gruyeresuisse

22/09/2018

Jacques Cauda : le voyou magnifique

 Cauda.jpgJacques Cauda ose tout. Même ce qui ne peut être répété par les âmes bien nées. Elles ne se permetteraient pas de rappeler ce que le peintre et artiste affirme. A savoir que son esthétique est celle de la "séduction peindrebaiser". Cette pratique d'une bijection et d'une communauté plus ou moins inavouable oblige la petite culotte des femmes à tomber comme un cadavre sur le parquet de l'atelier avant que le pinceau de l'artiste - ou un ustensile plus veiné noeud - puisse les honorer par le nouveau Balzac.

 

Cauda.pngMais plus sérieusement (pas forcément d'ailleurs) Cauda rappelle que la nature de la couleur est affaire de longueurs d'onde. Il précise comment la matière les concocte. C'est précis, théoriquement juste et pourtant quasiment inédit. Mais Cauda a beau chasser son naturel primesautier : il revient au galop. Né non par le siège papal mais par l'oreille parturiente, l'artiste opte au besoin pour une dimension violence afin d'illustrer sa fabrique des images. Dans son atelier il joue le Satan en sarabande, il vole sur la viande qui le tient par une faim de loup lubrique.

Cauda 3.jpgOn comprendra que cet interview demeure à la vérité ce que Michel Onfray est  à la philosophie ou le ténia à l'âme. Mais c'est ainsi qu'il nous faut aimer Cauda :  non comme sa Geneviève dont l'abdomen jaune encerclé de noir ne manque pas de piquant,  mais comme adeptes d'une culture où le doigt divin n'a plus rien à faire. Comme lui  préférons celui du Calva qui rend l'artiste plus Had Hoc que Tournesol. Sa Letitia Castafiore, experte en tout, le monte au rang d' âme Capone et d'Al chimiste. Elle sait qu'il reste l'apôtre démoniaque de la "Surfiguration" dont Vénus est l'aile des désirs mais aussi le pilon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, "La te Lier", Z4 éditions, 2018. Et "Dimension violences", collectif, Rivière Blanche Black Coat Press, 2018.

 

20/09/2018

Muriel Valat-b : Naissance de la lumière

Valart 2.jpgIl existe dans les dessins de Muriel Valat-b de la place pour une pluie de lumière dont les halos s’interpénètrent dans l’alternance des lignes. Le tout non sans douceur.Les zébrures viennent de partout, ça s’entrecroisent, ça flue en sarabandes et ritournelles du jour. Existent des séries d’aperçus. L’épaisseur des choses se dilue et les poèmes choisis par la créatrice rentrent en césure avec le dessin.

Valat.jpgElle propose des stases contemplatives qui permettent une liberté d’interprétation. Nous pouvons regarder et respirer dans de telles surfaces où tout circule avec à peine quelques références réalistes ou architecturales. Dans une fixité inhérente au dessin tout se déplace et dépayse pour mettre à nu l’évidence de la lumière. A mesure que l’artiste lui lâche la bride, le chant des lignes a lieu.

Valat 3.gifNul habillement ou décoration : juste ce qui est nécessaire afin de créer l’esprit de la clarté que les « filets » n’entravent pas mais soulignent. Leur profusion ressource l’épicentre du jour dès la déambulation matinale qu’un tel livre instaure. Il semble avoir une sensation d’avance sur nous. Nous étions endormis : il nous réveille par la fée des secrets qui devient « incicatrice » et instigatrice : bref, le jour est ce qu’il est et ce qu’il devient.

Jean-Paul Gavard-Perret

Muriel Valat-b, « La nuit est usée », Voix Editions - Richard Meier, Elne, 2018.

17/09/2018

Ben : le Giacometti du pauvre

Ben.pngBen est infatigable. Il est comme les vieilles 4L, rien ne l’arrête – même pas ses freins. Exposant à Montpellier allée Giacometti il va même jusqu’à présenter « un Giacometti du pauvre » en fidèle compatriote fédéral. Pour habiller le dos des cinq murs où il affichera son travail il a choisi le triptyque thématique et « matelatique » « Humour sexe vérité » sans doute aussi difficile à respecter que « liberté, égalité, fraternité ».

Ben 3.pngL’opaque helvète occitan tente ici de réaliser son rêve : être transparent. Sans pour autant prétendre que la vérité le soit ; « sinon on n’y verrait rien » a raison de préciser le patriarche. L’atrabilaire ajoute : « Il m’est difficile d’écrire et même d’aller à l’atelier ». Mais il n’a pas encore décidé s’il est gravement malade. Ou pas. Mais il se sent réconforté chaque soir avec son Annie et ses chats. Ses angoisses l’angoissent mais il continue son travail. Pour New-York il prépare dix questions sur l’art : « Is art a dead story ? », « Is art helpfull ? « Who am I ? (ah ego quand tu nous tiens), etc.

Ben 2.pngPreuve que Ben tient le cap. Et Annie n’y est pas pour rien. Elle, « croit à une justice qui viendra un jour pour les jeunes Thaïlandaises qui, pour survivre, doivent tailler des pipes à tous ces gros bourgeois qui se payent des vacances sexe ». Lui, n’est pas loin de penser le contraire. Mais il poursuit son travail rigolo et libre entre autres - et c’est paradoxal – de tout ego même s’il feint de dire le contraire. Mais le travail de l’artiste « bipolaire » le prouve. Et après Montpellier puis Blois et Paris nous le retrouverons à la foire de Bâle. Même si pour lui y être exposé ressemble à un enterrement. « Moi j’ai envie de rester vivant et libre et continuer à faire du n’importe quoi n’importe comment » dit-il mais gageons que nous l’y retrouverons avec dans sa besace des détournements notoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ben, « Je suis transparent », Galerie A.D., Montpellier, 21 septembre – 21 octobre 2018.