gruyeresuisse

21/10/2018

Dix de guerre ou que la mort est jolie

Dix 2.jpgOtto Dix a prouvé combien, avec ce qui restèrent de lèvres rongées, les morts de la guerre n'avaient pas à demander pardon : bien au contraire. Les cicatrices restées béantes de la terre n'étaient pas de leur fait et elles furent même les trous où leurs corps fut ensevelis. Leurs chefs les ont fait avancer tels des déments pour des noces à venir. Certains hurlèrent mais peu ont voulu les entendre et leurs larmes (comme celles de leurs proches) sont devenues invisibles depuis le temps. Mêlées aux schistes marneux le rendirent-elles opaque ?

DIX.jpgL'exposition prouve que non. En symbiose entre France et Allemagne existe ici, et dans le formidable cortège humain, l'appel afin que la mort organisée ne recommence pas sa tache. Elle était là. Elle est là encore. En bonne camarade. Et les oeuvres prouvent que nous sommes ses poilus, ses égarés provisoires. Notre foule est de plus en plus compacte. C’est peut-être déjà trop. Mais pour certains encore trop peu. Néanmoins se levaient - déjà en 14-18 et après - des désobéissance par décision éthique.Tandis qu’une lumière blanche étalait les corps sur Verdun des artistes témoins et quel que soit leur camp furent les primitifs de notre futur qui demeure improbable : il est porté toujours pas la maladie organisée de la mort que l'on donne ou qui nous est donné en vertu de causes : elles n'en possèdent aucune.

Jean-Paul Gavard-Perret

"La guerre et après.  Otto Dix et ses contemporains", Musée des Beaux-Arts de Chambéry, 3 novembre 2018 - 24 février 2019.

21/09/2018

Julian Charrière : les chimères contaminées

Charriere.pngJulian Charrière, « Second Suns », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 144 p., 50 E.

 

Julian Charrière prend la Terre comme terrain d'investigation. Qu'il rassemble du sable provenant des États reconnus par l'ONU ou des prélèvements issus des plus longs fleuves du monde, qu'il réalise des performances solitaires en Éthiopie ou en Islande, il joue avec la géologie, la science et l'architecture.

Charriere 3.jpgA la recherche d’un imaginaire collectif l’artiste suisse fonde ses recherches pour le futur sur le passé. Avec « Second Suns » son dernier livre et grâce à un procédé optique il explore les paysages post nucléaire de l’île de Bikini où eurent lieux les explosions expérimentales américaines comme ceux de Semy au Kazakhstan où se firent leurs équivalences soviétiques. Il s’agit pour l'artiste d’approfondir l’influence des hommes sur la terre. Ses œuvres rendent perceptible l'impact de tels « chocs » sur les objets. Le créateur infiltre des éléments perturbateurs dans des images. Elles sont ici éloignées de notre compréhension ordinaire. Nos sommes portés vers une nouvelle perception énigmatique.

Charriere 2.pngCharrière évoque par son travail quelque chose qui a commencé et qui ne s’arrêtera peut-être jamais et qui est l’histoire d’une mort annoncée même si elle trouve ici de merveilleuses images. L’image, en dépit de ses charmes, n’est plus le désir, la matrice, le temps du désir. Elle génère le tonnerre, la tempête et les illusions d’une « sagesse » qui met à mal  la primordiale. La Mère de l’immense terre cosmique se retrouve ainsi célébrée mais de manière contaminée et malade.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/09/2018

La Chine de Christopher Anderson

Anderson 3.pngNé au Canada en 1970, Christopher Anderson a passé sa jeunesse à Abilene (Texas), avant de parcourir le monde et de vivre à Barcelone. Reconnu pour ses photos du sauvetage de réfugiés de bateaux haïtiens il rejoint le collectif Magnum. Pour explorer la Chine il n’a retenu que des portraits pour se concentrer sur l’expression du visage en « oubliant » tout arrière plan contextuel. La Chine prend corps avec eux.

 

 

Anderson 2.pngIl a saisi ses « modèles » pendant deux ans dans les rues de Shanghai la plus grande ville chinoise avec ses 24 millions d’habitants et de Shenzhen la Silicon Valley de nouvel empire. Les lumières gris-bleu et naturelles des deux cités donnent un caractère particulier à une Chine qui soudain se rapproche de nous par le choix du gros plans où ‘l’Autre » fait le jeu d’un « même » et rappellent combien les parties du monde se ressemblent.

 

Anderson.pngChaque portrait semble proche et lointain,  mystérieux et sensuel. Tel un Walker Evans mais en magicien de la couleur il semble se demander ce que cache les portraits de celles et ceux qui ne savent pas être photographiés et que seuls les nouveaux objectifs et le numérique ont permis de réaliser. Tout est à la fois précis, subtil, énigmatique. Anderson ne cherche pas de réponse mais juste à saisir un instant aussi fascinant et réel que poétique.

Christopher Anderson, «Approximate Joy», Stanley / Barker publishing, New York et exposition à la Danziger Gallery, New-York, 13 septembre - 20 octobre 2018.