gruyeresuisse

17/01/2019

Deep Velvet : Martine Aballéa

ALbalea.jpgEn rehaussant de violet (principalement) ses photographies du réel (intérieurs, villes, nature) Marine Aballéa crée des visions oniriques en rien romantiques. Chaque espace s'y trouve décalé, réécrit dans ce qui tient d'un feuilleton photographique (« Le musée des amours ») ou de simples éléments isolés. Le dépréciatif comme l'ornemental y prend une nouvelle valeur aux moments où les décors (toujours vides) perdent de leur superbe.

Albalea 2.jpg

 

L’imaginaire de Martine Aballéa renvoie la réalité à une fin de non-recevoir dans une quête du jardin d'Eden. Néanmoins le paradis terrestre qui n'est jamais où il pourrait se trouver. Les marqueurs premiers du réel s'y trouvent décalés. Si bien que peu à peu le réel tel que nous le connaissons semble tout compte fait une vue de l'esprit dont la validité est partielle.

 

 

 

Albalea 3.jpgLa poésie de telles images d'insoumission (subtile) ne repose jamais sur le farniente. L'artiste retourne la face du monde même lorsqu'il est classieux. Les évidences coloriées acquièrent une propriété irréversible. Entre fugue et déphasage optique la photographie vide la raison de son sens et le monde de ses habitants en leur donnant un fléchage alternatif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(voir le site de l'artiste)

13/01/2019

Vol de nuit : Antoine d'Agata

D'Agata 3.jpgEmanent des photographies - apparemment documentaristes -  d'Antoine d'Agata une «science» de l’esprit et du corps marchandisé et une dérive des continents de l'affect. L'artiste crée de fait une forme de philosophie de l’histoire et des déchéances qui se fomentent dans les rues de nos belles citées. Ici aucun enfumage : la réalité est telle quelle mais selon une esthétique qui refuse le vérisme pur et dur pour un expressionisme beaucoup plus parlant.

D'agata 2.jpgCe qui pourrait se nommer «pornographique» ailleurs accentue ici la vision des limites du tragique des situations. L’imaginaire change de cap par le langage même. A ce titre le monde et sa sexualité peuvent paraître effrayants mais il y a là une nécessité de comprendre l’humanité et les millions d’êtres qui vivent dans la crasse, au milieu des mouches, des rats, dans la prostitution la plus révoltante qui se voit non seulement en Asie mais ici-même.

D'agata.jpgAntoine d'Agata ose une quintessence de la  «viande» (Artaud) humaine. Un tel monde est scandaleux aux yeux de la morale mais il est surtout vécu par les protagonistes dans un état de fiasco. Preuve que les grandes visualisations se créent non seulement par la capture du réel mais à travers l’imaginaire lorsqu'il possède une force de transfiguration.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/12/2018

L'éternité et le moment - David Kutz

Kutz 3.jpgLes photographies (surtout les panoptiques) de David Kutz créent des mises en scènes non seulement de ce qui est regardé mais des regardeurs eux-mêmes, comme de ce qui est et tout autant de ce qui va devenir. Existe en conséquence tout un jeu de circulation à la fois ludique et cruel. Le monde se transforme en des narrations qui ignorent des bruissements d'elfes.

 

Kutz.jpgL'oeuvre est entremêlée d'actions et de repos, de scènes et de paysages. La longueur des panoptiques étire le temps lui-même afin qu'ils englobent le présent et le futur. Les actualisations sont évidemment innombrables mais ne sauraient limiter l'ambition d'une telle oeuvre où le réel à la fois paraît et disparaît dans une anthroposcène inquiétante même si tout paraît encore calme.

 

Kutz 2.jpgDavid Kutz présente une interperpration du réel autant par les scènes, que les séries de façades et leurs couleurs. Un éloignement du point de contact possible avec un réel "donné" pour tel est toujours créé volontairement. L'horizon de l'image et son tissage semblent au delà de ce qui est donné à voir.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

David Kutz, "culural Landscapes", Soho Photo Gallery, New-York, janvier 2019.