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04/11/2017

Doubles jeux de Mathias Piñeiro

Piniero.jpgLe cinéaste argentin Matías Piñeiro en dix ans a déjà réalisé une série imposante de films qui oscillent entre création artistique et expérimentation formelle. Ils sont tirés de classiques de la littérature : de Domingo Faustino Sarmiento (humaniste du XIXe siècle et président de l’Argentine) aux pièces de William Shakespeare (avec la série « Las Shakespeariadas »).

Pineiro 2.jpgCes œuvres ne sont en rien de simples adaptations mais ce que leur auteur nomme des « variations », « extensions », « profanations », « contaminations » ou « désacralisations » des textes de bases mis en situation contemporaine. Matías Piñeiro mixe les langages du théâtre, de la littérature et du cinéma : l’art, la musique, l’amour et le jeu des acteurs s’imbriquent dans une harmonie labyrinthique.

Pineiro 3.jpgChaque film devient un défi et une déclinaison. L’artiste choisit une œuvre pour la développer comme épreuve du temps et dans le refus d’un maniérisme trop léché. A l’emphase l’Argentin préfère la retenue, l’humour discret et, au procédé narratif, le champ de fouille de destins dans un langage volontairement décalé. Ce glissement habile, impertinent, surprenant mais léger n’empêche en rien l’émotion – bien au contraire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Matias Piñeiro, « Pour l’amour du jeu », Le Jeu de Paume, Paris, du 7 novembre au 21 novembre 2017

31/10/2017

Peter Knapp : ivresse cinétique et chorégraphique

Knapp.jpgEn 1966 Peter Knapp abandonne définitivement la peinture pour la photographie. Elle répond bien mieux à ses intensions. Mais son aventure avec le médium commence avec Hélène Lazareff dès 1959. La directrice de presse reprend le nouveau magazine « Femina ». Elle offre à l’artiste la direction artistique de ce qui devient « Elle ». Mais le Suisse reste familier d’autres publications ("Stern", "Sunday Times", "Vogue") où il publie aussi ses photo de mode avec succès avant d’aborder le cinéma et la télévision puis de revenir à la photographie en plasticien pour Peter Klasen, Andy Warhol et Robert Rauschenberg au sein de l'exposition «les peintres photographes» d'Arles.

Knapp 2.png

 

Soutenu par Pierre Restany, il est l'un des premiers artistes à exposer des photographies en couleurs et de grande taille dans les galeries. Son style se caractérise par une grande rigueur graphique dans l’esprit du Bauhaus hérité de ses études d’art à Zurich. Les formes à la fois se cristallisent et se dénouent pour donner une intensité picturale et vitale aux images. Knapp ne cesse de les défaire et de les recomposer.

 

 

Knapp 3.pngLa ligne et le géométrisme restent majeurs dans ses structures plastiques. Et il aime parler de son médium sous l’acception « Photo & Graphique ». Toujours à la recherche de la simplification il édulcore astucieusement le volume et la perspective. A la recherche du moindre ses photographies noir et blanc pour Courrèges comme ses scénographies colorées pour Montana demeurent des musts qu’une telle exposition remet à l’honneur. Knapp a ouvert bien des chemins là où les modèles semblent perdre pied et lâcher prise dan une féerie jubilatoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Knapp, "Quand la photographie de mode devient Art", Galerie Berthet-Aittouarès, 2 au 19 novembre 2017.

16/09/2017

Guy Bourdin : mannequins, fiesta et orchidées

Bourdin 3.jpgL’œuvre de Guy Bourdin est présentée, grâce à Samuel Bourdin et Shelly Verthime, au Festival de Tbilissi sous forme d’une sorte diaporama. Il ouvre à l’exploration en profondeur de travaux parfois peu connus (son travail noir et blanc acquis par le MOMA), de ses making-off de shootings et un ensemble de polaroïds mythiques du créateur disparus en 1992. Se retrouvent aussi les séries surréalistes pour la publicité. Comme celle pour Charles Jourdan dont les clichés furent créés lors d'un roadtrip en Cadillac en Grande-Bretagne avec une paire de jambes de mannequin. Ces fausses jambes revinrent de manière récurrente dans les œuvres du créateur lors des scènes de la vie courante : ponton de bord de mer, un quai de gare, etc..

Bourdin 4.jpgUn tel univers tire sa force de la composition graphique comme le prouve les éléments qui retracent son processus de création. L’artiste ne laisse jamais de place au hasard. Tout est d’abord écrit et dessiné avec précision. Le montage permet d’apprécier la créativité d’un précurseur qui a inventé et joué de techniques et concepts devenus monnaies courantes dans l’art et la communication visuelle de notre temps. Ses égéries marchent au cœur du désordre, dans l’étoffe du jour ou de la nuit. Une sorte de houle semble toujours cambrer leurs reins ou les faire plier par les muscles les plus chauds du langage visuel et une colonne sans fin d’humour. Elles sont parfois des orchidées géantes sur les hommes. Le long de leurs jambes ils remercient la lune de telles inflorescences.

Jean-Paul Gavard-Perret

Guy Bourdin, Tbilisi Photo Festival, Fabrika (Georgie), du 13 au 20 septembre 2017