gruyeresuisse

30/03/2016

L'ami anglais - Cyrus Mahboubian

 


Cyrus 5.jpgLa photographie semble un art "facile", qui plus est - numérique aidant - chacun peut se prétendre photographe. Sont considérés comme tels des faiseurs qui n’offrent que des assignats inutilisables : ces preneurs d’images ne savent pas qui ou quoi ils regardent. Loin de ces fausses archéologies du fugace Cyrus Mahboubian, à l’inverse, a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre d’un portrait mais sa « terre » friable.

Cyrus 2.jpgL'Anglais fait exploser l’identité supposée des êtres et du paysage. Il les plonge en anonymat ou non-lieu : leur centre est donc occulté, absent, décentré. Le photographe ne cherche pas forcément le face à face avec son « modèle ». Mais c’est là où ses prises acquièrent une vocation fabuleuse : elles mettent une grâce dans les pesanteurs voire dans la « laideur » du quotidien afin de rétablir à tous les sens du terme un charme.

 

 

Cyrus 4.jpgUne liberté éclate car la photographie réenchante le monde par ce que Deleuze nomme “ la perception de la perception ». Sont atteintes une nouvelle lumière, de nouvelles vibrations proches pourtant du néant mais juste au dessus. S'élisent les bruissements du vent, les clapotis de l’eau. Bref ce qui "couve" en donnant un mouvement à l'espace et au temps provisoirement suspendu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cyrus Mahboubian, « Murmur », commissaire de l’exposition Alison Bignon Galerie Nivet Carzon, Paris, 13 – 17 avril 2016.

 

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01/03/2016

Hans Breder : le multiple et l'un

 

 

 

 

Breder 2.pngL’artiste multimédia (photographe, peintre, sculpteur) Hans Breder joue avec les reflets des miroirs. Le corps féminin lui permet d’obtenir un langage unique en une approche expérimentale. Elle prouve combien l’émerveillement que le corps offre aux artistes ne peut se contenter de ce que l’Académie des Beaux-arts estimait obligatoire au XVIIème siècle : l’imitation de la nature en toute chose. Lorsque Breder s’attache à un objet il répond à ce qu’indiquait Bonnard: « Il faut faire la différence entre les artistes qui savent se défendre contre le motif et ceux qui lui emboîtent le pas ». L’Américain d'adoption appartient évidemment aux premiers

 Breder.jpg

Breder 3.jpgL’être à travers son œuvre est un et innombrable. Le corps retrouve d’autres masses, la "sur en chair"  devient une quasi-abstraction. L’artiste impose un type d’espace qui n'est pas seulement limité à ses trois dimensions : il s’ouvre à un autre esprit de compréhension. Sculptures, peintures, photographies deviennent une nature particulière de volumes. Ils s’élargissent pour un autre point de vue. Retournement sans retour en quelque sorte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/12/2015

Horst P Horst : déplacement de l’éros

 

Hirst 2.jpgHorst P Horst, « Photographer of style », jusqu’au 10 janvier 2016, Nederlands fotomuseum, Rotterdam.

 

Ravir, être capturé, être pris, dépossédé tels sont les gradients classiques de la photographie érotique. Adepte de De Stijl Horst P Horst les a retournés. L’image est glaciale là - où s’attend la chaleur - et marque le désir et son impossibilité : non parce que - comme le pensait Freud -il angoisse mais parce qu’il est barré ou débordé par la stratégie esthétique. Elle renvoie le voyeur vers une autre visée. Hirst 3.jpgLe sujet le plus sensuel devient une féerie congelée. D’où la force et l’humour implicite de tels clichés. La beauté plus qu’exquise : parfaite voire absolue des prises, crée une mise en abyme L'image bouleverse et plastifie la commune transgression. C’est de l’ordre d’un crime. Celui du voyeur qui doit retourner à ses études là où la photographie devient le récit évidé de son objet.

 

Hirst.pngLe dépouillement n’est pas celui qui généralement est espéré. La photographie dite de « genre » provoque un dévoilement déplacé par un effet de voile habilement placé. Elle crée un vide pour prendre le voyeur à son jeu et le perdre dans le lieu de sa prétendue voyance. Si bien que Horts P Horst pourrait dire comme le faisait Duras au sujet de cinéma. : « L'interdit que je me pose : la photographie érotique» .L’idée de l’éros rêvé s'éteint au profit de son ailleurs, il s’agit de faire jouir de la beauté de l’image et atteindre son « temps pur » (Proust). Le corps n’y demeure qu’en temps de dispositif photographique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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