gruyeresuisse

10/12/2020

Entre Lyon et les pays de Savoie : Philippe Mugnier attentif biographe

Mugnier.jpgDe son grand-père, le Haut-Savoyard Philippe Mugnier ignora longtemps jusqu'au prénom. On le nommait "Le Lyonnais" tant dans la région de Taninges et des Gets il paraissait fringant. Son élégant costume trois pièces, sa montre à gousset en imposaient et signalaient une condition bourgeoise plus que montagnarde.

Munier 2.pngLa chambre de l'aïeul disparu (en 1907) fut pour l'enfant un refuge. Il y cohabitait avec tous ses "fantômes mis sous cadre", si bien que ce grand-père devint un "tuteur déroutant", une présence bien plus qu'une absence. Il fit son héros de celui qui roula sa bosse par villes et montagnes. Il en retrace l'existence au moment où la ferme du fantôme doit disparaître.

Munier 3.jpgSon livre en devient le miroir (illustré) et ramène aux origines de l'écriture du petit-fils et à ses émotions d'enfant puis d'adulte conséquent. Au sein d'une histoire économique, politique et sociale, entre réussites et errances, l'auteur recrée une de ces "vies minuscules" (Pierre Michon) qui font l'histoire. Et celle du "Lyonnais" devient ici une existence (presque) imaginaire et une méditation sur le temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Mugnier, "L'homme au balcon", 272 p., 39,90 E., 2020. Commande : voir Facebook de l'auteur.

09/12/2020

Pauline Verduzier : des suissesses au-dessous de tous soupçons

Verduzier.jpgLa classification sociale du féminin opère généralement une "distinction" fallacieuse- et en fonction de leur sexualité - entre les "bonnes"et les "mauvaises" femmes en fonction ou gage de leur prétendue (im)moralité. D'un côté les convenables de l'autre les indécentes à savoir les travailleuses du sexe souvent invisibles ou stigmatisées.

Verduzier 3.jpgAvec ses interlocutrices suissesses à la "mauvaise" moralité ou inconduite "notable", Pauline Verduzier interroge à la fois sa propre socialisation et son intimité avec tout ce qu’elle évoque de la vie des autres et les représentations médiatiques de la prostitution.  Elle déplace l’injonction à la respectabilité. Et les femmes interrogées permettent de documenter l’état des rapports de genres et des normes sexuelles du temps.

Verduzier 2.jpgLes femmes osent dire leur liberté et leurs entraves de travailleuses du sexe. Et la "gentille fille" comme elle se définit aborde avec intelligence et sympathie celles qui pratiquent le travail du sexe par choix. Certes il existe des formes de prostitution plus terribles. Ici les femmes ne sont pas des esclaves mais l'auteure veut faire entendre leurs voix tues. Elles permettent de réviser nos vues sur les femmes et leur liberté, les hommes et leur besoin. Bref sur le régime de la sexualité et ses représentations soudain déplacées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pauline Verduzier, "Vilaines filles", Anne Carrière Editions, 2020, 192 pages, 18 €.

26/11/2020

Rémi Mogenet entre l'épique et le lyrisme intime

Mogenet.jpgRémi Mogenet est clair quant à son ambition poétique : "porter par les rythmes traditionnels les images puisées au fond de soi, afin qu'elles s'objectivent et deviennent mythologie." Il le prouve dans son imposant volume et son mixage d'épisodes épiques et d'autres au lyrisme plus intime. Mais se retrouvent aussi des contes à la manière médiévale, des sonnets, des poèmes inspirés par l'Oulipo, d'autres par le Surréalisme, des ballades à la mode de Villon et Charles d'Orléans, des poèmes en vers libres plus évanescents et plus modernes et enfin des chants de la nature.

Mogenet 2.pngL'auteur précise que beaucoup de ces textes et leurs franchissement de montagnes ont été écrits lors des réunions de l'association genevoise des Poètes de la Cité, qu'il a longtemps présidée. Ces rencontres fixent des thèmes ou des formes : l'auteur y a répondu à sa manière tout en respectant les règles imposées. S'y retrouve l'influence de ses poètes préférés qui fondèrent son style et -ajoute-t-il "peut-être mes idées" : Lovecraft ou Clark Ashton Smith.

Reste que l'ensemble demeure moins disparate qu'on pourrait le penser : la sensibilité profonde de Mogenet est omni-présente dans une poésie constellée de symboles et d'images qui ne peuvent se ramener à des concepts abstraits ni simplement et à l'inverse à des jalons de la vie terrestre. La manifestation de l'imaginaire d'une vie spirituelle reste ici en amont du monde physique, et leur éclat en vient là où,  pour finir, "le mot sacré demeure interdit".

Jean-Paul Gavard-Perrer

Rémi Mogenet, "Chants et Conjurations", préface de Jean-Noël Cuénod, Editions L'Oeil du Sphinx, 2020, 167 p., 10 E..