gruyeresuisse

29/11/2017

Les toutous snobs de Dougie Wallace

Wallace.jpgNul ne sait si Dougie Wallace (aka Glasweegee) est le meilleur ami du chien mais, pour sûr, il s’intéresse à lui. Quittant Glasgow et ses chiens errants pour des marches dans le quartier londonien chic de Knightsbridge et les rues de Milan, le photographe a découvert que les chiens s’élevaient au rang d’objets de mode ». « Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander s’il y avait une corrélation entre la baisse des naissances et tous ces bébés animaux poussés dans des landaus ». Il est vrai que les bébés à poils durs ne quittent pas une certaine enfance et la responsabilité à leur égard est une fosse d’aisance.

Wallece4.jpgWallace est donc allé de Londres à Milan, de New York à Tokyo pour saisir dans sa série et son livre « Well Heeled » celles et ceux qu’il nomme « humanisateurs extrêmes d’animaux » et qui ne cessent d’accessoiriser et de toiletter leurs progénitures canines d’adoption. Mais il se focalise sur les toutous un rien snob qui deviennent cabots et jouent avec l’objectif. Fasciné par les postures des bipèdes il ne cesse de les faire « sourire » pour mettre en exergue leurs incisives, leur barbe fleurie, leur truffe mouillée. Ils se laissent photographier en oubliant qu’ils sont des chiens. D’autant que leur vie ne l’est en rien.

Wallece3.jpgIl existe ainsi, par le bout de la laisse, la vie mode d’emploi. Et s’inscrit par le détour canin un cours presque insensé de la race humaine. Le tout au sein de jeux optiques où les gains poétiques et drôles sont assurés. S’y mélangent temps, rêve, farce, réalité, folie du temps là où le monde avance à quatre pattes plus que les fers en l’air.

Jean-Paul Gavard-Perret

Duane Michals : déplacement du portrait

Michals2.jpgMichals fait vivre et cohabiter le cœur battant de personnages aux élans recomposés et imaginés, avec plus ou moins de références. La réalité se quitte mais pour la transformer en épiphanie si bien que le portrait ne cherche pas à retenir un éphémère mais un archétype selon une discipline libre. Le photographe pratique l’humour comme la vénération au sein d’une recherche obstinée. Elle tient de la vocation. Il ne s’agit pas de proposer des archives mais des mouvements en explorant des voies nouvelles sans rien mépriser ou ignorer de ce qui existait avant lui.

Michals bon.jpgMais Duane Michals avance seul. Son regard s’obstine à une splendeur qui ne se contente pas de la représentation : il opte pour la re-présentation. Le motif n’est plus un appui rassurant mais un déclencheur : le créateur s’en empare. Cela permet liberté et extravagances contrôlées là où la lumière transfigure le visage dans un long échange entre l’artiste et son sujet. Il s’agit de rêver une identité dont la révélation ose la fantaisie. Elle donne au médium sa nature équivalente à ce que Barthes nomme « le filmique » lorsqu’il parle du cinéma.

Jean-Paul Gavard-Perret

Duane Michals, « Portraits », Thames & Hudson, New York, 2017, 176 pages, 45,00 $

 

23/11/2017

Michael Wolf : dans les villes de grandes solitudes

wolf.jpgMichael Wolf, “Life in Cities”, Galerie Christophe Guye,Zurich,

La mégalopole reste le sujet de prédilection de l’artiste installé au centre de l’une d’elles : Hong Kong. Il transforme ce qu’il nomme « l’architecture de la densité » en surfaces quasi plates et abstractions stylisées pour suggérer l’architecture des buildings de Chicago (« Transparent City ») comme des toits de Paris ("Paris Rooftops"). Le photographe souligne la problématique urbaine, les solitudes encagées mais aussi une forme de beauté. Mais c’est « Tokyo Compression » qui donne la plus forte dimension de l’être humain en son rapport aux « immondes cités » (Baudelaire).

wolf 2.jpgPeut s’imaginer en off la musique de Schoenberg et celle de Kraftwerk. La ville et ses structures sont moins des abris qu’un monde de l’entassement mais aussi de l'envoûtement. Par effet étrange l’image pivote sur elle-même afin de glisser de la surface au fond. Elle rend impossible la parole, là où l'envie d’être en vie se distingue par la vision d’une femme collée à sa fenêtre et qui semble se perdre dans un songe primitif.

 

wolf 3.jpgMichael Wolf multiple les vertiges. Le groin de nuit surgit à travers les lumières des cités par additions de lieux à corps perdu où les êtres semblent à peine réels. Les bâtiments sont à la fois épais et fluide afin que l’existence devienne plus apprivoisée que rebelle. Par plans, tout entraîne à la fois en avant, en arrière dans cet exercice de lenteur. Une telle « harmonie » à la fois vomit le néant et le nourrit.

Jean-Paul Gavard-Perret