gruyeresuisse

24/09/2015

Chauve qui peut : Lee Materazzi

 

  

materazzi.pngInstallée à San Francisco, Lee Materazzi dans sa série « Clutter/Collapsible »  photographie des corps installés de la manière la plus inconfortable possible dans des scènes du quotidien poussées à l’extrême. L’univers de tous les jours devient un espace symbolique emblématique puisque l’être est confronté à ce qui ne cesse de l’étouffer. La vacuité saute aux yeux à travers tous ses personnages « scalpés ». La solitude grandit dans ce qui instruit un poème du temps et des lieux. 

 

materazzi 2.pngChaque photographie crée une fissure dans le présent mais aussi un lien avec lui. Le vide auquel elle donne sens favorise le dialogue et l’écoute d’un vécu qui n’est pas rapporté sous le registre d’une banale autofiction. Le quotidien est soumis à des lignes de force sous-jacentes. La créatrice reste au cœur du réel afin d’en éloigner tout idée de Paradis. Ses personnages vont d’erreur en erreur, au plus fort de l’exil intérieur dans ses narrations abyssales.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13/09/2015

A corps perdus ou presque : Michael J. Berkowitz

 

 

 

 

 

Berkowitz 2.pngPar ses photographies Michael J. Berkowitz crée des connexions physiques avec le passé. Plus particulièrement avec des photographies « légères »  françaises de la fin du XIXème siècle. L’Américain les réinterprète selon des séries évolutives et changeantes au gré du dévoilement mais où le nu garde une certaine délicatesse même lorsque le mannequin n’a rien des parangons de la mode. La femme ne répond pas forcément aux « canons »  mis en exergue habituellement. Il existe donc une conversion du genre et de ses standards.

 

 

 

Berkowitz.pngLes modèles sortent du labyrinthe dans lequel les Icare de la photographie les enferment. Isolée chaque femme feint d’exprimer une certaine tempérance. Mais l’apparente sagesse se consomme avec modération. Nul stoïcisme ou résignation chez ces égéries. Le désir s’insère dans chaque photographie et son impeccable « désordre ». Il n’est donc pas domestiqué mais tenu plus ou moins (plutôt moins que plus) hors de portée. L’histoire de la photographie se reconstruit et se déconstruit à chaque fois. Le textile est là  pour associer le tissu à la féminité. Le désir reste présent, il demeure la nostalgie de l’étoile (à la racine latine du mot de désir). Elle reste ici envisageable et dévisageable (en aporie, en partie ou en totalité) et  s’amuse de son voyeur en diverses déclinaisons.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:15 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

31/08/2015

Tristan Pigott : les petites choses de la vie

 

Pigott 2.jpgToute la peinture de Tristan Pigott joue entre maîtrise et abandon, plaisir et ennui dans un monde apaisé et aérien et d’où émerge une profondeur cachée. Surgit une expérience sensorielle de la vie. Soudain l’âme devient tangible et pèse d’un poids : celui de la caresse du regard. Chaque peinture est habitée. Elle devient non un simple médium mais une méditation. L’œuvre organise d’étranges mariages entre des êtres et leurs occupations à travers de couleurs douces et souvent sous le signe du double.

Pigott bon 2.jpgParadoxale, extatique mais aussi mélancolique et naturelle l’œuvre rappelle une certaine tradition américaine du portrait où s’inscrit une mythologie du quotidien non sans parfois une visée symbolique de ce qui grouille dans l’inconscient des « sujets ». Sous l’aspect réaliste émergent un imaginaire de construction et une grâce dans la mesure où l’artiste est capable de fluidifier des sentiments tels que l’ennui.

Pigott Bon.jpgLa peinture présente un miroir du temps sans souci de « prouver ». La sensualité rôde autour des formes plus ou moins ratées de jouissances et de plaisirs. La nudité elle-même  pousse vers quelque chose d’autre que ce qu’elle est. Surgit toujours un élément peturbateur qui désaxe ce qui est établi.  La fragilité d'un regard permet de s'extraire de la pure illusion comme de la simple transgression. Cela revient à accepter notre ignorance, à oser le saut vers ce qui échappe aux limites de la raison et du vécu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret