gruyeresuisse

05/08/2020

Histoire Ceinte

Tristan à remplacer.jpgM'attachant à la doctrine des trismégistes je fais d'elle ma manuelle de félixité. D'autant qu'on la dit prophétesse. De celles qui poussent les véganes à manger des viandes sacrifiées aux idoles dont Claude François ne fut pas le moindre.

Afin de m'accepter comme dernier du culte et plutôt que de me jeter à la fosse aux ours ou sur un lit de dés tresses elle me laissa du temps pour me repentir de toutes les fautes que je n'ai jamais commises. Si bien qu'en moins de deux minutes, descendant de son arbre de sapience, elle me lança "tu peux plier".

Sachant combien elle sondait les reins et les coeurs j'obtempérai et nous partîmes à Ephèse - moins de cent en partant et plus de mille en y parvenant - non sans être passé par Fez eu égard à un malentendu quant au nom de la ville. Aussitôt arrivés nous mangeâmes puisqu'Ondine à onze heures. Elle m'accorda le droit de m'asseoir à ses cotés en respectant un minumum de rituel cher aux chrétiens du 1er siècle .

Elle me voulut fiancé sans que je susse quelle agnelle m'était dévolu. Il faut dire qu'en l'église nouvelle il y avait bien des fatras dans ses canons. C'est seulement près d'un millénaire plus tard qu'un éudit calabrais nommé J. De Florette mit un peu d'ordre là où bien des agités du bocal en faisaient à leur aise dans l'ésotérisme secoué de mouvements browniens.

Telle une étoile filante elle fit tomber le feu du ciel. Mais en moins de trois heures je repris haleine fraîche et je la servis avec un vrai zèle. Je lui fis tout le bien que je devais lui accorder et ce qui reste à faire je l'accomplirai encore mieux.

Jean-Paul Gavard-Perret

(Dessin de Tristan Félix)

04/08/2020

Marie-Philippe Deloche et le garnement

Deloche Cauda.jpgDans ce dialogue pas question d'aller clopin-clopant. Fidèle non seulement à sa réputation mais à ses conquêtes, Cauda est étalon d'or de l'empire des sens. Mais pour autant sa moitié (uniquement littérairement parlant et pour ce livre) ne s'en laisse pas compter. Elle n'est pas dupe de ce peintre et écrivain qui se cache sous le Gilles de Watteau mais qui verse bien vite dans les bals de Toulouse-Lautrec. Il a beau cité Greco : voilà Kim Novak qui pointe le bout de ses seins.

Cauda 4.jpgDès lors Marie-Philippe Deloche lui tire les oreilles, lui souffle dans les bronches - histoire d'ébranler "l'âme à tiers" du délinquant dont sonne le gland à n'importe quelle heure. Il se raconte ici tel qu'il est : primesatier de primes sauteuses ou de maîtresses femmes. Sa correspondante reste astucieuse et sait au besoin demander au chenapan de créer des images pour dire ce que ces mots cachent de maux et de tifs ébouriffés dans l'étreinte. D'où l'élaboration d'un livre remarquable de deux créateurs. C'est le premier d'une nouvelle maison d'édition. Elle ne pouvait mieux commencer qu'avec le pi(t)re et la meilleure.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda et Marie Philippe Deloche, "Jacqueries suivi de Carnets de Voyages", Editions Associations Libres, Corenc, 2020, 106 p., 39 E..

Les mûres ont des oreilles - Van Gogh

Tristan 5.jpgSilencieuse colonne tissée de mots noués au vertige des vertèbres. Egouttement de lettres saltimbanques tendues au fil de l’oreille où erre la lame à la peau avec un peu de sang sans une écume en échange. Voyelles et consonnes se balancent en collier, en vagues d'entailles. Elles peuvent - amulettes au cou d'improbables sortilèges - serrer, ronger la gorge, étrangler. Sortant de la fosse d’un temps sans parole, elles en fouillent les orifices que nul ciel n’a pénétré pas plus que les strates d’une mémoire fissurée avant que Van Gogh s'en empare.

Elles entourent, entonnent dans la faille du temps, dans sa brêche. Font barrage ou appellent le vide. Un vide à combler . Elles ne se quittent pas. C’est une maladie, une addiction, un alcoolisme. Un coup de tabac. Mais elles ne sauvent pas. Leurs mots ne sauvent rien. Nous les traversons, nous sommes traversés. Ils sont faits pour croire qu'il reste quelque chose. C’est là que nous aurons vécu dirions nous en cas d'éternité comme celle du peintre.

L’inaudible y parle, empêche la coupure. Secousses maintenues, agitation de l’opaque. Elles rappellent au peintre comme aux ravis, capturés, dépossédés : "Souriez, souriez comme vos entrailles et lobes. Les faciès facétieux de vos plis et trous font une charnelle constellation". Celle-ci voudrait troubler les comètes mais ne font que trembler la phrase provisoire de l’être. Avec le temps les muscles se dissolvent avant de décrocher la gorge de ses histoires éructées ou de lettres à un frêre pour combler le présent et ronger le passé en des croassements. Seule la peinture les sauve.

Elle découvre les pas des cendres du désir, creuse l’ombre et inscrit le résidu de spectres une fois que le sang devient mûre. Une fois la tête effacée, l'oreille cassée tue le vacarme des os. Le cou, triste toupie d’artères échevelées, s'effiloche au sarcasme de la terre. Le moi court comme une poule décapitée et aux nerfs tranchés. Sans tête la blessure de l’être - biffé de-ci, de -là - scie le sens du là, du si las. Dans le vent qui va, la salive du sang-soleil. Ce boit sans soif - sans égard à la lune, sans marée en son ventre - lace l’air dans le sillage du silence. Nul temps dedans. Tourne toupie. Tourne sol.

Jean-Paul Gavard-Perret

Dessin original de Tristan Félix.