gruyeresuisse

18/01/2016

Les bonzés font du skiétisme

 

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Le Bonze français fait mentir le fameux slogan publicitaire « Un Ricard sinon rien ». Il en faut deux de plus pour  proposer le trio infernal du paradis terrestre.  Il conjugue une recherche sur le palimpseste de sagesse en ce qui tient d’une surface de réparation. Le processus privilégie d’archaïques figures et quelques mythes sommaires. Le monde s’organise selon les concepts à la mode : résilience et indignation par association du rêve et de l’évidence. En avant les mots face aux maux de l’existence. Leur résonance se veut un coup de gong : ne subsistent que des lallations. Elles n’ont rien d’orgasmiques.

En théorie, la sagesse s’avance à pas de géants. Pont enjambant le fleuve de la vie, table d’orientation indiquant des solutions dignes, (avec trente ans de retard) une pensée new-age, il n'est jamais question d’avancer pas aux forceps dans le corps de la langue et du monde. Le livre fait avaler des couleuvres. Il est anesthésiant. Ses infimes particules permettent aux trois saumons qui veulent remonter la rivière du sens, moins de hisser la pensée à hauteur d’analyse que de nourrir l’économie de marché par un succès de librairies. Dans un texte bourriche les parleurs couvent des œufs de plâtre. La prétendue majesté de l’humanisme y reste artificielle. Là où les auteurs s’estiment en mission export, leur sagesse devient croquette. C’est un open bar dont le buffet à volonté est froid. Plutôt que d’affronter le réel le texte évite les entrechocs et cultive les échappatoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mathieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André, « Trois amis en quête de sagesse », Coéditions L’Iconoclaste & Allary éditions, 2016.

 

 

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13/01/2016

Relire Foucault

 

 

Afoucault.jpgMichel Foucault, « Œuvres », Deux volumes, sous la direction de Frédéric Gros, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015

Foucault n’a eu cesse de s’interroger sur les fondements des histoires (anonymes ou sociales) et leurs mythologies constituantes. Face aux malentendus des pactes sociaux l’œuvre résolument politique au sens profond du texte précise les archéologies des savoirs et des discours, les arcanes de l’enfermement (Surveiller et punir ; L’histoire de la folie à l’âge classique), de la médecine (Naissance de la clinique), des sciences humaines (Les mots et les Choses) et ceux de la sexualité (La volonté du savoir, L’usage des plaisirs, Le souci de soi).


Rassemblant les textes majeurs de Foucault ces deux volumes rameutent ses grandes idées et intuitions  dans leurs cycles d’exploration des exils où il existe même parfois, comme l'auteur l’écrit dans une conférence publiée dans le tome 2, des « continents, des univers dont il serait bien impossible de relever la trace (…) tout simplement parce qu’ils n’appartiennent à aucun espace ». A la douceur des utopies s’opposent les divers lieux qui prouvent que dedans comme dehors  nul « ne vit pas dans un espace neutre et blanc ». Traversant les domaines de connaissance, l’auteur fut un véritable pré-situationniste. Par ces travaux hétérogènes, dont les exils sont l’enjeu - celui du langage compris -, il démontre ce qui contamine et entrave l’être. Les deux volumes créent un champ immense qu’on n’a pas fini d’explorer. Il y a là une fugue inachevée, une forteresse volante.


Jean-Paul Gavard-Perret

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09/01/2016

Duo et duel : Frank Smith et Julien Serve

 

Serve 4.pngFrank Smith et Julien Serve, « Pour Parler », Galerie Analix Forever, Genève

 

 

L’exposition « Pour Parler » est née de la rencontre entre Julien Serve et Frank Smith. Le second a écrit 115 sonnets. Il en a revisité et déconstruit la forme-fixe pour la transformer en la dégageant de la rime et du lyrisme intimiste. La question posée devient : Que parler ? Comment parler ? Avant l’intrusion de Julien Serve, le recueil s’intitulait d’ailleurs « Je ne sais plus parler ». Le but était simple : « Je veux rapporter comment j’ai trouvé le monde » écrit l’auteur. A l’expression d’un moi tourmenté par la révélation que la pensée n’existe qu’à travers les mots, Serve propose une version plastique qui tient de l’opération à savoir de l’ouverture.

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Pour l’exposition les deux créateurs ont dû inventer un dispositif. Serve a dessiné sur (à proprement parler) les sonnets pour savoir comment le dessin produit une pensée Pour les deux « acteurs » elle naît dans le geste qui reformule la réalité. Serve.pngServe s’est volontairement « perdu » dans les sonnets aux structures éclatées : « Que les sonnets se lisent sans discontinuer me permettaient de perdre prise. L’imprévu devenait alors envisageable. Je me suis donc contraint à ce dispositif avec des règles simples et strictes : 24 heures de dessins en direct à la lecture d’une voix numérique.» Chaque dessin ne répond pas à un sonnet : le résultat est celui de la durée d’exécution. Il s’agissait d’injecter les dessins dans les sonnets, de fusionner textes et images loin de la simple illustration. La communication dessin-texte est opérative comme elle le fut jadis entre musique et littérature avec Morton Feldman et Samuel Beckett.

 

Jean-Paul Gavard-Perret