gruyeresuisse

02/02/2017

Anne Wiazemsky de Godard à goDeau


Wiazemsky.jpgPour « la pauvre petite fille riche » que chantait Claude François les périodes se suivent mais ne se ressemblent pas. Celle qui a longtemps cherché dans ses amours un père eu égard aux repères que son géniteur ne put lui offrir et après avoir pensé les trouver auprès de Godard (« Jeune fille », Gallimard) change de cap. Le père revient un religieux qui, car nul n’est parfait, fut son professeur de français en institution privée. Elle le retrouve par incidence après son épisode helvétique. Entre eux se lie une relation intellectuelle propre à recadrer la sauvageonne.

Wiazemsky 2.pngDans une époque plus ancienne, quittant le désordre, elle aurait pu rentrer dans les ordres. Néanmoins elle n’ira pas si loin même si l’autofiction, en cultivant un parfum d’encens plus religieux que psychédélique, penche vers l’édification. Il ravira amateurs et mateuses de livres à la sagesse mâtinée aux ressorts d’une époque historiquement marquée. L’auteure y fait ses classes du côté du féminisme et vers une construction mentale jusque là bringuebalante.

Wiazemsky 3.pngReprenant la problématique beckettienne du "je qui ça » Anne Wiazemsky met un nom dessus dans un langage aux nomenclatures codées. La mémoire suit son cours sans éviter le piège de la banalité. Le roman se tricote dans sa veine bourgeoise classique. Exit les escapades intempestives, éros se fait plus calme. Loin de l'insouciance joyeuse il s'agit pour Anne Wiazemsky de rassembler le moi en vrac et d’estimer son parcours par voie Deau (puisqu’il s’agit du nom du « Saint homme »).

Anne Wiazemsky, "Un saint homme", Gallimard, 2017

24/01/2017

Les jolis iambes de Fabienne Radi


Radi.jpgFabienne Radi, C’est quelque chose, Editions D’Autre Part, 2016

Il est des fables rurales qui cultivent le crépuscule non des champs les plus beaux mais les temps d’un même tabac. Celui des années septante dont il ne reste un certain glamour discrètement désuet (et parfois quelques dérives esthétiques douteuses). Preuve qu’il n’est pas besoin de remonter au Pentateuque pour inventer un livre de « gala »dans le sens hébreu du terme (à savoir découverte).

 

Radi 2.jpgFabienne Radi se fait une nouvelle fois callypigiste des surgeons d’œuvres transformées en mythes qui évitent le cafard. Elle explore figures, images, discours loin du pur logos et en inventant les particules fines d’une fiction mixage d’intelligence et d’émotion. Raymond Roussel n’est jamais loin, Deleuze non plus. Il y a aussi du Albert Ayler et du Pharoah Sanders. Pas besoin de pare-hures puisqu’il n’existe là jamais rien de cochon. La littérature devient une philosophie dans un boudoir champêtre. Mais sur la table de travail de l’auteure les légumes de jardin sont exclus.

 

Radi 3.jpgDehors il se pourrait que seules les vignes soient vierges. Il faut néanmoins rester circonspect sur ce fait. Fabienne reste pudique en ses jolis iambes. D’autant que l’étape horticole n’est qu’un pré-texte : l’ironie de la Mrs Bloom helvétique en fait plus à sa guise qu’à celle de ses ducs.

Ni Olympia à manette ni Hégélienne elle secoue la pensée. S’y éprouve un parfum plus de noisette que de myrrhe obolante. Nue telle A (l’incandescente voyelle de la cime d’Annapurna) et entre l’apollinien et le dionysiaque, la pensée « radiale » est une gymnastique sans tac ou toc. Elle permet de goûter bien des subtilités des arts depuis les rives du Léman jusqu’à l’oublié « Beau lac de Bâle ».

Jean-Paul Gavard-Perret

21/01/2017

Jacques Cauda le matamorphique

Cauda.jpgIl est des livres qui sidèrent par le rire qu’ils soulèvent. Et c’est rarissime. « Comilédie » en est l’exemple quasiment absolu. Jacques Cauda le considère comme son chef d’œuvre. Et non sans raison. Or ce livre a dû attendre plus de 20 ans sa publication.

Ce texte est une merveille d’impertinence au nom d’Irma la Douce qui sait baisser sa gaine afin que vierges et verges se tiennent droite comme les i et des hydres. Tout va « l’amblablable »là où l’Abbé C de Bataille touche à l’Y du féminin et à l’X de films désormais remplacés par des vidéos qui évitent tous déplacements superfétatoires.

Cauda 2.jpgCelui qui est aussi peintre tient les diables par leur queue. Sade est remisé au rang des sacristies : sa prison est remplacée par un bordel philosophique où le rire est roi là où les reines quoique vaches ne fassent pas un pis. Elles sont fortement éprises et sortent de leurs mantilles face à de sombres héros en rien sobres en avanies.

Cauda 3.JPGLe tout dans un corpus qui se veut scientifique (abondance de notes lui sert de vaginales références). L’ « ôteur » ne cesse d’en rajouter des couches sans culottes. Celles-ci ont perdu leur laine à perdre haleine dans des alcôves où les muses ne font pas que musarder.

Tout est vénénoeud et vénère rien de mâle sauf lorsqu’il est adroit. L’arbre de vie du vit pénètre la forêt des songes : que demander de mieux ? La sotie suit son cours dans l’impeccable fatrasie d’un livre qui écarte les cuisses de la fiction pour que des noces aient lieu. Elles n’ont rien de cendres tant les fruits délictueux sont délicieux.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacques Cauda, « Comilédie », Tinbad Roman, 2017, 172 p ., 20 e., Paris.

 

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