gruyeresuisse

17/08/2018

Le corps des arbres : Oksun Kim

Kim 2.jpgQui n'est pas poursuivi par le fantôme d'un arbre ? Autour de lui louvoie une forme de volupté. Souvenirs de la caresse du regard sur l'écorce. Désert de quelques mots. Bien d’autres choses encore. Oksun Kim le prouve à travers ses palmiers, cactus et divers arbres en apparence monolithiques. Ils trônent dans une végétation luxuriante qu’ils semblent dominer.

Kim.jpg

 

Toutefois et à de rares exceptions près l’arbre n’est plus le totem phallique. Toute une végétation l’habille et prouve qu’il n’est rien sans celle qui lui fournit son existence. Elle lui donne son identité, ses racines. Manière de renverser habilement le deal entre féminin et masculin et de revisiter une certaine logique.

 

 

 

Kim 4.jpgLe livre rentre ainsi dans le silence de l’arbre et du monde dont il devient le symbole : nul besoin de le pénétrer pour comprendre sa présence à l’épreuve du temps. Selon une présence active pour son émergence, ses branches et de leur pluie font ce qu’il est. Si bien qu’entre passé et futur quelque chose se conjugue. Aller du tronc aux branches et à leurs lèvres végétales permet un passage, une lente infusion et un transfert propre à modifier nos axes de référence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Oksun Kim, « Jeju Island », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 45E..

11/08/2018

Le growl de Mark Seliger

Seliger.jpgIl faut reconnaître à Mark Seliger deux qualités : un art consommé du portrait capable de parler par lui-même et hors contexte et une capacité à retirer, dans le monde « people », les étoiles dignes d’intérêt. L’artiste se détache face à ses modèles juste ce qu’il faut pour distinguer la « vraie » lumière de l'aspect superficiel de la brillance superficielle. C’est sans doute pourquoi il opte pour le noir et blanc moins soluble dans l’effet de réel - ce qui donne à la « star » une sorte d’état « pur ».

Seliger 2.jpgSeliger sait que pour un artiste "le style c'est l'homme" (ou la femme par exemple lorsqu’il saisit Patti Smith) et il a su le traduire. Qui ne connaît pas Lou Reed peut s’en faire une idée juste à travers le portrait du photographe. Non seulement il remarque la forme du visage et du corps mais ses prises rappellent le sang qui les irrigue. En changeant la place de la lumière sur le corps de Keith Richard il corrode ce que l'ombre chez le guitariste spécule tout en suggérant son énergie particulière en devers de celle de Mike Jagger.

Seliger 3.jpgUn tel créateur ne photographie donc pas comme une machine. Il marche au devant chaque pulsation : pour lui le cerveau de ceux qu’il saisit sont les rues ou les mille plateaux qui charrient une création. A sa manière il la suggère par la virtuosité du portrait au-delà de son « mood », la boue des bayous, le sel des rues, les spotlights des scènes.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/08/2018

Déplacements : Valerio Geraci

Geraci.jpgValerio Geraci s’amuse à divers exercices sur les portraits, les lieux fermés et les paysages avec un don évident pour les couleurs. Il offre diverses « partitas » tirées de ses voyages ou de ses commandes avec ça et là des allusions à des peintres. L’auteur s’y fait érudit - mais jamais trop. Certes ces photos peuvent friser une certaine complaisance ou autosatisfaction même si tout est monté avec des disjonctions avec effet du type : « la roue défaite aux vitres des paysages avec son sceau d’étoiles ».

Geraci 2.jpgS’il existe parfois quelque chose de trop apprêté dans ses évocations, Valerio Geraci est plus pertinent lorsqu’il retrouve plus de naturel et de simplicité et que la vie revient plus franchement. Tout se passe alors comme si l’invitation au voyage était le seul moyen d’accéder à soi. Maître parfois de « voyages autour de sa chambre » le photographe voyageur sait retenir des morceaux de corps ou de paysage là où un certain statisme devient un habile recours.

Geraci 3.jpgRefusant le simple exotisme et évitant le trop d’arabesques et de labyrinthes, le photographe reste capable d’évoquer en Italie comme aux USA un livre d’heures dont les passerelles sont innombrables. Elles offrent à la mémoire le pouvoir de remonter le temps, creusant des images qui s’entortillent ou se redressent pour remonter à une source vitale.

Jean-Paul Gavard-Perret