gruyeresuisse

23/08/2018

Formento + Formento : in the mood for love

Formento.jpgFormento + Formento est le nom d’artistes du couple constitué par Richeille Formento à la mise en scène plastique et BJ Formento aux lumières et à la prise. Ils sont réputés pour leur style à la fois romantique et érotique où ils explorent ce qu’il en est de l’amour, de sa perte, de  son absence et des charges de la mémoire collective ou individuelle. Leurs narrations révèlent un goût certain pour la mise en scène qui fluctue entre fiction et réalité ou si l'on préfère entre « pulpe fiction » et irrévérence de scènes souvent provocatrices.

Formento 2.jpgLes visages restent toujours au centre des scénographies riches en « mood » et textures comme en couleurs saturées. Qu’importe qu’elles soient prise en Europe, aux Usa, à Cuba, au Mexique, en Inde ou au Japon : l’amour reste au centre des prises. Le duo sait saisir l’atmosphère de chaque lieu dans des photos originales quant à leur esprit subtilement décalé.

Formento  3.jpgApparaissent des situations où l’amour prend diverses situations. Toutes suggèrent qu’il s’agit de la chose la plus rare et la plus mystérieuse qui soit et qui peut prendre diverses figures. Elles peuvent jouer autant du lascif que d’une sorte de venin là où le silence parle encore le silence à l'extrême du soupir, en un lieu où l’image, tel un fantôme, ramène aux ombres appesanties.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Formento + Formento, The Little Black Gallery, Londres.

Copyright Galerie Frank Elbaz, Paris.

 

17/08/2018

Le corps des arbres : Oksun Kim

Kim 2.jpgQui n'est pas poursuivi par le fantôme d'un arbre ? Autour de lui louvoie une forme de volupté. Souvenirs de la caresse du regard sur l'écorce. Désert de quelques mots. Bien d’autres choses encore. Oksun Kim le prouve à travers ses palmiers, cactus et divers arbres en apparence monolithiques. Ils trônent dans une végétation luxuriante qu’ils semblent dominer.

Kim.jpg

 

Toutefois et à de rares exceptions près l’arbre n’est plus le totem phallique. Toute une végétation l’habille et prouve qu’il n’est rien sans celle qui lui fournit son existence. Elle lui donne son identité, ses racines. Manière de renverser habilement le deal entre féminin et masculin et de revisiter une certaine logique.

 

 

 

Kim 4.jpgLe livre rentre ainsi dans le silence de l’arbre et du monde dont il devient le symbole : nul besoin de le pénétrer pour comprendre sa présence à l’épreuve du temps. Selon une présence active pour son émergence, ses branches et de leur pluie font ce qu’il est. Si bien qu’entre passé et futur quelque chose se conjugue. Aller du tronc aux branches et à leurs lèvres végétales permet un passage, une lente infusion et un transfert propre à modifier nos axes de référence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Oksun Kim, « Jeju Island », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 45E..

11/08/2018

Le growl de Mark Seliger

Seliger.jpgIl faut reconnaître à Mark Seliger deux qualités : un art consommé du portrait capable de parler par lui-même et hors contexte et une capacité à retirer, dans le monde « people », les étoiles dignes d’intérêt. L’artiste se détache face à ses modèles juste ce qu’il faut pour distinguer la « vraie » lumière de l'aspect superficiel de la brillance superficielle. C’est sans doute pourquoi il opte pour le noir et blanc moins soluble dans l’effet de réel - ce qui donne à la « star » une sorte d’état « pur ».

Seliger 2.jpgSeliger sait que pour un artiste "le style c'est l'homme" (ou la femme par exemple lorsqu’il saisit Patti Smith) et il a su le traduire. Qui ne connaît pas Lou Reed peut s’en faire une idée juste à travers le portrait du photographe. Non seulement il remarque la forme du visage et du corps mais ses prises rappellent le sang qui les irrigue. En changeant la place de la lumière sur le corps de Keith Richard il corrode ce que l'ombre chez le guitariste spécule tout en suggérant son énergie particulière en devers de celle de Mike Jagger.

Seliger 3.jpgUn tel créateur ne photographie donc pas comme une machine. Il marche au devant chaque pulsation : pour lui le cerveau de ceux qu’il saisit sont les rues ou les mille plateaux qui charrient une création. A sa manière il la suggère par la virtuosité du portrait au-delà de son « mood », la boue des bayous, le sel des rues, les spotlights des scènes.

Jean-Paul Gavard-Perret