gruyeresuisse

27/01/2019

En avoir ou pas - Sarah Fisthole

Fishole bon.jpgCe n'est pas par simple trait d'humour que l'auteure et dessinatrice a choisi comme nom de guerre Sarah Fisthole. Le jeu de mots en  dit beaucoup et sur divers plans : il suggère une mission de réparation mais rappelle tout autant la condition d'objet sexuel à laquelle la femme est soumise. Elle reste encore un "ça" : un "ça qui ne doit pas" - sinon fermer sa gueule, ouvrir les cuisses pour le repos du guerrier et éventuellement se faire trouer la peau "sinon son corps ne sera plus assez pur pour le paradis."

 

Fishole 2.jpgLa plasticienne et auteure n'est pas dupe des impostures. Les ségrégations ont la vie dure. Pour les combattre, elle vise juste : "prendre la virilité par les couilles" serait vain. Elle lutte en solo et dans la démesure verbale et visuelle pour éloigner des femmes ce qui reste le plus obscène  pour elle : la douleur ou la souffrance que la société leur fait apprécier au nom du syndrome de Cendrillon.

Fishole.jpgIl arrive en effet qu'en son nom les femmes trouvent leur corps et leur libre arbitre trop grands pour elles-mêmes si bien qu'elles  sont prêtes à n'être qu'un fond de vase propre à faire patauger les monstres qui la visitent. Ceux-là ne résistent qu'à celles qui le deviennent.  Et afin que les négresses blanches de l'occident sortent du mépris et que ceux qui le font subir en paient le prix Sarah Fisthole fait le job. Elle répond aux mâles par le mal nécessaire. Qu'importe celles et ceux qui la rejettent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sarah Fisthole, "Rage against the machine", Editions Furtives, Besançon.Dessins : entre autre in "Gonzine la revue oestrogénique". Et voir le site de l'artiste.

 

24/01/2019

Paul Fournel : Guignol, Gnafron et les autres.

Fournel.jpgLe "père Mourguet" inventeur de Guignol et de son théâtre de marionnettes prouva qu'il n'existe pas de spectacle sans naïveté. Elle offre au populaire son droit à être représenté. Du créateur et de ses traces - hormis son théâtre - il reste rien ou bien peu. C'est pourquoi Fournel a créé le roman vrai du Lyonnais avec toute sa verve.

 

Guignol.jpg

 

Il remet en route dans son roman la machination du désaccordé, sa scansion énergumène, sa liberté du délié et l’ouverture primitive d'un rire libérateur. La fiction engage une nécessaire course de vitesse contre l'oubli d'un genre qui survit encore ça et là.

 

 

 

Guignol 2.jpgPour saluer le 250 ème anniversaire de la naissance de Mourguet, Fournel rapproche du monde des faubourgs et des foires où le créateur inventa un souffle impur. Il rendit compte d'un monde informulé où comme écrivait Lacan "ça parle, ça jouit, et ça sait rien ». Mais où le "ça" apprend une irrévérence qui servit d'exutoire.  Fournel en profite pour poser les bases de son propre art poétique oulipien.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Paul Fournel, "Faire Guignol", P.O.L éditeur, Paris, 272 p., 19,50 E., 2019.

21/01/2019

Frérécic Aquaviva : Isidore Isou l'oublié

 

Isou.jpgFrédéric Acquaviva, "Isidore Isou", Editions du Griffon, Neuchatel, 2019.

 

Trop méconnu par rapport à Dada, au futurisme et au surréalisme, le Lettrisme reste un mouvement majeur. Avec son chef de file Isidore Isou, grand oublié de l'histoire de l'art, une certaine poésie mourait parce que soudain elle fut démentie par une autre recherche. L'auteur d'origine roumaine la porta sur des fonds baptismaux. Hélas elle fut oubliée longtemps au détriment d'une “poésiequette” : celle-ci continue en servante en employant non seulement les vieux moules mais aussi les vieilles manières d’envisager le langage comme pour perpétuer un patrimoine littéraire littéral.

Isou 2.jpgIsou ajouta néanmoins  un autre visage à la poésie. Ou plutot il la remplaça par ce  qui fut pris  pour la déclamation et la musicalité de la poésie théâtralisée. Certes ces deux éléments ajoutent des gammes inédites propres à enrichir la poésie et épuiser une certaine façon de l’envisager.  Toutefois le lettrisme ne voulait exister que pour faire le ménage et s'effacer.

 

Isou 3.jpgCela se produisit. Mais pas comme Isou l'entendait. Le créateur est pratiquement gommé de l'histoire littéraire au profit ou au détriment d’une poésie moins rebelle aux canons classiques. Isou n’a donc pu casser que de manière provisoire les valeurs stables de ce qu’il nommait la “mélodie sèche” de la poésie habituelle. Mais cet essai lui rend ce qui lui revient. Frédéric Acquaviva a travaillé avec lui les dix dernières années de sa vie et fut avec Bernard Blistène le responsable de plus importante rétrospective sur le Lettrisme. Le livre remet les pendules du Lettrisme à l'heure et surtout le sort de "l'enfer" où elles demeuraient cachées.

Jean-Paul Gavard-Perret