gruyeresuisse

20/05/2016

Le franc-maçon et son arpète - Jean-Luc Manz & Fabienne Radi


Radi 4.jpgJean-Luc Manz, « Sérigraphies », texte de Fabienne Radi, HEAD, Genève, 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jean-Luc Manz a tout dit non seulement de l’art et de la vie en affirmant que « l’abstraction n’est jamais au départ mais bien à l’arrivée ». De quoi séduire sa commentatrice. Fabienne Radi - ne croyant pas à l’Ascension - considère l’âme comme une vue de l’esprit. De quoi - diront certains - aller droit dans le mur. D’autant que Jean-Luc Manz l’invite. Mais la chose est déjà entendue : il ne s’agit pas d’y entrer : on y est.


Radi.jpgBref l’auteur quittant son jardin des délices seconde son pote âgé pour faire le mur. Le BTP n’a qu’à bien se tenir, la belle de Cas d’X et d’autres dérives met sa main au ciment pour placer ses partitions légales entre les parties égales des parpaings rouges de Manz. Le duo devient capable d’engendrer la maison de l’être. Preuve que l’avenir est dans les briques. Et le couple de faire mentir ceux qui préemptent l’affirmation : «Pour cent briques t’as plus rien ». Que nenni : il suffit d’un talent de répétition et un subtil jeu de variations pour créer comme le fait l’artiste une loge maçonnique.


Jean-Paul Gavard-Perret

30/04/2016

Cicatrices entre deux rives : Marina Salzmann

 


Salzmann.jpgMarina Salzmann, « Safran », éditions Bernard Campiche. Et "Lectures du livre" dans le cadre de la 4e Nuit de la littérature le 28 mai 2016, Centre Culturel Suisse, Paris.

Née à Villeneuve Marina Salzmann a quitté la ponte orientale du Léman pour son occident. Entre deux rives de la main eau, la fluidité lutte pour ne pas se charger de limon de fin de monde. Situations simples mais décalées et circonstances étranges s’imbriquent là où contre le délétère l’auteur impose à ses personnages comme mot d’ordre la recherche du bonheur. Safran 2.pngLes nouvelles de « Safran » restent à ce titre un plaisir : sous l’apparence douceur l’auteur s’y fait mordante. Chaque texte déshabille un peu plus du corps dans le corps et l’âme sombre de ses désirs. Tant pis pour la tête parfois. Des doigts font leurs métiers. Le dehors passe dedans, des paysages sont soufflés entre les lèvres d’étranges animaux qu’on nomme êtres et qui n’ont d'être que leur ombre. Ils résistent cependant à l’apocalypse comme à ce qui les presse. Leur monnaie de l'infini fait durer leur dépense au jeu du nous. Touchant à leur limite et l'essentiel reste invisible mais de nouvelle en nouvelle il suit son cours.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/04/2016

Marie-Luce Ruffieux : les mots et les choses

 

Ruffieux.jpgMarie-Luce Ruffieux, « La nageoire de l'histoire » Contrat-Main, Toulouse, 2016, « Beige », Héros Limite, Genève

La Lausannoise Marie-Luce Ruffieux est une écrivaine et plasticienne. Son travail se décline sous forme de textes, de lectures, de performances, de vidéos et d’installations. A peine âgée de 25ans elle a publié en 2009 un livre remarquable aux Editions Héros-Limite (Genève) : « Beige ». Le titre était le parfait miroir d’un texte qui fait langue sans pour autant croire toucher le réel. En surgit une vitrification qui prouve qu’entre soi et le monde, l’écriture et le réel existe une distance d’autant plus en abîme que sous effet de « vitre » et de transparence tout semble pouvoir se saisir.

Ruffieux2.png"La nageoire de l'histoire" est le texte scandé au cours d'une performance donnée en 2015 à l'occasion de l'exposition Draw the line (« Urgent Paradise », Lausanne). Existe là encore une sorte de dérive en état aqueux d’où surgissent des « dégâts magiques». Ces deux mots symbolisent l’essentielle d’une quête où tout reste « sous » le langage. Par retour il produit bien plus qu’un effet de réalité : il donne une image qui postule à une préhension sans cesse différée mais vers lequel il tend. Une maturation lente suit son cours. Bref, de l'argile de la langue Marie-Luce Ruffieux fait jaillir « du » corps selon des cérémonies où le langage se conjugue à la voix qui l’incarne. L’auteure devient le bougeoir vivant ou en suspension sous feulements et courbes. Elle crée une poésie en émulsion. L'éloge de la vie se fomente dans la moiteur de sa chair dont rien pourtant ne sera "dit".

Jean-Paul Gavard-Perret