gruyeresuisse

12/08/2020

Monika Herceg en route ou les sarments de résistance

Herceg.pngFace au carcan de la guerre, la mort et l'exil, Monika Herceg fait monter son écriture pour éventrer le vide peuplés d'abcès morbides. Elle invente des angles aigus pour en venir à bout. Face à tout ce qui "l'obstacle", elle redevient sujet sans s'arrimer à ses blessures ou aux superstitions.

Sa tête (bien faite) n'est pas un bilboquet qui perd sa boule même si elle connut dans son enfance les spasmes de la peur au fond de ses entrailles. La présence du deuil est là, mais l'auteure ne pleure pas, elle s'acharne, refuse les agonies du passé.

Herceg 2.pngLa poésie devient un mouvement entre imaginaire et réalité. L'auteure y introduit la poussière de lucioles pour parcourir la houle des veines et briser les lignes de vie qui ne sont que de mort. Le texte devient une conquête face aux mixtures des noirceurs d'une époque qui - sous une autre forme - peut revenir encore.

Jean-Paul Gavard-Perret

Monika Herceg, "Ciel sous tension", traduit du croate par Martina Kramer, L'Ollave, 2019, 82 pages, 15€..

11/08/2020

Les sentiers de la création de Nicolas Delaroche

Delaroche.jpgNicolas Delaroche & Gabrielle Boder, "Tropographies 2015-2020", Tsar n°24, Indiana, Vevey, 44p. ;2020 CHF 25.

"Tropographies 2015–2020" est constitué d'un double ensemble. Il réunit une sélection de photographies manipulées et réalisées par Nicolas Delaroche dans 41 lieux d’expositions en Suisse et à l’étranger. Elles sont accompagnées d’une collection de formes abstraites issues de croquis d’architecture créés par l’artiste dans ces mêmes lieux, et d’une série de textes rédigés par Gabrielle Boder.

Delaroce 2.jpgLe livre devient une "conversation" en acte entre les deux créateurs et pour le lecteur une errance qui tient du  jeu de piste et du labyrinthe dans les lieux physiques et virtuels des expositions. Tout en couleurs vives cet ouvrage devient la narration d'équilibre de bien des déséquilibres : ils ne sont pas infligés mais laissent le regardeur abasourdi et sonné.

 

Delaroce 3.jpgImplicitement Kafka y rencontre Grök dans cet Ikéa très revisité. C'est du chateau en Espagne mais pas de la roupie de cents sonnets (sinon ceux que Boder écrit à sa façon et ce non en garde mais fantassin de cette aventure). Tout un détournement de la matière des images prend corps pour recomposer les espaces à venir ou les abandonner dans ce livre qui - plus qu'un autre - mérite le titre d'une collection fleuron et historique de Skira : "les sentiers de la création".

Jean-Paul Gavard-Perret

10/08/2020

Phénoménologie de la matière verbale - Philippe Jaffeux

Jaffeux.pngPhilippe Jaffeux en ses déconstructions instaure une attente où le formalisme apparent est au service d'une transformation de la littérature en sa matière langage pour aller au delà des mots et ce qu'ils cachent à travers pages, strophes, fragments, vocables jusqu’à l'apparition d'une sorte d'image pour montrer ce qu'ils ne peuvent dire.

 

En une telle expérimentation, au degré zéro de l'écriture se subsitue une plongée dans - et entre autres -  des suites d'énumérations chères jadis à Rabelais et aujourd'hui à Novarina ou Prigent. Mais selon une stratégie différente même si une sorte de spiritualité anime de tels "dramaturges" dans leur travail des mots matières.

Jaffeux 2.jpgLes divagations logomachiques et graphiques ne sont pas seulement farcesques, elles dépassent genres et arts dans ce qui tient autant d'une mise en espace "scénique" qu'une quête intérieure, là où le plus petit signe devient le germe et la "garde" d'une signification énigmatique au sein d'une sorte de nouvelle phénoménologie du sens.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Jaffeux, "Pages", Editions Plaine Page, 2020, "Mots", 2019.