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19/07/2019

Lieko Shiga : dérives, abîmes, surrections

Shiga 3.pngLieko Shiga est une peintre japonaise. Elle montre le monde selon des instances particulières, là où les hommes vivent soit dans un certain confort, soit dans des endroits dévastés comme dans sa série "Rasen Kaigan" (village détruit par un tremblement de terre).

Souvent comparée à celles de Rinko Kawauchi et Masatoshi Naito, son oeuvre possède un caractère sombre et surréel inspirée par ce qui entoure la créatrice. Si bien que ses "dreamscapes" (selon l'expression de Marco Bohr) révèlent tout autant des cauchemars dans une recherche constante d'énergie au milieu de ce qui détruit le monde.

Shiga 2.pngLa photographe reste maîtresse des narrations photographiques léchées. Le réel plonge dans l'inconnu. Il semble un songe étrange. L’image ne cherche plus à singer la réalité même si c’est bien elle qui pourtant est choisie comme base aux dérives de l’artiste. La photographe pourrait donc reprendre à son compte le «je suis la matière de mes rêves» de Michaux mais ajouter : "je suis aussi celle de mes angoisses." Une féerie étrange fait racine en des scénographies particulières et décalées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Liko Shiga, Exposition, Rose Gallery, Londres, juillet-aout 2019

04/07/2019

Hito Steyerl à la recherche de nouvelles constellations d'images

Steyerl.jpgHito Steyerl se dit documentariste ratée. Formée dans cette mouvance elle s'en est éloignée lorsque le genre a multiplié ses poncifs en devenant une sorte d'industrie commerciale. Elle a dû créer des installations pour se confronter à la réalité de manière différente. Car il s'agit toujours pour elle de savoir comment la représenter en acceptant le fait que cette approche n'est jamais complète puisque l'Histoire elle-même ne l'est pas.

DSteyerl 2.jpgans la filiation de Godard elle tente de plus en plus de saisir des réalités invisibles en s'éloignant de la tradition documentaire basée sur un "modèle" de construction de la vérité. La question que Hito Seyerl pose désormais est "comment voyons-nous ?" Et l'objetif est de mettre à nu les "filtres" qui rendent certaines choses visibles et d'autres pas. Comme par exemple celles des inégalités "enkystées dans les centres urbains" précise l'artiste.

Steyerl 3.jpgIl faut donc essayer de les rendre visibles en prenant en compte les avancées numériques a priori dénuées d'incarnations matérielles et ce au moment où ce ne sont plus les images que nous regardons : ce sont elles qui nous traquent, nous surveillent et dont nous devenons l'objet. L'objectif est de s'engager dans ce qu'elle nomme une "observation participante" en créant un chaos organisé face à l'immense foutoir des images en construisant des interfaces spécifiques. Ils nous projettent à l'intérieur des réseaux organisés afin de créer de nouvelles constellations.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/06/2019

La folie Keiichi Tanaami

Tana 3.jpg

Keiichi Tanaami – Tears of Dreams, Nieves, Zurich 2019.

L’animation, la sérigraphie, les illustrations de bande dessinée, les collages, les films expérimentaux, les peintures ou encore les sculptures, tout est bon à Keiichi Tanaami. Il  œuvre depuis plus de 50 ans dans le Pop Art pour créer une oeuvre polymorphe afin de faire comprendre la chaos du monde dans une puissance visuelle jubilatoire.

 

Tana 2.jpgCes dernières années, l’artiste de 82 ans s’est attelé à retranscrire des passages de sa vie, créant uniquement à partir de ses propres souvenirs, mais le propos est toujours le même : une critique jouissive du monde à travers ses décors que l'artiste déconstruit avec une intelligence rare.

 

 

Tana.pngOn y apprend à faire la soupe de  Blanches-neiges avec des restes de nains entre humour et diversité noire là où le Pop-Art est mâtiné de surréalisme. Il y a là du Wager et du cabaret des félicités. Cela fuse de tous les côtés et par tous les trous. La vie se concentre en face sociale et politique où l'imaginaire est à son zénith.

Jean-Paul Gavard-Perret