gruyeresuisse

29/04/2016

Les fleurs du secret : Nobuyoshi Araki

 


Araki 3.jpgJérôme Neutres, « Araki Nobuyoshi », Editions Gallimard / musée national des arts asiatiques – Guimet, 304 pages, 39,90 euros. Exposition au Musée Guimet du 13 avril au 5 septembre 2016.
Nobuyoshi Araki, « KaoRi », Chez Higgins, Montreuil,


Les images d’Araki se méfient des envoûteurs du tout pensé. Longtemps le photographe a dû se battre avec eux tant ses images choquaient par leur impudeur et l’intimité étalé. « À peine sorti du vagin de ma mère, je me suis retourné pour le photographier!» déclare avec humour l’artiste qui demeure rivé au passage primal et aux grandes eaux du « firmaman » où il baigna. Celles-ci ont été remplacées par les eaux séminales du cerveau de l’artiste dont le but est de renverser la perception du monde pour le sauver de sa perte.


Araki Bon.jpgSelon lui il y a urgence : le corps disparaît au profit de robots même sexuels : « il y a trop de robots et moins de voix venant de la chair ». L’artiste s’est donné comme but de la photographier car il s’agit pour lui d’un symptôme en disparition. L’artiste veut ainsi créer son « épitaphe pour la fin du monde.» Sidéré par le sexe, le désir, la vie et la mort, pour l’artiste la femme est le seul sujet : elle est captées libre ou ligotée par celui qui reste un des maîtres du bondage nippon contemporain.

 

Araki BON 2.jpgNobuyoshi Araki multiplie les techniques afin de réaliser ses prises de manière compulsive. Il peut prendre des centaines d’images en un seul jour. Le bondage reste pour lui un moyen de ficeler le réel plus que ses modèles : « c’est parce que les âmes sont intouchables que je veux ficeler le visible. En prendre possession pour moi seul» dit celui pour lequel son médium est la naissance du désir. Il prend aussi pour signifier le mystère du féminin, la plus subtile des métaphores : celle de la fleur dont le cœur est secret.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

30/03/2016

L'ami anglais - Cyrus Mahboubian

 


Cyrus 5.jpgLa photographie semble un art "facile", qui plus est - numérique aidant - chacun peut se prétendre photographe. Sont considérés comme tels des faiseurs qui n’offrent que des assignats inutilisables : ces preneurs d’images ne savent pas qui ou quoi ils regardent. Loin de ces fausses archéologies du fugace Cyrus Mahboubian, à l’inverse, a compris qu’il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre d’un portrait mais sa « terre » friable.

Cyrus 2.jpgL'Anglais fait exploser l’identité supposée des êtres et du paysage. Il les plonge en anonymat ou non-lieu : leur centre est donc occulté, absent, décentré. Le photographe ne cherche pas forcément le face à face avec son « modèle ». Mais c’est là où ses prises acquièrent une vocation fabuleuse : elles mettent une grâce dans les pesanteurs voire dans la « laideur » du quotidien afin de rétablir à tous les sens du terme un charme.

 

 

Cyrus 4.jpgUne liberté éclate car la photographie réenchante le monde par ce que Deleuze nomme “ la perception de la perception ». Sont atteintes une nouvelle lumière, de nouvelles vibrations proches pourtant du néant mais juste au dessus. S'élisent les bruissements du vent, les clapotis de l’eau. Bref ce qui "couve" en donnant un mouvement à l'espace et au temps provisoirement suspendu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cyrus Mahboubian, « Murmur », commissaire de l’exposition Alison Bignon Galerie Nivet Carzon, Paris, 13 – 17 avril 2016.

 

11:21 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

01/03/2016

Hans Breder : le multiple et l'un

 

 

 

 

Breder 2.pngL’artiste multimédia (photographe, peintre, sculpteur) Hans Breder joue avec les reflets des miroirs. Le corps féminin lui permet d’obtenir un langage unique en une approche expérimentale. Elle prouve combien l’émerveillement que le corps offre aux artistes ne peut se contenter de ce que l’Académie des Beaux-arts estimait obligatoire au XVIIème siècle : l’imitation de la nature en toute chose. Lorsque Breder s’attache à un objet il répond à ce qu’indiquait Bonnard: « Il faut faire la différence entre les artistes qui savent se défendre contre le motif et ceux qui lui emboîtent le pas ». L’Américain d'adoption appartient évidemment aux premiers

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Breder 3.jpgL’être à travers son œuvre est un et innombrable. Le corps retrouve d’autres masses, la "sur en chair"  devient une quasi-abstraction. L’artiste impose un type d’espace qui n'est pas seulement limité à ses trois dimensions : il s’ouvre à un autre esprit de compréhension. Sculptures, peintures, photographies deviennent une nature particulière de volumes. Ils s’élargissent pour un autre point de vue. Retournement sans retour en quelque sorte.

 

Jean-Paul Gavard-Perret