gruyeresuisse

14/04/2015

Jean-Michel Aubevert : les soleils hauts de gamme

 

 

 

 

 

 

Aubevert.jpgJean-Michel Aubevert, « Soleils Vivaces », Editions Le Coudrier, Mont Saint Guibert, 164 p , 18 E., 2015.

 

 

 

 

« Soleils Vivaces » emporte parce que - comme l'auteur l'écrit - ce livre est celui « d’un fol que feuillettent les bêtes, une farandole de cornettes » et bien d’autres fantômes encore. Rien n’est dissimulé : mais au lecteur toutefois  de reconstituer l’histoire et le processus de création où des parties peuvent s’intervertir afin que par effet de poésie quasi murale ce lecteur soit soumis à une nouvelle expérience perceptive. Existe  dans « Soleil Vivaces » la puissance d’une extase née de l’autonomie de l’auteur par rapport aux plaques de plomb qui pesaient sur lui et qu’il a su faire fondre en  déconstruisant l’appris et l’imposé.  Aubevert fait, au temps des crépuscules, l’aube plus verte : il creuse les figures jusqu’à ce qu’elles soient sinon en défauts du moins qu’elles montrent les leurs.  L’urgence était de les découvrir : la poésie reste leur rite de transgression vers  l’image la plus nue. La vue est comme renversée dans ce théâtre poétique  au graphisme autophage.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14:49 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

10/04/2015

Marie-Laure Dagoit : passé empiété sur marinière J-P Gaultier

 

 

 

Dagoit.jpgL’écriture de Marie-Laure Dagoit s’engendre souvent au seuil de l’absence. Chaque mot semble échouer à dire, feint de passer à côté mais c’est le moyen d’éviter la parodie de croire trouver  un sens à la vie qui n’en a guère. L’auteure fait de chacun de ses textes un arceau ou une île (l’il y est jamais loin mais pas si près qu’il pourrait le penser). En chaque livre surgissent des caresses mais aussi des grondements sourds, des ricochets, des déchirures. Beaucoup d’humour aussi - toujours au second degré.

 

 

 

Dagoit 2.jpgMarie-Laure Dagoit vagabonde, s'ennuie (parfois), erre, hume, goûte. Elle est gourmande, curieuse. Et intrépide. Elle quitte des paysages familiers pour aller explorer des grottes, des récifs. Ici même, ici bas. Elle semble parfois pouvoir être retenue prisonnière mais reste fugueuse même lorsqu’elle s'enlace à des déferlantes. Serpentine dans ses affolements, tentatrice entre dérision et tentation, elle se propulse vers une de ses obsessions littéraires ou artistiques : dada, surréalisme, Beat Generation, éros énergumène. Puis elle reprend à la fois son travail d’éditrice et son chant de Sirène pour entendre gémir des marins animaux plus que des animaux marins. Néanmoins la Méduse se veut rétive à la confusion des affects et à la communion des seins.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Marie-Laure Dagoit, Soins d’une poupée, 8 E.., A Cœur ouvert, 25 E., Ce que je ne dis à personne, 6 E., Editions Derrière la Salle de bains, Rouen.

 

 

 

 

 

06/04/2015

Nancy le Lacangourou

 

 

 

Nancy.jpgJean-Luc Nancy, « Demande » Littérature et philosophie, Galilée, Paris, 382 p. , 35 E., 2015

 

 

 

Croyant que citer Lacan pouvait suffire à créer une pensée Jean-Luc Nancy s’est voulu gourou à la place du maître selon ce qui se dit dans les préaux des écoles : « c’est celui qui le dit qui est ». Il fut un des intellectuels qui pensèrent politiser l’érudition en feignant par leurs contorsions une  mise en abîme du langage. Elle se tourna bien vite en lamentable faconde. Fidèle à Lacan est ses « witz » (mots d’esprits dont la solution appelait la dissolution), Nancy les réduisit en une figure de style. Elle masqua l’inconscient qu’elle estima appâter.  Chef de la discursivité, prétendant parachever les découvertes de la psychanalyse, Nancy  a fait pousser ses fleurs la tête en bas selon une culture des marges dont il faudrait saluer le culte. Voire… « Demande » reste un pensum que Ginette Michaud dans son projet - et en dépit de son exigence -  n’a fait que mettre en évidence. Nancy s’y retrouve tel qu’il est : Lacangourou verbeux, « déconstructionniste » aux hypertrophies rhétoriques.  Il se voulut parfois pur poète là où Psyché serait étendue « à l’ombre d’un noyer qu’Eros contemple sans qu’il le sache » … Il y a loin de la coupe aux lèvres. Plutôt que d’embrasser les secondes Nancy n’a fait que battre la première. Tout hybris reste absent.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret