gruyeresuisse

01/10/2016

Naissance d’ARISTIDE brillant

 

Aristide.pngFondé par les artistes graphistes Simon De Castro,et Anaëlle Clot et par l’écrivain Anthony Martins de Macedo, le collectif « ARISTIDE » de Lausanne privilégie la sérigraphie au sein d’un petit atelier pour mettre en exergue leur nouveau fanzine éponyme (pour l'heure pas encore publié en sérigraphie mais c'est ce qu'on souhaite aux animateurs comme aux amateurs) et la défense et l’illustration d’artistes suisses (mais pas seulement). La publication sera pour l’heure vendue (à prix libre) sur les marchés de microédition et dans des lieux culturels. Mais il sera possible aussi de l’acheter via le site du collectif. Yasmine Nairat, Florence Aellen, Augustin Rebetez, Romain Iannone, Fichtre Okacha sont - entre autres- au sommaire du premier numéro dans lequel les fondateurs se sont superbement effacés – c’est assez rare pour être noté.

L’objectif premier du projet tourne autour de la notion de temps et de distance que les données du monde actuel ne cessent de distordre, d’accélérer, de réduire si bien que là où existe une possibilité de circulation a priori inédite l’espace est de plus en plus réduit. Certes cet espace permet de faire tenir dans la paume d’une main toutes les bibliothèques de l’humanité. Mais reste à se poser la question : qu’est-ce qu’on en fait ? A sa manière le Fanzine à l’ambition - pas à pas - d’y répondre. Preuve qu’un collectif peut caresser Aristide2.pngl’espoir d’une sortie de la scène non d’une illusion mais de L’illusion au profit de l’ « obscénité » (à savoir ce qui est hors scène) transsexuelle, trans-esthétiquen trans-éthique. Apparaissent des angles de « prise » qui ne se contentent plus jouer du pareil et du même. L’image reprend tout son sens dans ce qui sera considéré par beaucoup comme des déviances dont l’ironie reste majeure. Longue vie au groupe.


Jean-Paul Gavard-Perret.

www.collectifaristide.ch

26/09/2016

Angela Marzullo maîtresse idéale

 



AAAMarzullo.jpgAngela Marzullo, « Homeschool », Textes de Anna Cestelli Guidi et Francesco Ventrella, 232 pages, Editions Nero, 15.00 €

 

 

 

 

 

 

 

 


AAAMarzullo 2.jpgL'instruction à domicile constitue une thématique centrale des performances et vidéos d'Angela Marzullo. Partant de textes des années 1960 et 1970 sur le sujet, la Genevoise les met en scène et les fait jouer par ses deux filles en liant l'image et le texte.

AAAMarzullo 3.jpgLes monstrations reposent - sous forme ludique et sérieuse - des questions rémanentes et qui traversent toute société en son rapport à la pédagogie. Digne descendante de Rousseau, l’artiste prouve qu’une telle position reste révolutionnaire pour certains ou réactionnaire idéologiquement parlant pour d’autres. L’artiste dépasse ces (im)postures. Elle met en jeu le corps et l’esprit soumis à un enseignement « maison » qui semble plutôt probant. Chaque tentative venant ébranler un certain ordre reste possiblement positif.

AAAMarzullo 4.jpgDe fait pour Angela Marzullo - et loin de fantasmes ou de présupposés - la pédagogie ne doit pas se penser pour elle-même mais pour ce qu’elle apporte. En plus belle fille de monde elle ne peut donner que ce qu’elle a. Mais il est toujours possible d’en modifier le costume. Le prêt à porter et le sur-mesure restent des réponses possibles. Quel que soit le cadre, il suffit que celle ou celui qui la reçoit n’en soit pas la victime et en tire partie.. Le livre a donc le mérite de desserrer l’étau des idées reçues voire à les réviser. Les mines réjouies des deux « actrices » de la créatrice semblent l’accréditer.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/09/2016

Malraux le mal aimé

 

Marlraux.jpgAndré Malraux, « La condition humaine et autres écrits », La Pléiade, Gallimard, Paris,  2016.


L’œuvre de Malraux semble échapper à elle-même tant l’auteur a été supplanté et brouillé par l’homme politique - même s’il l’a été bien peu. Il n’empêche : Malraux s’est pris les pieds dans les tapis de la République Française. Son œuvre s’en est trouvée ostracisée. Il faut au lecteur (franco-français surtout) retrouver une sérénité pour oublier le « malaise » que l’œuvre a créé sous prétexte que l’auteur fut un personnage officiel du Gaullisme. Si le Général Gaulle est l’objet de textes anecdotiques et ronflants (« Lazare » et certains discours commémoratifs) l’œuvre perdure au-delà du personnage de manière insolente. « La condition humaine » reste la fiction majeure (plus que « L’espoir » au style américanisé).

Malraux 2.pngSont republiés aussi « Esquisse d’une psychologie du cinéma », « Le triangle noir » ou l’introduction générale à « La Métamorphose des Dieux » : ces textes méritent plus qu’un détour et se dégagent d’un certain mépris où ils furent tenus par des jaloux. L’auteur a rêvé de pouvoir agir sur le moteur du monde et de l’art. De ce dernier il a montré moins les « vêtements » que la profondeur. Non parfois sans un regard amusé qu’on oublie en voulant ne retenir que le lyrisme de l’auteur. En un humour tout sauf marqué, Malraux ne fait pas que jouer la comédie dans lequel on a voulu le tenir. Ses fictions restent nimbées d'incertitudes et dans ses essais le dérisoire et le sordide font place à des affirmations qui n’ont rien de frelatées ou de compassées. Malraux ose des théories : elles peuvent être discutées mais bougent bien des lignes. Preuve que l’œuvre, en ses charges, est à reprendre. L’occasion en est donnée par cette superbe édition.

Jean-Paul Gavard-Perret