gruyeresuisse

12/05/2016

Todd Hido et le corps des femmes

 


Hido.pngL’œuvre de Todd Hido reste - entre autres - une traversée du féminin le plus troublant qui soit. Dans les jeux d’ombres et de lumière se cache le secret de l’identification. Les femmes restent aussi énigmatiques qu’impudiques (parfois).

 

 

Hido3.jpgMais le plaisir n’est jamais offert en vrac et en prêt à consommer. La force centrifuge de la photographie n’est pas là pour soulever du fantasme. Elle rappelle la fragilité de l’existence et les forces des désirs refoulés.

Hido2.jpgTodd Hido mène plus loin la nudité selon des voies presque impénétrables. Reste toutefois encore un jardin des délices. Le désir est suggéré en des suites sans complaisance. Mais nous sommes loin des fantômes de château de cartes érotiques. L'artiste refuse que ses images ne soient des ancres jetées dans le sexe pour que le voyeur s’y arrime. Todd Hido cherche moins l’éclat des « choses » visibles que l’éclat du vivant.

Hido 4.jpgLe désir "enfermé" offre une autre "étendue". Le regard n’en vient pas à bout. Le corps n’est plus celui de la béatitude exaltante et il se méfie de sa propre séduction. Le « réalisme » ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’origine, de la « nuit sexuelle » qui tente, tant que faire se peut, de se respirer ailleurs par ce qui est suggéré. En conséquence les photographies deviennent « les sanglots ardents » dont parlait Baudelaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

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29/04/2016

Les fleurs du secret : Nobuyoshi Araki

 


Araki 3.jpgJérôme Neutres, « Araki Nobuyoshi », Editions Gallimard / musée national des arts asiatiques – Guimet, 304 pages, 39,90 euros. Exposition au Musée Guimet du 13 avril au 5 septembre 2016.
Nobuyoshi Araki, « KaoRi », Chez Higgins, Montreuil,


Les images d’Araki se méfient des envoûteurs du tout pensé. Longtemps le photographe a dû se battre avec eux tant ses images choquaient par leur impudeur et l’intimité étalé. « À peine sorti du vagin de ma mère, je me suis retourné pour le photographier!» déclare avec humour l’artiste qui demeure rivé au passage primal et aux grandes eaux du « firmaman » où il baigna. Celles-ci ont été remplacées par les eaux séminales du cerveau de l’artiste dont le but est de renverser la perception du monde pour le sauver de sa perte.


Araki Bon.jpgSelon lui il y a urgence : le corps disparaît au profit de robots même sexuels : « il y a trop de robots et moins de voix venant de la chair ». L’artiste s’est donné comme but de la photographier car il s’agit pour lui d’un symptôme en disparition. L’artiste veut ainsi créer son « épitaphe pour la fin du monde.» Sidéré par le sexe, le désir, la vie et la mort, pour l’artiste la femme est le seul sujet : elle est captées libre ou ligotée par celui qui reste un des maîtres du bondage nippon contemporain.

 

Araki BON 2.jpgNobuyoshi Araki multiplie les techniques afin de réaliser ses prises de manière compulsive. Il peut prendre des centaines d’images en un seul jour. Le bondage reste pour lui un moyen de ficeler le réel plus que ses modèles : « c’est parce que les âmes sont intouchables que je veux ficeler le visible. En prendre possession pour moi seul» dit celui pour lequel son médium est la naissance du désir. Il prend aussi pour signifier le mystère du féminin, la plus subtile des métaphores : celle de la fleur dont le cœur est secret.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

30/03/2016

L'ami anglais - Cyrus Mahboubian

 


Cyrus 5.jpgLa photographie semble un art "facile", qui plus est - numérique aidant - chacun peut se prétendre photographe. Sont considérés comme tels des faiseurs qui n’offrent que des assignats inutilisables : ces preneurs d’images ne savent pas qui ou quoi ils regardent. Loin de ces fausses archéologies du fugace Cyrus Mahboubian, à l’inverse, a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre d’un portrait mais sa « terre » friable.

Cyrus 2.jpgL'Anglais fait exploser l’identité supposée des êtres et du paysage. Il les plonge en anonymat ou non-lieu : leur centre est donc occulté, absent, décentré. Le photographe ne cherche pas forcément le face à face avec son « modèle ». Mais c’est là où ses prises acquièrent une vocation fabuleuse : elles mettent une grâce dans les pesanteurs voire dans la « laideur » du quotidien afin de rétablir à tous les sens du terme un charme.

 

 

Cyrus 4.jpgUne liberté éclate car la photographie réenchante le monde par ce que Deleuze nomme “ la perception de la perception ». Sont atteintes une nouvelle lumière, de nouvelles vibrations proches pourtant du néant mais juste au dessus. S'élisent les bruissements du vent, les clapotis de l’eau. Bref ce qui "couve" en donnant un mouvement à l'espace et au temps provisoirement suspendu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cyrus Mahboubian, « Murmur », commissaire de l’exposition Alison Bignon Galerie Nivet Carzon, Paris, 13 – 17 avril 2016.

 

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