gruyeresuisse

31/08/2015

Tristan Pigott : les petites choses de la vie

 

Pigott 2.jpgToute la peinture de Tristan Pigott joue entre maîtrise et abandon, plaisir et ennui dans un monde apaisé et aérien et d’où émerge une profondeur cachée. Surgit une expérience sensorielle de la vie. Soudain l’âme devient tangible et pèse d’un poids : celui de la caresse du regard. Chaque peinture est habitée. Elle devient non un simple médium mais une méditation. L’œuvre organise d’étranges mariages entre des êtres et leurs occupations à travers de couleurs douces et souvent sous le signe du double.

Pigott bon 2.jpgParadoxale, extatique mais aussi mélancolique et naturelle l’œuvre rappelle une certaine tradition américaine du portrait où s’inscrit une mythologie du quotidien non sans parfois une visée symbolique de ce qui grouille dans l’inconscient des « sujets ». Sous l’aspect réaliste émergent un imaginaire de construction et une grâce dans la mesure où l’artiste est capable de fluidifier des sentiments tels que l’ennui.

Pigott Bon.jpgLa peinture présente un miroir du temps sans souci de « prouver ». La sensualité rôde autour des formes plus ou moins ratées de jouissances et de plaisirs. La nudité elle-même  pousse vers quelque chose d’autre que ce qu’elle est. Surgit toujours un élément peturbateur qui désaxe ce qui est établi.  La fragilité d'un regard permet de s'extraire de la pure illusion comme de la simple transgression. Cela revient à accepter notre ignorance, à oser le saut vers ce qui échappe aux limites de la raison et du vécu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/08/2015

Le soleil noir de Sonar

 

 

Sonar.jpgSonar, “Black Light”, Cuneiform Records, 2015.

 

 

Sonar se pose dans le territoire rock comme un des groupes les plus convaincants non seulement helvétiques mais européens. Il fut reconnu dès son premier album par de grands critiques américain. Ce que "Static Motion " annonçait trouve là une ambition et une réussite supplémentaires.  A propos de “Black Light”  (enregistré près de Zurich  et mixé à Toronto) Stephan Thelen - maître de cérémonie du quatuor helvétique - en appelle non sans raison à la pop des 70’s  de King Crimson d’un côté et au minimalisme de Steve Reich de l’autre. Mais Thelen sait que les temps ont changé et les indications évoquées ne sont rien par rapport à ce que le groupe propose dans ce nouvel album. Ni Crimson ni Reich ne savaient par exemple utiliser la basse (ici entre les mains de Christian Kuntner) comme Sonar le propose. Sur ce pont sonore les deux guitares mais aussi la batterie posent leurs laps répétitifs selon des mouvements plus on moins cérémoniaux aigus (parfois - "String Geometry par exemple) et sombres (plus souvent). Ils peuvent par certains côtés rappeler autant un rock gothique qu’un jazz progressiste mais joué ici selon la version classique du groupe rock : deux guitares, une basse, une batterie. Et cela change tout

 

Sonar 2.jpgPour autant les fans du binaire - s’ils sont trop basiques dans leur goût - ne pourront être captés par un album ambitieux au rock expérimental mais en rien dissonant même si les accents se font barbares quand il le faut (dans « Orbit 5.7 » par exemple avant l’apaisement final). Le son est parfois caverneux mais sans jamais tomber dans les clichés « gros sons » du gothisme précité.   Une polyrythmie intelligente et subtile gouverne et ossature en différents temps un album qui s’écoute sans coup férir. Tout reste toujours en suspens : là où beaucoup de créateurs se laisseraient porter par des effets que des montées annoncent, Sonar les coupe pour aller vers une musique sans doute plus cérébrale mais qui évite les facilités d’effets « spasmodiques ». Sonar entraîne plus loin et plus profond là où les riffs complexes créent des effets d’abîmes. Chacun des titres ouvre à de subtiles ascensions en une arithmétique qui marie des cœurs de métronomes aux touffeurs d’un soleil couchant : c’est là que la lumière noire éclate à travers 6 morceaux qui sont bien plus que des fragments.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

20/08/2015

Maxine Helfman faces et interfaces

Helfman 3.jpg 

Par ses portraits subversifs Maxine Helfman  réinterprète  les notions de couleur, genre et classe. Dans sa série des « geishas » elle remplace les japonaises pas des afro-américaines. Dans sa série « Fabrication » elle propose des portraits de jeunes noirs qui portent des habits féminins. Dans la plupart de ses séries il s’agit de revisiter l’art du portrait tel qu’il était décliné dans l’art occidental. Inspirée par différentes périodes de son histoire elle la réinterprète selon un point de vue contemporain. « Les modes et les cultures changent désormais tellement que les diverses influences et catégorisations sont de plus difficile à définir » écrit l’artiste. Helfamn 2.jpgEt plutôt que d’en tenter une impossible nomenclature elle préfère offrir une surenchère iconoclaste afin de créer de manière pertinente une série de fausses pistes.

 

Genres et «races » sont redéfinis dans une entreprise qui montre combien les vieilles normes sont de moins en moins opérationnelles. Ce qui est d’une certaine manière réconfortant. L'artiste reste autant provocatrice qu’habile stratège. Son théâtre  qui ne bascule jamais dans l'obscène propose même l'inverse : helfman 1.jpgune rédemption réparatrice aux vieilles nomenclatures. Elle se double d’un pied de nez au monde de l’art. Mais il faut moins y voir une farce que la création d'une œuvre  "classique" dans sa forme et originale par son propos. Il pousse à bout ses ambiguïtés en donnant à l'humanisme et/ou à l'humanité un nouveau sens.

 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret