gruyeresuisse

11/07/2016

Du mouron pour les petits oiseaux : Corinne Lovera Vitali

 

Lovera.pngCorinne Lovera Vitali , 78 moins 39, Éditions, Louise Bottu, Larribère, 40250 Mugron, 58 p., 7 E.., 2016.


« Parlez moi, je ne sais plus bouger ma bouche, tenez-moi la langue, je sortirai la vôtre » écrit Corinne Lovera Vitali. Mais la chercheuse d’ombre a plus d’un tour dans son sac. En jaillit la lumière qui interdit au sexuel de se refermer et de rester à sec. Mais dans ce texte sa tension demeure uniquement suggérée. Son image se dérobe au visible au nom du premier des hommes.

La poétesse elle-même devient à son tour une puissance phallique qui renverse la vision. Par son sceptre elle renvoie le voyeur-lecteur au creux de son inaudible, en son manque constitutif et irrelevable. Bref elle est re-père du père, pair de celui avec qui elle fait paire même s’il n’a su le comprendre et elle le reconnaître.

Lovera 2.jpgD’où ce jeu de filiation et de filière entre fantôme et caverne, nocturne et soleil. Yeux ouvertes, yeux fermés dans ce fondu-enchainé le père est livré à sa Sauvage qui fait de lui le fruit de ses « entailles ». Mais la créatrice - dérobant le temps à son spectacle et renversant les règles de base de la grammaire des mâles - signifie sa propre présence dans une attente éternelle catalysant des montées de l'invisible afin d'en faire éprouver la langueur.


Jean-Paul Gavard-Perret

26/06/2016

Dominique Marie Dejean : les émaux de la faim

 

AAAAD2.jpgL’érotisme habille plus qu’il ne déshabille. Mais pas de la « bonne » façon. Dominique Marie Dejean le sait : elle le cultive au sein de la sophistication et dans un humour que nécessite tout jeu surtout lorsqu’il est voluptueux et dangereux. La langue (plastique ou poétique) pointe entre les lèvres qui conservent la chaleur du foyer. Le corps sort de sa solitude même si parfois il est seul à l’image comme dans le cadre du texte.

AAAAD4.jpgDominique Marie Dejean rappelle de facto que certains mots ne s’écrivent pas vraiment et que les jardins des délices doivent rester invisibles - du moins en leur totalité. Les deux approches mettent en l’état d’écoute. Ils parlent à notre place car ils savent ce que nous ignorons et que nous sommes là réduits à l’état de voyeur donc de souris avec laquelle celle qui se nomme aussi Myss Do joue les chattes perverses.

AAAAD5.jpgTout son travail crée le court-circuit du mental. Mais en partie seulement : car les histoires de l’Eros passent par la tête. Les mots y deviennent images et les images mots sourds. Ils n’ajoutent rien mais ne retranchent pas plus de l’affolement que la créatrice propose. Ses nouvelles feignent de garder le secret du féminin intact mais afin que les certitudes d'un mâle réduit à l’état de bois flotté s’y lézardent.

Dominique Marie Dejean , « Emois et volupté », Les presses Littéraires, 12 E.
Voir : Site Myssdo.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/06/2016

Hygiène du poème - Mathias Lair



LAIR BON.pngMathias Lair rappelle - entre autres- combien sous « le fumet de la poésie » se cache « l’odeur infecte de la restriction morale ». Le genre est donc souvent un pare fumet. Il refuse aussi à faire respirer le vivant au nom de nostalgie et autres plaisanteries du même acabit. Sa syntaxe et son « caveaubulaire » (Prigent) ne sont qu’une peau, un écran, une impasse.

L’auteur s’insurge contre des jeux de surface où la cécité fait masse. Le genre reste pris dans les « idéaux religieux du surgénérateur phallique ». Peu à peu cette proposition est remplacée parfois par son parfait contraire (« ce qui reliait, faisait religion, évanoui dans la fumée des bûchers et des crématoires ») : il est aussi inopérant.

Lair 2.jpgLe souci impérieux de la recherche d’une image la plus sourde ne doit pas se confondre avec la fausse simplicité d’un brave désir de fraternité sous prétexte de partage. La démarche de la « vraie » simplicité est d’un autre ordre. Ce que Mallarmé nomma « la crise de vers » est le moyen, loin des vieux plumages, d’atteindre non la chose mais la « choséïté » (Beckett).

Mathias Lair s’élève donc contre la propension à voir des poètes partout et à considérer la poésie comme une excrétion nécessaire. Trop de pseudo poètes ne proposent que l’examen de leurs selles. Il rappelle que la poésie n’est pas un égout de la langue et qu’ un poème est vrai lorsqu’il se dégage des gaines de sécurité verbale pour oser le haut voltage : le sens secoue là où les mots comme chez Beckett osent le quasi silence pour se faire entendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mathias Lair, « Il y a la poésie », Editions Isabelle Sauvage, 164 p., 17 E., 2016.

17:25 Publié dans Lettres, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)