gruyeresuisse

27/10/2018

Jacques Cauda ou la joie de peindre au noir

cauda.jpgCauda ramène en ses poèmes vers toutes ses mailles à partir du modèle, « avant apprêt », sans que rien ne soit soustrait à la vue. Et voici à nouveau le bourreau du bitume, « emmailloté dans un beau tablier de cuir d’un légionnaire ». Mais pas n’importe lequel : celui de Piaf, qui aime les femmes toute la nuit et s’empare de leur fruit mûr avec ses pinceaux dressés comme des « boas obscènes ».

cauda 2.jpgAinsi va sa peinture lorsqu’elle entre pénètre les linteaux d’un cadre-lit dont la toile vierge oblige l’adhésion au pacte méphistophélique du maître en félixité. Rien n’arrête ses prises où tout biche puisque ses sirènes se laissent aller à des bains de sièges afin de remonter le courant de la vie où la truite saumonée et le menu fretin frétillent.

 

cauda 3.jpgLe peintre poète offre une belle leçon d’inconduite forcée du haut de son "quoi d’autres sinon la peinture ?". Garance, lapis-lazuli, malachite, terres de Chypre ou de sienne : tout est bon pour les cuisses et les épaules nord et sud des écorchées vives dont le ventre s’anime du thorax au pubis pour le seul exercice digne des vivants et des artistes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Cauda, « Peindre », Tarmac éditions, Nancy, 2018, 72p., 15 e..

 

 

 

 

23/10/2018

Serge Boulaz et Francesco-Maria Oriolo : le fol asile

Lautre.jpgSerge Boulaz et Francesco-Maria Oriolo, "L’autre c’est moi", Héros Limite, Genève, 2918,22.40 CHF / 16 euros

Serge Boulaz et Francesco-Maria Oriolo  ont mené avec, avec une cinquantaine d’élèves de 12 à 15 ans à Genève un travail de « répons » aussi original qu’ouvert. Il permet aux élèves de créer et de réfléchir et aux lecteurs de s’interroger sur le sens des images loin des philosophes penseurs légistes. Exit les Derrida et Jean-Luc Nancy.  Halte aux plaisanteries spéculatives. La pratique vaut toutes les théories. L'appréhension des images est liée ici à la situation migratoire actuelle.

L'autre 2.jpgSerge Boulaz a demandé à chaque élève de choisir une photographie de presse  sur ce thème afin de les reproduire (suivant la technique de la mise au carreau) et y déposer son interprétation et son émotion. Francesco-Maria Oriolo, en montrant à ses élèves ces peintures, leur a demande d’en choisir une afin d’écrire des strophes poétiques. Le livre est le résultat de ces écritures et images croisées où  une jeunesse dans l’enfance de l’art et de la poésie a beaucoup à dire et à montrer du et contre le réel sans le pousser vers le ciel mais le rapprocher des argiles terrestres.
 
L'autre 3.jpgIl ne s’agit pas  seulement de pénétrer dans les cercles d'un enfer dont certains tentent de sortir retrouver des arpents de lumière. Les élèves ont compris que l'ombre est en rendez-vous. Ils prouvent que mots et peintures ne déjouent aucun sort mais expriment la vie sous des  présences équivoques. Ces jeunes créateurs ne concèdent que quelque pointe au lyrisme là où souvent ils distinguent plus que d’autres l’effondrement d'espérances vitales. Le  livre entraîne dans un corpus propre à stimuler  la réflexion « les plus grands ». A ce point la peinture et poésie créent un pas au-delà mais aussi un nécessaire miroir. 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

21/10/2018

Dix de guerre ou que la mort est jolie

Dix 2.jpgOtto Dix a prouvé combien, avec ce qui restèrent de lèvres rongées, les morts de la guerre n'avaient pas à demander pardon : bien au contraire. Les cicatrices restées béantes de la terre n'étaient pas de leur fait et elles furent même les trous où leurs corps fut ensevelis. Leurs chefs les ont fait avancer tels des déments pour des noces à venir. Certains hurlèrent mais peu ont voulu les entendre et leurs larmes (comme celles de leurs proches) sont devenues invisibles depuis le temps. Mêlées aux schistes marneux le rendirent-elles opaque ?

DIX.jpgL'exposition prouve que non. En symbiose entre France et Allemagne existe ici, et dans le formidable cortège humain, l'appel afin que la mort organisée ne recommence pas sa tache. Elle était là. Elle est là encore. En bonne camarade. Et les oeuvres prouvent que nous sommes ses poilus, ses égarés provisoires. Notre foule est de plus en plus compacte. C’est peut-être déjà trop. Mais pour certains encore trop peu. Néanmoins se levaient - déjà en 14-18 et après - des désobéissance par décision éthique.Tandis qu’une lumière blanche étalait les corps sur Verdun des artistes témoins et quel que soit leur camp furent les primitifs de notre futur qui demeure improbable : il est porté toujours pas la maladie organisée de la mort que l'on donne ou qui nous est donné en vertu de causes : elles n'en possèdent aucune.

Jean-Paul Gavard-Perret

"La guerre et après.  Otto Dix et ses contemporains", Musée des Beaux-Arts de Chambéry, 3 novembre 2018 - 24 février 2019.