gruyeresuisse

13/06/2016

Caisse Claire : Claude Tabarini

 

Tabarini 3.jpgClaude Tabarini, « Rue des Gares et autres lieux rêvés », Héros-Limite, Genève, 184p., 25,20 CHF, 18 E., 2016.

 

Celui qui, solitaire, se cache à côté de la gare de Genève en roulant ses cigarettes, reste néanmoins un arpenteur de sa ville dès qu’il quitte son capharnaüm. Comme dans la cité, « Toutes choses tombant à terre » ce n’est pas la peine de les ramasser pour en savourer la splendeur. Digne descendant de Rousseau quant à l’aspect promeneur, il évite jusque dans ces évocations de lieux rêvés l’abus de romantisme. Les excès, Tabarini les refuse à la littérature car on ne plaisante pas avec elle et il existe bien d’autres secteurs pour ça.

Tabarini.jpgD’une certaine manière son écriture tient de la photographie expressionniste et mentale. Elle saisit ce que le commun des promeneurs ignore. Celui qui est un batteur accompli et qui a fait ses preuves parfois dans l’indie-rock devant sa caisse clair et autres tomes entretient la forme ramassée là où tant d’auteurs délayent. A la mélodie, au discours l’auteur préfère la rythmique pour rassembler quelques fragments d’images au sein d’une errance aussi statique que pulsée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/06/2016

Cadavres Exquis : « Dis coucou chéri »

 

 

AALausanne BON.jpg« Dis coucou chéri », Fabian Boschung, Gilles Furtwängler et Lionnel Gras (et extraits du pénitentiel « Corrector sive Medicus » de Burchard, évêque de Worms), Editions Circuit, Lausanne et Scapula, Genève, 2016.

"Dis coucou chéri" a été publié à l’occasion de l’exposition « Pourvu qu’elles soient douces » de Simon Nicaise présentée au Centre d’art contemporain Circuit à Lausanne (janvier-février 2016). Il s’agit d’une mise en abîme du langage qui ironise les célèbres formules « Le poids des mots, le choc des photos » et « La vie est une histoire vraie » du célèbre hebdomadaire français « Paris-Match » . Gilles Furtwängler et l'historienne d'art Lionnel Gras rassemblent un aréopage d’usages linguistiques. Ils deviennent des échos qui résonnent (faute de raisonner) avec les sculptures de Nicaise. Le livre est un chapelet de perles langagières astucieusement décontextualisées selon un montage de formules..

AALausanne 2.jpgEntre entropie et dystopie, aux croisements de divers médiums  avec l’utilisation du contre-pied et du contre-emploi le stéréotype en prend pour son grade. En bichromie et dans une forme de minimalisme, les auteurs dégagent, des lexiques communs et polyphoniques, les injonctions, les formules « téléphonées » . Elles sont autant d'appels au désir, à la violence, à la soumission, au soulèvement à travers des personnages réels ou fantasmés.

 

 

 

AALausanne 3.jpgLe livre dessine un chemin drôle et chaotique. Les deux auteurs y jouent les francs-tireurs non sans un certain sens presque naturel du surréalisme. Aux structures rigides font place un décodage. Il semble dépourvu de sens. Mais le paisible sombre dans la tempête par successions de chausse-trappes ironiques. Le plaisir critique met à mal les aspects fascinants et traumatiques de la société contemporaine en diverses collisions et qui se chevauchent dans l’éther coloré de chaque page.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/05/2016

Claude Luezior : le moi et ses étreintes

 

AAALUEZIO.jpgClaude Luezior, « Ces douleurs mises à feu », Coll. Florilège, Editions Les Presses Littéraires, 56 p., 10 E..


Le Fribourgeois Claude Luezior sait que ce qui se passe dans le domaine de l’écriture est dénué de valeur si cela reste “ esthétique ”, anodin. L’écriture n’existe que si joue en elle sinon une menace du moins une angoisse. Elle confère une réalité humaine à la poésie et lui évite de tomber dans les grâces vaines de ballerine.

Luezior sait que toute vie étant un naufrage, il faut pourtant faire avec l’écume des vagues qui prélude à son arrivée et tenir tant que faire se peut. Et lorsqu’on est encore sur la terre et sa forêt plus ou moins vierge, « traquer ses serpents, survivre aux morsures ».

AAALUEZIO 2.jpgLe poète ne nous donne plus de quoi « nous défiler » devant le péril de la traversée. Mais, d’une certaine manière, c’est rassurant. S’y inscrivent des gerbes divergentes en une proximité communicante - presque communiante. Nous en devenons partie prenante. Dans les méandres du dehors et du dedans, le livre signale le passage de la jouissance à la souffrance. Captif de ses forces et de ses faiblesses, « heureusement » (si l’on peut dire) l’être est inconséquent, il « absorbe sa honte » et sait au besoin remettre à demain sa dignité…

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Dessin de l'auteur par Jeanne Champel-Grenier.

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