont les choses dites « honteuses ». Il ajoute qu’on utiliserait toujours avec profit les images libidineuses pour stimuler la mémoire. Preuve peut-être qu’elle n’existe pas sans fantasmes…

 

 

Hang.jpgIconoclaste à souhait, Ren Hang se fait donc orateur grecque tout en transformant les images de nudité. Par l’assemblage, la torsion et la disposition des corps il crée une véritable écriture. Il y a là des calembours visuels, des condensations immobiles. Le pathétique cède toujours la place à un certain comique en de telles fresques photographiques.

Hang 3.jpg

 

Ren Hang préfère l’épicurisme au stoïcisme. Il reste étranger à toutes violences si ce n’est celle - provocatrice - de ses mises en scène. Il remise l’ego au profit cosmos d’une libido sexuelle qui flotte sans jamais se retourner contre elle-même. La physique tient lieu de métaphysique et devient la thérapie d’un monde cruel auquel le photographe ajoutent des farces primesautières.

Hang 4.png

 

 

Le plaisir est ici sans risque et ignore presque toujours l’angoisse. Il dérive de lui-même et sa qualité suprême ne se limite pas seulement à l’absence de douleur. Si bien que la volupté reste la seule sensation que Ren Hang divinise. Elle procure au corps une sensation supérieure de soi quels que soient le genre et le nombre des partenaires. D’où ces suites de bouquets qui sont toujours à reconstituer en accords et raccords.

Jean-Paul Gavard-Perret