gruyeresuisse

06/01/2021

"Les Fleurs du mal"  selon Peter Wüthrich,

Wüthrich.jpgPeter Wüthrich, "Le cycle Les Fleurs du Mal", Galerie Gisèle Liner, Bâle, du 23janvier au 6 mars2021.

 
L’oeuvre de Baudelaire a toujours aussi inspiré les artistes comme lui-même fut inspiré par eux : cf. son "Art romantique" recueil de ses articles sur les peintres.  Ceux-ci, par la suite, illustrèrent l'oeuvre de Baudelaire comme le souligne l'artiste suisse, et très vite,  "le lubrique et misogyne" Félicien Rops avec sa page de couverture pour "Les Epaves".
 
Wut.jpgMais pour Wüthrich, "Les Fleurs du Mal“ possèdent une place à part. Et l'auteur "monte" l'oeuvre sinon sous forme de calligrammes du moins sur les petits bouts de papier où le texte n‘est lisible que par fragments. Qui y regarde de près peut lire des mots, de petits passages de poèmes, mais jamais le tout. C’est la figuration, l’image qui reste première afin de créer une sorte de "briques de textes". Elles construisent une atmosphère baudelairienne  dans de telles associations libres sans recourir à des poèmes spécifiquement identifiables.
 
Wut 3.jpgExiste là une reconquête. Les poèmes émergent de leur chrysalide comme du plus profond  des songes insoumis, où le regard funestement splendide du poète est perturbé  à dessein par la science ambiguë de l'artiste qui n'est cependant en rien le faux ami du poète : il semble s'en éloigner mais pour mieux s'en rapprocher.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/01/2021

Le pas au-delà  de Paul Reclus

Reclus.jpgPaul Reclus, "Plus loin que la politique",  Illustrations Marfa Indoukaeva, Editions Héros Limite, Genève,  décembre 2020,  200 p.,  18.00 € 25.20 chf.
 
 
Neveu d’Élisée Reclus et proche des idées anarchiste de son oncle, Paul Reclus (1858-1941) après  la Commune de Paris écrasée,  se cache un temps avant de rejoindre la Suisse. Il rentre à Paris et devient ingénieur. Propagandiste anarchiste, partisan de la reprise individuelle et de la propagande par le fait il est inculpé dans le "procès des trente", se réfugie à Londres puis se fixe en Ecosse où il travaille comme cartographe, puis professeur. A la demande d'Elisée Reclus, il s'établit en Belgique pour l'aider à terminer l'édition de "L'Homme et la Terre". Il s'installe en Dordogne et à Montpellier où il se livre à des travaux scientifiques et fonde le journal anarchiste "Plus loin" qui paraîtra jusqu’en 1939. Il fait jusqu'à sa mort partie de plusieurs organismes dont ceux d'aide au mouvement anarchiste pendant la guerre d'Espagne.
 
Reclus 2.jpgIl a créé une oeuvre de circonstance : elle garde  plus qu'une actualité confondante  comme le prouvent les articles de cet ouvrage issus des revues "Plus loin" et "Les Temps nouveaux" et rassemblés par Alexandre Chollier.  Existe une pensée d'avant garde pour l'époque. Elle exprime au delà du marxisme et  sa pseudo démocratie telle qu'il l'a galvaudée -  un appel à la démocratie directe. Mais c'est surtout son projet anticipateur  d’écologie sociale qui reste le plus intéressant.
 
Reclus 3.jpgIl se fonde  sur la conviction qu’aucun des problèmes écologiques ne sera résolu sans un profond changement social. Et de tels écrits demeurent essentiels à la fois sur le plan de l'histoire des idées et de leur réalisation. Il faut s'y confronter pour réfléchir à savoir comment sortir de  l'impasse où nous nous nous trouvons. Le capitalisme semble en effet le parfait opposé d'une révolution écologique. Sans que pour autant la pensée de Paul Reclus soit totalement convaincante. Mais c'est en s'en nourrissant de manière critique que des pas s'esquissent.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

02/01/2021

Olivier Cadiot : c'est grave docteur ?

Cadiot.jpgCe roman est un conte ou une  fable. La rudesse des vies y est romancée dans une expérience radicale et excentrique. Elle  est traversée de mouvements divers pour composer de nouveaux accords avec le désir des personnages, leur angoisse, leur sensation d’un monde vivant et réel.

Cadiot 2.jpgBien des questions sont évoquées : le rapport littérature, science, arts, philosophie. Surgissent aussi des articulations  entre trois crises subjectives,  l’effort de leur  résolution et l’impact qu’elles rêvent - envers et contre tout -de réaliser en un lieu de forclusion.

Des trois personnages, deux trouveront la clé. Quant au troisième - le narrateur - son histoire se mêlera à celle de l'auteur en ce qui finit sous l'aspect d'un roman autobiographique. Il est à la limite d'où toute compréhension se décompose. La nature de la jouissance sidérée que ces trois histoires provoquent reste donc subtilement équivoque. Et c'est là toute la puissance d'une telle fiction.

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivier Cadiot, "Médecine générale", P.O.L éditeur, Paris, janvier 2021, 400 p., 21 E..

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