gruyeresuisse

24/07/2017

Maria Foskolaki : fragments d’éros

Focko 3.jpgDans une volumétrie de la lumière et une coloration de l’air, Maria Foskolaki crée de nouveaux gréements pour l’œil. Reprenant l’engouement pour la mythologie de sa terre (la Grèce) l’artiste cherche une nouvelle solution picturale afin d’accorder à la figuration de l’éros un traitement de soie.

La créatrice détourne les surfaces, crée des jeux de transparence jusqu’à ce que la peinture touche à l’indicible dans l’écho des pièges que l’amour tend mais afin que nous soyons à même d’entrer dans son illusion avec suavité et intelligence. Tout est clair : même les arêtes et les ombres. Surtout les ombres comme dissoutes par l’élan de lumière.

Fosko 2.jpgExiste un exercice de la douceur dans la façon dont Maria Foskolaki traite le motif. Entre abstraction et figuration, l’art est aussi rupestre que de notre temps. S’ouvre de nouveau un voyage sous la baguette de la créatrice. Elle désoriente le chemin à suivre, crée le trouble des genres, trafique ce qui les distingue. En accolant le trait et le pigment elle redistribue la notion de frontière par tout ce qu’elle ouvre sans besoin d’aucune porte si ce n’est celle de sa peinture qui ne cesse d’avancer et d’explorer les arcanes des temps et de l’être.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/07/2017

Les cadavres exquis de Nury Del Ferro

Del Fero 3.jpgIl existe un gout assumé du trash et du baroque dans les collages de Nury Del Ferro et leur mélange des époques et des cultures. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de transplantation kaléidoscopique. Le monde est sombre. Mais jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque". Perdure aussi une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation. C'est là sans doute la force insubmersible et subversive de Nury Del Ferro. Son «rire » mord le monde, il permet au regard de supporter les situations limites que l'artiste propose.

Del Fero 2.jpgElle instaure une grille sur le chaos à travers ses connexions. Reprenant des images pétrifiées l'artiste les fait palpiter tout en jouant de leurs réminiscences. Les figures fondues et collées avec lesquelles l'artiste joue illustrent très bien la nature freudienne du surnaturel, nature à la fois fascinante et effrayante de l'objet du désir. D'où l'emprise d'une énergie qui lutte avec humour contre l'atrophie et la dégradation. Le collage n'est jamais une simple pochade. Son aspect "cadavre exquis" recèle la valeur de ce rire qui emporte l'artiste elle-même. Il mord le monde. Il entraîne par spasmes le mouvement des formes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18/07/2017

Chris Drange Instagram ou le culte affligeant de la personnalité

Drange 2.jpgPlus de 700 millions de personnes utilisent Instagram dans le monde. Et plus particulièrement les icônes US style Miley Cyrus, Kim Kardashian, Ariana Grande, Selena Gomez. Dans son livre, Chris Drange présente les liens qui se tissent entre les nouvelles stars de pacotilles et leurs « followers ». Instagram est pour les premières le meilleur moyen de peaufiner leur image souvent kitchissime. Le selfie devient le médium de l’admiration (ou parfois du rejet) qui permet une multiplicité d’interactions (souvent débiles).

« Relics » présente les relations avec les « Instagrammers » les plus populaires avec une sélection de commentaires de celles et ceux qui les suivent benoîtement dans une sorte de story-telling qui frise (voire plus) l’absurdité et la démence (qu’on espère douce et provisoire) au sein de questions souvent idiotes mais qui traduisent un fanatisme signe d’une misère culturelle.

Drange.jpgDrange prouve aussi comment le selfie est devenu un « phénomène digital d’adoration ». Il permet aux « artistes » femmes de faire croire à leur liberté et indépendance et aux stars mâles de rejouer les héros de péplum hollywoodien mâtiné de postmodernisme. Et l’affaire est jouée.

Le tableau est fort car fort affligeant. L’adoration des reliques numériques n’est qu’un pauvre ersatz. Il suffit néanmoins à combler des vides par ce qui est donné comme prestigieuse et référence... Les hommes rêvent de côtoyer Kim Kardashian ou Kylie Jenner et les femmes de leur ressembler. Car l’imitation joue ici un rôle aussi pitoyable que majeur. Le livre sous son apparence de smart-phone visualise ainsi la schizophrénie qui peut s’emparer de ceux qui croient trouver là une libération en tombant dans les poncifs d’une idéologie fabriquée de toute pièce.

Jean-Paul Gavard-Perret

 
Chris Drange, « Relics », Hatje Cantz, Berlin, 2017, 112 p., 15 E.