gruyeresuisse

16/06/2016

Dada : de la Suisse à New-York


Dada1.jpg« Dadaglobe Reconstructed », Moma, New-York, 2016.

 

 

 

 

Dada 3.jpgAprès le Musée national suisse et le Kunsthaus de Zurich, le Moma rasssemble plus de cent œuvres créées pour la grande œuvre projetée (et jamais réalisée) de Tristan Tzara « Dadaglobe ». L’ouvrage aurait dû paraître en 1921. Mais à cause de difficultés financières, de reproduction et d’organisation l’auteur dut y renoncer. Cette superbe anthologie de documents dadaïstes montre comment le mouvement fut un catalyseur des arts. Depuis Zurich Tzara avait invité 50 artistes à lui soumettre des oeuvres selon quatre catégories : autoportraits photographiques, photographies d’art, dessins, photomontages ou collages. Les responsables du Moma ont reconstruit ce précieux volume qui ne fut jamais publié

Dada2.jpgL'artiste qui annonçait à sa manière la fin de l'Histoire prouve qu'il espérait malgré tout quelque chose de l'art même s'il n'attendait rien des autres activités humaines. L'art devait rappeler la vie d'avant le jour en de premiers et nouveaux langages qui trouvèrent là un moyen à la fois de renaître ou de s'élever face aux contrefaçons culturelles. Surgit une syntaxe primitive que le monde voulut ignorer. Elle glisse pourtant sans cesse vers le tronc de l'art aussi primitif que d’avant garde (collage, photographie, entre autres). Elle agite autant le plein de l'être que le vide de l’esthète gonflé de la graisse des poncifs plastiques. Tzara voulait par ce biais rappeler que l'infini n'est rien et que nul Dieu n'en sortira jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/06/2016

Apostilles pour le monde : Christopher Morris


Christopher Morris 2.jpgLes photos de Christopher Morris sont comme des notes en marge du monde. Nous pouvons d’après celles-ci déduire ce qu’il en est de son non sens, de sa beauté ou de sa cruauté. Ce qui est sûr : il ne reste jamais de doute sur sa cruauté dès qu’on sort du champ de l’art pour celui du réel.

Christopher Morris 3.jpgL’œuvre devient l’image double où se raconte l’histoire du temps. Les différents portraits (soldats, présidents américains, artistes) proposent un inventaire hétéroclite du réel et de ses « boutiques » obscures. Et si parfois Christopher Morris tourne le dos à la désinvolture (là où des déesses règnent) soudain des assauts visuels soulèvent la violence sourde ou évidente. Passant d’un « Eyes Wide Shut » à « Orange Mécanique » la réalité surgit dans sa diversité.

Jean-Paul Gavard-Perret

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05/06/2016

James Friedman : embrasements

 

 


Friedman .pngAprès avoir revisité les camps de la mort (« Memories Effects ») dans son avant dernière série, James Friedman avec la nouvelle permet une digression fantaisiste mais plus sérieuse qu'il n'y paraît. Il propose des baisers à sourire, des baisers à pleurer d'émotion, des baisers malices, des baisers de lune ou de soleil, des baisers au pain d'épice, des baisers à regards, des baisers labyrinthes.Friedman 2.png Les baisers sans bémol ou parfois avec fausse note, des baisers poivre et sel, des baisers paysages, des baisers à combustion intime (ceux qui mettent le feu), des baisers solubles ou énigmatiques, des baisers de ciné, des baisers qui préfèrent l'ombre à la lumière, des baisers qui n'ont pas la langue dans leurs poches, des baisers gâteaux et ceux plus légers qui font monter au rideau.

Friedman 3.jpgIl y a aussi des baisers chauves et ceux qui portent des tresses; des baisers dans le brouillard et souvent un voyeur rôde dans les parages. Mais de tels baisers qui ne se quittent même si on en ignore tout. . A chaque spectateur d’en faire l’usage qui lui plaira. Ni absurde félicité ni abus de confiance, la photographie parce qu'elle n'a plus besoin de nier ou d'affirmer reste la seule réponse que l'on donne à l’union que le baiser engage. Il ne faut donc pas chercher ce que l’œuvre cache, mais juste se laisser prendre à perte de vue en sa propension à donner existence à un espace temporel fugace soulevé par sa flamme, sa folie, son suspens, son vertige. Par elle surgit l’adhérence étroite à ce qu'il en est de désir, sur ce que l’on ignore de lui et qui n’a pas de nom.


Jean-Paul Gavard-Perret

James Friedman, « Pleasure and terrors of kissing », voir site du photographe.

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