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29/09/2013

Les Ombilics des Limbes de Kiko C. Esseiva

 

 

 

Kiko 1.jpgEric Boros/ Kiko C. Esseiva, “Tourua”,  Label We have No Zen !, WHNZ:60, Ukraine,  2013

 

Francisco Meirino, Kiko C. Esseiva , « Focus On Nothing On Focus », Aussenraum Records ‎- AR-LP-001, Suisse, 2013:

 

 

L’œuvre du Lausannois Kiko C. Esseiva  tord le coup à un sentiment maladif de la vie et de la musique. L’imaginaire sonore trouve au sein d’une musique électronique mâtinées de divers outils et apports  des suppléments d’énergie sans souci des règles et des techniques  habituelles. Proche intellectuellement d’un autre artiste suisse (Tinguely ) le musicien - militant à sa manière - transpose les recherches plastiques de l’aîné dans l’espace sonore.

 

A coup de machines célibataires et désirantes, celui qui erra longtemps dans les squats de Lausanne lutte contre la raison et ses contraintes. Il laisse libre court à son imaginaire soit en solo, soit en collaboration duelle. En parralèle à un solo  d'Eric Boros, celui du créateur est un mélange de musique expérimentale, d’improvisation libre et de noise. Avec Francisco elle est plus recentrée sur l’électro et la musique concrète. Ces collaborations ont le mérite de donner à une œuvre marginale et underground une ampleur diurne. Peu à peu les compositions de l’artiste  sortent dons des squatts. Elles essaiment sur le lac Léman et d’autres encore bien au-delà de la Suisse.


 

Revendiquant néanmoins les marges musicales, s’éloignant des spots « ibiziens » (en dépit de ses racines musicales)  qui rétrécissent l’univers musical à un  divertissement d’ilotes, le créateur refuse ce qui borne les frontières entre le son et le bruit. Ses conceptions esthétiques rejettent la sobriété. Une débauche colorée et chaude emporte l’électro loin des équations qui trop souvent la stérilise. Tout changement est donc profitable à l'artiste. Il trouve là le plaisir qui tient de l’infidélité et du déménagement - on retrouve là son statut de squatter.

 

Kiko 4.jpgA l’étroite économie qui rétrécit les horizons musicaux et refusant tout regard en arrière par ce qu’il s’agit d’un retard et d’un frein Kiko C. Esseiva parie sur l’ouverture. Il ne tente pas de prévoir où son œuvre se dirige. La substance même de son travail est active. Elle surpasse les bornes admises même de la musique a priori la plus avancée pour la remettre elle-même en jeu. Ce travail paradoxalement plus humain que mécanique reste l’aventure qui à la fois bouleverse la vie de l’artiste et la vie en générale. Une telle ambition est rare. Elle est en parfaitement adéquation à ce qu’Artaud disait de son art : « Là où d’autres proposent des œuvres, je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit ».  Pour autant le Suisse n’oublie pas non plus de faire ressentir des émotions. Elles sortent à coups de marteaux digitaux des forgeries underground  depuis son premier album « Musiques pour haut-parleurs » (Label "Manufracture" aujourd'hui disparu) là où Kiko C. Esseiva cherchait déjà la multiplication sonore et une certaine finesse loin de toute vaticination hasardeuse.


 

Jean-Paul Gavard-Perret.