gruyeresuisse

20/12/2018

Peter Knapp le sophiste amusé

Knapp.jpgLe portrait est un effet du langage et non de la psychologie. D'où l'intérêt de la sophistique iconique telle que Peter Knapp la crée. Sophistiquée, cette dernière est l'inverse de la rhétorique de l'image tels que les "grands" portraitistes américains de mode la pratiquent.

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Pour Knapp photographier est un acte, une action, presque une performance (même si seule l'image qui est retenue compte). Mais jusque dans ses photos de commandes, pour un tel créateur la photo n'est pas simple démonstration, désignation ou "remontrance".

 

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En ce sens le sophiste helvétique montre le langage . Face à lui le rhétotiqueur est un roi nu. C'est pourquoi Peter Knapp ne cesse même dans ses publicités d'indiquer "comment c'est fabriqué" au sein de ses angles narratifs. L'intéresse avant tout ce que Lacan nomme "varité" : vérité variée et parfois avariée afin que le dupée ne soit pas esclave de ce qui est montré.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/12/2018

Leah Schrager : le voyeur pris au piège

Schrager 2.jpgArtiste Instagram, Leah Schrager modifie la "réalité" des fantasmes voyeuristes. Elle transforme l'exhibitionnistes en ligne afin d'explorer d'autres possibilités des médias sociaux. Elle les questionne tout comme ceux de la beauté féminine et des stéréotypes qui les nourrissent en présentent un point de vue féminin sur le voyeurisme et ses attentes.

Schrager.jpgEt si à l'ère du numérique plus que jamais certains fantasmes fleurissent, ils peuvent être soumis soit à une décepticité soit à un biais ironique où la fleur prend tout son sens. Leah Schrager se moque du regard masculin en offrant des images de charme qui ne répondent plus aux attentes espérées. Exhibant la sexualité elle la biaise par ses recherches plastiques et ses peintures numériques. Elles troublent le principe de visibilité basique.

Schrager 3.jpgLes selfies et autres pratiques d'ostentation de l'artiste montrent qu'il peut exister une autre voie que le simple registre de la réponse aux attentes masculines. A la"viande" nue fait place son recouvrement ou son découpage selon des critères de différenciation. Le plaisir qui fascine habituellement est remplacé contre toute attente par un autre. En un processus de reprise en main de la femme par elle-même apparaît, plus qu'une fin d'un non recevoir, une vision renouvelée aussi ironique, enjouée que poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leah Schrager, "Virtual Normality : Women Net Artists 2.0"

10/12/2018

Albert Watson : femmes entre elles - mais pas seulement

Watson.jpgPour le nouveau calendrier Pirelli Albert Watson propose un conte autour de quatre femmes déterminées à réaliser leurs différents désirs. Mois après mois, une suite de photogrammes est incarnée par Gigi Hadid, Julia Garner, Misty Copeland, Laetitia Casta et les mâles qui les accompagnent. Pour fêter cet évènement annuel le photographe a présenté au Pirelli HangarBicocca de Milan, 40 clichés en noir et blanc où transparaît sa passion pour le 7ème art. Afin d'aborder le projet du calendrier, Watson s'est demandé comment proposer une autre expérience photographique que celles de ses prédécesseurs. Il a choisi des narrrations plus que de simples portraits. Chaque prise se veut un "arrêt sur image" pour donner une profondeur de vue sur l'existence "objective" de ces quatres modèle.

Watson 2.jpg  Son intention est de réaliser un rêve autant personnel que celui des quatre femmes. Chacune, précise l'artiste "exprime son individualité, le but spécifique vers lequel tend sa vie, sa manière toute personnelle de faire les choses". Gigi Hadid le prouve : séparée depuis peu de son compagnon, elle vit seule dans une tour de verre. Alexander Wang partage en confident sa solitude et sa mélancolie. Julia Garner interprète une jeune photographe avide de nature et aussi d'un autre type de solitude. "Elle incarne une photographe botanique" écrit Watson. Listy Copeland et Laetitia Casta matérialisent d'autres rêves : ceux de la danse pour l'une, de la peinture pour l'autre (ce qui ramène le modèle à sa vraie vie puisqu'elle consacre de plus en plus de temps à ses propres travaux artistiques).

Watson 3.jpgDans un Miami quasi tropical quatre rêves se dessinent mais toujours avec le respect implicite du cahier des charge du calendrier Pirelli : l'érotisme. Il frappe ici par sa fluidité, sa simplicité, sa splendeur. Nous semblons parfois peu éloignés d'un "Rivage des Syrtes" mais où les "Jardins Statuaires" deviennent celui d'un plasticien particulier : il garde toujours la volonté consciente du flux narratif là où le nu reste formellement fondamental.

Jean-Paul Gavard-Perret

Albert Watson : "Dreaming", calendrier Pirelli 2019