gruyeresuisse

06/07/2016

Torbjørn Rødland : franc-maçon ou arpète du monde

 

 

Rodland bon 2.jpgTorbjørn Rødland, « Confabulations », Mack, London, 2016, 112 p., 40 E.

Torbjørn Rødland montre par petits pans non seulement le tout de l’art et de la vie en affirmant que « l’abstraction n’est jamais au départ mais bien à l’arrivée ». Il considère l’âme comme une vue de l’esprit. De quoi - diront certains - aller droit dans le mur. D’autant que le photographe y invite. Mais la chose est déjà entendue : il ne s’agit pas d’y entrer : on y est.

Rodland Bon.jpgDes moellons segmentent le livre d’étranges jardins des délices. Le BTP n’a qu’à bien se tenir mais preuve que l’avenir se retrouve dans certaines briques en un subtil jeu de variations pour créer comme le fait l’artiste une loge « maçonnique ».  Le photographe cultive une sémiologie particulière dans ce qui devient des chroniques où les êtres grimacent selon deux équations sans aucune inconnue : chair + chaleur = féminin, viande + froid = masculin.

Rodland.pngLe monde tel qu’il est mord la poussière. Mêlant dans des diptyques ou en solo plusieurs ingrédients Rodland renvoie le système des signes de Barthes à une indigence crasse. Il met des images sur les arrières pensées et sur ce qui est le plus profond dans l’homme : à savoir sa peau.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/06/2016

A la recherche de l’identité : Rita Lino

 

Rita Lino 3.jpgRita Lino crée l'acquiescement insolite à son propre corps. A la fois il se dérobe ou jaillit (mais pas en totalité). L'artiste en apprivoise la profondeur par effet de surfaces. « Entartete » (« dégénérée" en allemand) propose la suite de tels « égarements » expérimentaux d’autoreprésentation au fil du temps. La sexualité est à la fois désinhibée et cachée. L’artiste entretient toujours un écart avec sa propre psyché. Elle y demeure seule et isolée sauf à de rares exceptions.

Rita Lino.jpgL’identité est révélée selon une forme de « cloaque » où elle n’apparaît que par lambeaux. Parfois elle affronte la caméra, parfois elle regarde ailleurs ou cache ses yeux et son visage. La nudité est rarement « nature ». Le corps ressemble à un masque pour ramener à l’idée que même nu et ce qu’il montre n’est qu’une apparence. L’artiste joue avec. Mais sans tricher. Et ose se montrer parfois comme une amoureuse dont la caméra sait plus sur elle, qu’elle-même se connaît.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rita Leno, « Entartete », Editions du LIC, 2015.

19/06/2016

Terrae incognitae : Graciela Iturbide



Iturbide 3.jpgLa mexicaine Graciela Iturbide eut comme professeur et mentor, Manuel Alvarez Bravo dont elle fut son assistante au début des années 1970, pendant ses nombreux voyages photographiques à travers le Mexique. Mais elle est influencée par les photographes surréalistes comme par Josef Koudelka, Henri Cartier-Bresson, et Sebastião Salgado. Elle se concentre sur les cultures de son pays où se mêlent l’extraordinaire dans l’ordinaire, la magie dans le réel et cherche à capter les « perdants » de la société qui entretiennent un rapport particulier avec le mystère et le monde animal.


Iturbide4.jpgL’artiste poursuit une réflexion autour du corps et de ses souffrances. Le tout avec sensibilité, gravité et parfois une once d’humour. Chaque image prouve que le réel est habité. L’artiste en restitue des « fils » souvent cachés. Ceux d’hallucinations programmées que la photographe tente de montrer et parfois de déchiffrer. Surgissent des danses immobiles d'une masse ineffable afin que l'œil soit ému par l'impact de mondes inconnus et premiers.


Jean-Paul Gavard-Perret


Graciela Iturbide, « Naturata » de 3 juin au 22 juillet 2016, Neal Guma Fine Art, Charlottesville, USA.